Toponymie
Le nom « Corossol » renvoie au navire de la flotte de Louis XIV qui s'est échoué au large de Sept-Îles en 1693, selon l'Université du Québec à Rimouski (UQAR). Le même nom est porté par l'île Corossol, l'une des îles de l'archipel des Sept Îles, qui ferme en partie la baie de Sept-Îles.
La structure est désignée dans la littérature scientifique sous les noms de « structure de Corossol » (Corossol structure) ou de « cratère de Corossol » (Corossol crater). Le terme astroblème désigne, en géologie, une cicatrice laissée dans l'écorce terrestre par l'impact d'un corps céleste, généralement modifiée par l'érosion ou l'enfouissement. Son emploi pour Corossol suppose l'origine météoritique proposée par les chercheurs, origine qui reste à démontrer de façon définitive.
Localisation et contexte géologique
La structure se trouve sur le fond marin du nord-ouest du golfe du Saint-Laurent, au large de la ville de Sept-Îles, dans la municipalité régionale de comté de Sept-Rivières, région administrative de la Côte-Nord. Elle repose dans des eaux dont la profondeur dépasse 40 m.
La région de Sept-Îles se situe à la jonction de deux grands ensembles géologiques :
- au nord, les roches cristallines précambriennes de la province de Grenville, qui forment le socle de la Côte-Nord ;
- au large, des roches sédimentaires paléozoïques, notamment des calcaires d'âge ordovicien, qui reposent sur ce socle sous le golfe du Saint-Laurent.
La structure de Corossol recoupe ces roches sédimentaires, ce qui sert de repère pour estimer son âge maximal. Au Quaternaire, la région a été recouverte par l'inlandsis laurentidien ; la dépression est aujourd'hui partiellement comblée par des sédiments glaciaires et postglaciaires, dont l'enregistrement morphosédimentaire dans le secteur de Sept-Îles fait l'objet de travaux distincts.
Découverte et étude
La structure a été repérée au cours de travaux de cartographie des fonds marins du golfe du Saint-Laurent. Elle a ensuite été étudiée au moyen de données bathymétriques multifaisceaux et de profils sismiques à haute résolution, qui permettent de décrire à la fois sa surface et sa géométrie sous le fond marin.
L'étude de référence, signée par Patrick Lajeunesse et ses collaborateurs, a été publiée en 2013 dans la revue Meteoritics & Planetary Science sous le titre The Corossol structure: A possible impact crater on the seafloor of the northwestern Gulf of St. Lawrence, Eastern Canada. Elle réunit des chercheurs de plusieurs établissements :
- Université Laval ;
- Université du Québec à Rimouski (UQAR) ;
- Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) ;
- Commission géologique du Canada ;
- Service hydrographique du Canada ;
- Kent State University.
La découverte a été annoncée publiquement en novembre 2013 par l'UQAR et l'UQAC. Les résultats ont été présentés de nouveau en 2014 à l'assemblée générale de l'Union européenne des géosciences (EGU), sous le titre The Submarine 4-km diameter Corossol Crater, Eastern Canada: Evidence for an impact origin.
Morphologie
La structure de Corossol est de forme circulaire. Ses principales dimensions, établies à partir des levés bathymétriques et sismiques, sont les suivantes :
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Diamètre | environ 4,1 km (± 0,2 km) |
| Profondeur de la structure | 185 m |
| Profondeur d'eau au site | plus de 40 m |
Son relief comprend un noyau central surélevé entouré d'anneaux concentriques. Cette organisation correspond à celle des cratères d'impact dits complexes, dans lesquels le rebond du plancher après l'impact produit un pic ou un soulèvement central, et l'effondrement des parois engendre des terrasses ou des anneaux.
La préservation sous-marine de la structure, à l'abri d'une partie de l'érosion continentale, a permis d'en observer la forme avec précision malgré le remplissage sédimentaire accumulé depuis sa formation.
Indices d'une origine par impact
L'hypothèse météoritique repose sur deux types d'arguments.
Arguments morphologiques
La forme circulaire, le pic central et les anneaux concentriques sont compatibles avec un cratère d'impact complexe. À eux seuls, ces traits ne suffisent toutefois pas à exclure d'autres origines.
Arguments pétrographiques
Un fragment de brèche calcaire d'environ 4 cm a été recueilli près du noyau central. L'analyse de cet échantillon a révélé :
- des gouttelettes vitreuses, qui peuvent résulter de la fusion de roches sous l'effet d'un choc ;
- un grain de quartz présentant des caractéristiques interprétées comme des marques de métamorphisme de choc.
Les auteurs précisent que ces indices, provenant d'un échantillon unique et de petite taille, ne permettent pas d'établir définitivement l'origine par impact. Ils soulignent la nécessité d'examens supplémentaires, notamment par l'obtention de nouveaux échantillons de roches du fond de la structure.
Âge
L'âge absolu de la structure de Corossol n'est pas connu. Le contexte géologique permet seulement d'en fixer des bornes relatives :
- la structure recoupe des roches sédimentaires d'âge ordovicien ; sa formation est donc postérieure au milieu de l'Ordovicien ;
- elle est antérieure à des périodes de bas niveau marin qui ont précédé les glaciations quaternaires.
Aucune datation radiométrique d'un matériau formé lors de l'événement n'a été publiée. L'intervalle possible demeure donc très large, de l'ère paléozoïque jusqu'au Cénozoïque.
Statut scientifique et place parmi les structures d'impact du Québec
En l'absence de confirmation définitive, la structure de Corossol figure parmi les structures d'impact possibles ou non confirmées recensées sur la Terre. Une confirmation exigerait des preuves de métamorphisme de choc plus nombreuses et mieux caractérisées, par exemple des cônes de percussion ou des lamelles de déformation planaire bien documentées dans plusieurs grains de quartz.
Le territoire québécois compte plusieurs structures d'impact reconnues, de tailles et d'âges très variés, parmi lesquelles :
- le réservoir Manicouagan, sur la Côte-Nord, l'une des plus grandes structures d'impact connues sur la Terre ;
- l'astroblème de Charlevoix, dans la région de la Capitale-Nationale ;
- le cratère des Pingualuit, au Nunavik.
Par sa position sous-marine, la structure de Corossol se distingue de ces exemples terrestres et illustre l'apport de la cartographie bathymétrique à haute résolution à la connaissance géologique du golfe du Saint-Laurent.