Toponymie
Le nom « Réservoir Manicouagan » a été officialisé par la Commission de toponymie du Québec le 5 mai 1966. Il reprend celui de la rivière Manicouagan, dont le réservoir constitue la tête régularisée, ainsi que celui de l'ancien lac Manicouagan, l'un des deux plans d'eau naturels réunis lors de la mise en eau. Le terme est d'origine innue et désigne aussi, sur la Côte-Nord, la MRC de Manicouagan et l'ensemble des aménagements hydroélectriques désignés par l'abréviation « Manic ».
Avant l'ennoyage, la partie occidentale et septentrionale de l'anneau était occupée par le lac Mouchalagane, tandis que la partie orientale correspondait au lac Manicouagan. Ces deux noms ne s'appliquent plus aujourd'hui à des plans d'eau distincts. L'île centrale porte quant à elle le nom de René-Levasseur.
En raison de sa forme parfaitement circulaire, facilement reconnaissable sur les images satellitaires, le réservoir est souvent surnommé « l'œil du Québec » dans l'usage courant.
Géographie
Le réservoir Manicouagan se trouve dans la région administrative de la Côte-Nord, à environ 220 km au nord de Baie-Comeau. La majeure partie de sa superficie est comprise dans la MRC de Manicouagan, sur le territoire non organisé de Rivière-aux-Outardes.
Le plan d'eau dessine un anneau d'environ 200 km de longueur, mesuré le long de son tracé, qui encercle l'île René-Levasseur. Cette île, l'une des plus grandes îles lacustres du monde, est dominée par le mont Babel, principal sommet du massif central de la structure d'impact. L'ensemble s'inscrit dans les reliefs du Bouclier canadien, plus précisément dans la province géologique de Grenville.
Les eaux du réservoir s'écoulent vers le sud par la rivière Manicouagan, qui rejoint l'estuaire du Saint-Laurent dans le secteur de Baie-Comeau après avoir franchi une série de barrages et de centrales. Le niveau de l'eau est régularisé par les installations hydroélectriques, ce qui distingue le réservoir d'un lac naturel.
Les estimations de superficie varient selon les sources et les méthodes de mesure (niveau d'exploitation retenu, inclusion ou non des baies et îles secondaires). Il convient donc de préciser la source lorsqu'un tel chiffre est employé.
Géologie
Le réservoir occupe une dépression annulaire creusée par l'érosion dans une ancienne structure d'impact météoritique, ou astroblème. Géologie Québec date l'impact à environ 214 ± 1 millions d'années, soit à la fin du Trias, et décrit la structure actuelle comme un cratère d'impact dont le réservoir révèle la forme annulaire.
Structure
La collision a fondu et fracturé les roches du socle précambrien. Une épaisse nappe de roches de fusion d'impact s'est mise en place au centre de la structure, où elle forme aujourd'hui une partie de l'île René-Levasseur. Au fil des millions d'années, l'érosion glaciaire et fluviale a abaissé le relief et dégagé une couronne de roches plus tendres ou plus fracturées, dans laquelle se sont logés les anciens lacs Manicouagan et Mouchalagane, puis le réservoir.
Intérêt scientifique
La structure de Manicouagan est l'une des structures d'impact les mieux conservées et les plus étudiées de la planète. Sa forme circulaire, accentuée par l'ennoyage, en fait un site de référence pour l'étude des cratères complexes et des roches de fusion d'impact. Des travaux de recherche portent également sur les fonds du réservoir et sur le paysage ennoyé lors de la mise en eau.
Aménagement hydroélectrique
Le réservoir Manicouagan est l'élément majeur du complexe hydroélectrique Manic-Outardes, aménagé par Hydro-Québec sur les rivières Manicouagan et aux Outardes à partir de la fin des années 1950. Sa capacité est estimée à environ 139 milliards de mètres cubes d'eau, ce qui en fait l'une des plus importantes réserves d'eau du réseau québécois.
Les eaux sont retenues en aval par le barrage Daniel-Johnson, ouvrage à voûtes multiples et contreforts, l'un des plus grands de son type au monde. Il porte le nom de Daniel Johnson, premier ministre du Québec mort en 1968, l'année de l'achèvement de l'ouvrage. La mise en eau qui a suivi a fait monter le niveau des anciens lacs et les a réunis en un seul plan d'eau continu.
Le réservoir alimente deux centrales situées au pied du barrage :
- la centrale Manic-5, première centrale du site ;
- la centrale Manic-5-PA (puissance additionnelle), construite ultérieurement pour accroître la production de pointe.
Les eaux turbinées poursuivent ensuite leur course vers les centrales situées plus en aval sur la rivière Manicouagan. Le réservoir joue ainsi un rôle de régulation saisonnière pour l'ensemble de la cascade d'aménagements de la rivière.
Milieu naturel et occupation du territoire
Le réservoir s'inscrit dans la forêt boréale de la Côte-Nord, sous un climat subarctique marqué par de longs hivers et une couverture de glace saisonnière. Le pourtour du plan d'eau et l'île René-Levasseur sont couverts de peuplements résineux où dominent l'épinette noire et le sapin baumier.
Sur l'île René-Levasseur, la réserve écologique Louis-Babel protège un territoire représentatif des écosystèmes du massif central de l'astroblème, notamment les milieux d'altitude du mont Babel.
Le territoire, situé dans un territoire non organisé, ne compte aucune municipalité riveraine. L'occupation humaine permanente se limite essentiellement aux installations d'Hydro-Québec du secteur de Manic-5. La route 389, qui relie Baie-Comeau à Fermont, donne accès au barrage Daniel-Johnson et longe une partie de la rive orientale du réservoir.
Le réservoir et ses environs font l'objet d'activités forestières, de villégiature, de chasse et de pêche. Le territoire fait partie du Nitassinan, territoire ancestral des Innus, qui le fréquentaient bien avant les aménagements hydroélectriques.
Données principales
Les principales caractéristiques du réservoir, selon les organismes publics, sont résumées ci-dessous.
| Caractéristique | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Longueur | environ 200 km | Commission de toponymie du Québec |
| Capacité | environ 139 milliards de m³ | Commission de toponymie du Québec |
| Distance de Baie-Comeau | environ 220 km au nord | Commission de toponymie du Québec |
| Âge de l'impact | environ 214 ± 1 millions d'années | Géologie Québec |
| Officialisation du nom | 5 mai 1966 | Commission de toponymie du Québec |
| Ouvrage de retenue | barrage Daniel-Johnson | Commission de toponymie du Québec |
La superficie du plan d'eau n'est pas reprise dans ce tableau en raison de l'écart entre les valeurs publiées selon les méthodes de mesure et le niveau d'exploitation considéré.
