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Géologie

Gisements de fer de Schefferville

Les gisements de fer de Schefferville forment un ensemble de dépôts ferrifères à haute teneur situés dans la fosse du Labrador, aussi appelée orogène du Nouveau-Québec, près de la frontière entre le Québec et le Labrador. Issus de l'enrichissement naturel de formations de fer rubanées d'âge paléoprotérozoïque, ils ont été exploités à ciel ouvert de 1954 au début des années 1980. Leur mise en valeur a entraîné la fondation de la ville de Schefferville et la construction du chemin de fer Quebec North Shore and Labrador, reliant le plateau intérieur à Sept-Îles.

Cadre géologique

Les gisements de Schefferville appartiennent à la fosse du Labrador, ou orogène du Nouveau-Québec, une ceinture plissée d'âge paléoprotérozoïque qui s'étire sur plusieurs centaines de kilomètres dans le nord-est du Québec, en bordure du Labrador. Cette ceinture fait partie de la province géologique de Churchill et se situe à l'est de la province du Supérieur, contre laquelle elle s'appuie.

La fosse renferme une épaisse succession de roches sédimentaires et volcaniques plissées et charriées lors de l'orogenèse. Sa bordure occidentale, moins déformée, contient des séquences sédimentaires de plate-forme comprenant des formations de fer rubanées de type lac Supérieur, c'est-à-dire des roches litées alternant des bandes riches en oxydes de fer et des bandes siliceuses (chert). Dans la région de Schefferville, ces formations ferrifères sont regroupées dans le groupe de Knob Lake, dont la formation de Sokoman constitue l'unité ferrifère principale.

Les publications du ministère québécois responsable des ressources naturelles décrivent la fosse du Labrador comme l'une des grandes provinces ferrifères du Québec, au même titre que le secteur du lac Wabush et de Fermont, situé plus au sud dans la partie méridionale de la même ceinture, où le métamorphisme plus élevé a produit des minerais de type taconite.

Nature du minerai

Le minerai de Schefferville se distingue des taconites exploitées plus au sud par son mode de formation. Il résulte d'un enrichissement supergène : des eaux circulant dans les formations de fer rubanées ont lessivé la silice et concentré les oxydes de fer, transformant localement une roche à teneur modérée en un minerai friable, poreux et riche en fer.

Ce minerai se compose principalement d'hématite et de goethite, accompagnées de limonite. Sa teneur élevée permettait de l'expédier sans concentration poussée, ce qui en a fait un minerai dit « à enfournement direct » (direct shipping ore). Cette caractéristique a été déterminante pour la rentabilité d'une exploitation aussi éloignée des voies maritimes.

Les gisements prennent la forme de lentilles et de corps irréguliers distribués le long des structures plissées et faillées de la bordure occidentale de la fosse. Leur répartition chevauche la frontière interprovinciale : plusieurs corps minéralisés se trouvent du côté québécois, d'autres du côté du Labrador.

Certains minerais de la région sont localement manganésifères. Un rapport de Géologie Québec présente des estimations historiques de minerai riche en manganèse, tout en précisant que ces données ne démontrent pas un enrichissement en manganèse économiquement exploitable dans le minerai de fer étudié.

Exploration

Les premières descriptions géologiques détaillées de l'intérieur de la péninsule du Québec-Labrador sont dues à Albert Peter Low, de la Commission géologique du Canada, qui parcourt la région à la fin du XIXe siècle. Ses observations, publiées en 1896, signalent l'existence de vastes formations ferrifères dans ce territoire alors peu connu des géologues.

L'éloignement et l'absence de voies d'accès retardent toutefois la mise en valeur pendant plusieurs décennies. Les campagnes de prospection reprennent dans la première moitié du XXe siècle, notamment par l'intermédiaire de concessions détenues par des intérêts miniers canadiens, puis s'intensifient après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de forte demande sidérurgique en Amérique du Nord et d'épuisement appréhendé des gisements du lac Supérieur.

Ces travaux établissent l'existence de plusieurs corps de minerai à haute teneur dans le secteur de Knob Lake, qui deviendra Schefferville. Un rapport gouvernemental de 1969 consacré aux gisements exploitables entre Schefferville et la baie Wakeham compile les données disponibles, en avertissant que plusieurs chiffres proviennent des compagnies et que leur exactitude n'est pas garantie.

Exploitation (1954-1982)

L'Iron Ore Company of Canada (IOC) entreprend l'exploitation commerciale des gisements en 1954. L'extraction se fait à ciel ouvert dans une série de fosses réparties autour de Knob Lake, de part et d'autre de la frontière entre le Québec et le Labrador.

Le minerai est acheminé vers le sud par le chemin de fer Quebec North Shore and Labrador (QNS&L), long de plus de 570 km, construit au début des années 1950 à travers le plateau laurentien jusqu'au port de Sept-Îles, sur la côte du Saint-Laurent. De là, il est expédié par navire vers les aciéries des Grands Lacs, des États-Unis et d'outre-mer. La construction de cette voie ferrée, dans un territoire dépourvu de routes, constitue l'un des grands chantiers industriels du Québec d'après-guerre.

L'exploitation saisonnière, adaptée au climat subarctique, s'appuie sur une ville minière créée de toutes pièces : Schefferville, du nom de M\u1d4d\u02b3 Lionel Scheffer, vicaire apostolique du Labrador.

Au fil des années 1970, la baisse de la demande d'acier, la concurrence des concentrés de taconite et l'épuisement progressif des corps les plus riches réduisent la rentabilité des opérations. La production cesse au début des années 1980, IOC mettant fin à ses activités à Schefferville en 1982. Une publication gouvernementale sur le potentiel minéral du Québec indique qu'après cet arrêt, aucun gisement de la fosse du Labrador n'était exploité au Québec au moment de sa rédaction.

Ressources et réévaluations

Les données publiées sur les réserves et les ressources des gisements de Schefferville varient selon la date, le périmètre considéré et les méthodes d'estimation. Les chiffres historiques, souvent établis par les compagnies exploitantes, ne constituent pas des estimations de ressources minérales conformes aux normes actuelles de divulgation.

Une partie importante des corps de minerai riche n'a pas été entièrement épuisée lors de la fermeture de 1982. Les haldes, les fosses abandonnées et les lentilles non exploitées ont fait l'objet de réévaluations ultérieures, à la faveur de la hausse des prix du fer au début du XXIe siècle. Plusieurs projets de reprise du minerai à enfournement direct ont été menés dans la région, majoritairement du côté du Labrador.

Le ministère québécois responsable des ressources naturelles et Géologie Québec, au moyen du Système d'information géominière (SIGÉOM), diffusent les rapports techniques historiques sur la région, notamment sur le fer, le manganèse et l'or.

Dimension humaine et territoriale

Les gisements se situent dans un territoire ancestral innu et naskapi. Le développement minier a profondément transformé l'occupation du territoire : des familles innues se sont établies près de la ville minière, à l'origine de la communauté de Matimekush–Lac John, tandis que les Naskapis, après plusieurs déplacements, se sont installés à Kawawachikamach, à proximité de Schefferville.

Une étude historique publiée dans Recherches amérindiennes au Québec examine la place des communautés autochtones dans le développement ferrifère de Schefferville entre 1954 et 1983, notamment leurs rapports avec l'emploi minier, l'aménagement de la ville et les effets de la fermeture.

Sur le plan administratif, Schefferville fait partie de la région administrative de la Côte-Nord. La fermeture de la mine a entraîné une forte diminution de la population de la ville. Le chemin de fer construit pour le minerai demeure le principal lien terrestre de la région avec la côte.

Sources

  1. Commission géologique du Canada, « Minerai de fer (1896) », L'histoire de la Commission géologique du Canada illustrée en 175 objets
  2. Ministère des Ressources naturelles et des Forêts du Québec, « Potentiel minéral du Québec »
  3. Journaux et Taillefer, « Les mines de fer de Schefferville », Cahiers de géographie du Québec, 1957
  4. Meynier, « Nouvelles mines de fer au Canada oriental », Annales de géographie, 1962
  5. Géologie Québec, « Gisements exploitables entre Schefferville et baie Wakeham », GM 24562
  6. Géologie Québec, « Le manganèse dans la région de Schefferville », ET 8504
  7. Géologie Québec, « L'or dans la région de Schefferville », PRO 8719
  8. Recherches amérindiennes au Québec, « Développement ferrifère et mondes autochtones au Québec subarctique, 1954-1983 »
  9. Le Monde en images, CCDMD, « Mine de fer »
  10. Wikipédia, « Mines de Schefferville »
  11. Système d'information géominière du Québec (SIGÉOM)

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : fer, fosse du labrador, schefferville, formation de fer rubanée, minerai à enfournement direct, iron ore company of canada, géologie du québec, province de churchill

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