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Géologie

Glissement de terrain de Notre-Dame-de-la-Salette

Le glissement de terrain de Notre-Dame-de-la-Salette est un mouvement de sol survenu vers 4 h du matin le 26 avril 1908 sur les berges de la rivière du Lièvre, en Outaouais. Une masse d'argile d'environ 1,2 million de mètres cubes s'est détachée et a glissé dans la rivière. Elle a provoqué une vague chargée d'eau et de glace qui a ravagé la rive opposée. Ce glissement, qui a fait 33 ou 34 victimes selon les sources, est considéré comme le plus meurtrier du Québec au XXe siècle.

Contexte géologique

Notre-Dame-de-la-Salette se trouve dans la vallée de la rivière du Lièvre, un affluent de la rivière des Outaouais, dans la municipalité régionale de comté des Collines-de-l'Outaouais. Le socle rocheux de ce secteur appartient à la province géologique de Grenville, l'une des grandes divisions du Bouclier canadien. Il est composé de roches métamorphiques et intrusives très anciennes.

À la fin de la dernière glaciation, le retrait de l'inlandsis laurentidien a laissé la croûte terrestre déprimée sous le poids de la glace. Les eaux marines ont alors envahi les basses terres du Saint-Laurent et de l'Outaouais pour former la mer de Champlain. Celle-ci s'est avancée dans les vallées tributaires, dont celle de la Lièvre. Des sédiments fins, silts et argiles, se sont déposés en eau salée au fond de ce bassin. Le relèvement isostatique progressif du continent a ensuite exondé ces dépôts.

Après leur émersion, ces argiles marines ont subi un lessivage par les eaux douces souterraines, qui a réduit leur teneur en sel. Ce processus est reconnu comme l'un des facteurs qui confèrent à certaines argiles leur sensibilité. Ces argiles, dites sensibles, peuvent perdre presque toute leur résistance lorsqu'elles sont remaniées et passer d'un état solide à un état quasi liquide. Les rivières ont ensuite incisé ces dépôts et créé des talus parfois élevés le long de leurs berges. Le long de la Lièvre, ces talus argileux constituent des terrains propices aux glissements.

Déroulement

Le glissement s'est produit le 26 avril 1908, vers 4 h du matin, sur les berges de la rivière du Lièvre. Une masse de terrain d'environ 800 m sur 457 m s'est détachée du talus et s'est déplacée vers le lit de la rivière. Une étude géologique évalue le volume déplacé à environ 1,2 million de mètres cubes. L'épaisseur des matériaux mobilisés pouvait atteindre 18 m.

À cette période de l'année, la rivière était encore en partie couverte de glace. La masse argileuse a brusquement envahi le lit du cours d'eau et en a déplacé l'eau et les glaces. Ce déplacement a engendré une vague et une inondation sur la rive opposée. Les habitations et les bâtiments qui s'y trouvaient ont été détruits ou emportés.

L'événement illustre un enchaînement de phénomènes caractéristique des milieux riverains argileux :

  • rupture d'un talus d'argile sensible ;
  • écoulement rapide des débris dans le cours d'eau ;
  • formation d'une vague par le déplacement soudain de l'eau ;
  • submersion de la rive opposée, aggravée par les glaces charriées.

Bilan humain et matériel

Le glissement de Notre-Dame-de-la-Salette est considéré comme le glissement de terrain le plus meurtrier survenu au Québec au XXe siècle.

Le nombre de victimes varie selon les sources. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec en dénombre 34. Ouranos et une synthèse scientifique sur les glissements générateurs de vagues au Québec retiennent également ce chiffre. D'autres récits en dénombrent 33.

SourceNombre de victimes
Répertoire du patrimoine culturel du Québec34
Ouranos34
Locat et autres, étude sur les glissements tsunamigènes34
Autres récits33

La plupart des pertes ont été causées par la vague et l'inondation qui ont frappé la rive opposée au glissement, plutôt que par le mouvement de sol lui-même. Plusieurs maisons et dépendances ont été détruites.

Causes et mécanismes

La fiche du Répertoire du patrimoine culturel du Québec attribue l'instabilité du terrain à l'infiltration de l'eau dans l'argile. Elle mentionne aussi des fissures apparues dans le sol à la suite d'un été sec, en 1907. Ces fissures ont pu faciliter la pénétration des eaux de surface au printemps suivant. L'eau infiltrée augmente alors la pression interstitielle dans le dépôt, ce qui en réduit la résistance.

Dans les argiles sensibles, une rupture initiale peut se propager vers l'arrière du talus. Le matériau remanié se liquéfie et s'écoule, ce qui retire l'appui des terrains situés derrière. Ce mécanisme explique l'étendue que peuvent atteindre certains glissements dans les dépôts de la mer de Champlain. Il s'apparente aux grandes coulées argileuses documentées ailleurs dans les basses terres du Saint-Laurent et de l'Outaouais.

L'étude de Jacques Locat et de ses collaborateurs range l'événement parmi les glissements dans les argiles qui ont produit des vagues au Québec. Elle souligne que la présence d'une couverture de glace peut aggraver les effets d'une telle vague sur les rives. C'était le cas sur la rivière du Lièvre en avril 1908.

Portée scientifique et gestion du risque

L'événement de 1908 figure parmi les cas historiques utilisés pour comprendre les glissements dans les argiles sensibles. Il sert aussi à documenter les effets secondaires de ces glissements, notamment les vagues et les inondations qu'ils peuvent provoquer dans un cours d'eau.

Au Québec, les zones exposées aux glissements de terrain dans les dépôts meubles sont aujourd'hui encadrées par des orientations gouvernementales en aménagement du territoire. Le ministère des Affaires municipales et de l'Habitation publie ces orientations. Elles prévoient la cartographie des zones de contraintes relatives aux glissements de terrain. Elles prévoient aussi des normes qui régissent les constructions et les interventions sur les talus et à leurs abords. Les municipalités régionales de comté intègrent ces normes à leur schéma d'aménagement.

Le gouvernement du Québec diffuse également des consignes de prévention et de sécurité destinées à la population. Celles-ci portent notamment sur les signes avant-coureurs d'un glissement, comme les fissures ou les affaissements. Ouranos, consortium sur la climatologie régionale, étudie quant à lui l'influence des conditions climatiques sur ces phénomènes, en particulier les précipitations, la fonte des neiges et l'érosion des berges.

Mémoire et patrimoine

Le glissement fait l'objet d'une fiche dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, sous le titre « Éboulis du 26 avril 1908 à Notre-Dame-de-la-Salette ». Cette inscription reconnaît la place de l'événement dans l'histoire de la municipalité et de la vallée de la Lièvre.

La catastrophe a marqué la mémoire collective de l'Outaouais. Elle est régulièrement évoquée dans les récits consacrés aux grands glissements de terrain du Québec, aux côtés des événements survenus dans d'autres régions où l'on trouve des argiles marines sensibles. Les écarts entre les bilans transmis par les différents récits témoignent de la difficulté à établir un décompte précis des victimes d'une catastrophe survenue au début du XXe siècle dans un milieu rural.

Sources

  1. Répertoire du patrimoine culturel du Québec, « Éboulis du 26 avril 1908 à Notre-Dame-de-la-Salette »
  2. Ouranos, « Glissements de terrain — Impacts »
  3. J. Locat et autres, « Tsunamigenic landslides in Québec », Université Laval
  4. Gouvernement du Québec, « Glissement de terrain »
  5. Ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, « Orientations gouvernementales en aménagement du territoire — Glissements de terrain »
  6. Radio-Canada, « Les experts en glissements de terrain sollicités plus que jamais »
  7. Ouranos, « Landslides — References »
  8. Commission géologique du Canada, travaux sur les argiles sensibles de la mer de Champlain
  9. Savoirs.Québec, registre éditorial

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Radio-Canada, « Un chemin impraticable »
  2. Glissement de terrain à Notre-Dame de la Salette [26 avril 1908]
  3. Think Hazard - Quebec / Québec

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : glissement de terrain, argile sensible, mer de champlain, rivière du lièvre, outaouais, notre-dame-de-la-salette, 1908, vague générée par glissement

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