Description et situation
La mine Wright est un ancien site minier implanté sur la rive orientale du lac Témiscamingue, plan d'eau qui marque en partie la limite entre le Québec et l'Ontario. Le secteur appartient à la municipalité régionale de comté de Témiscamingue, dans la région administrative de l'Abitibi-Témiscamingue, non loin de Ville-Marie et de l'ancien poste de traite du fort Témiscamingue.
Le gîte est classé parmi les gisements de plomb et d'argent. Il est réputé être le premier gîte de ces métaux découvert sur le territoire canadien, son existence ayant été relevée dès l'époque de la Nouvelle-France. Le site n'est pas en exploitation ; il est surtout connu pour sa valeur historique et pour la place qu'il occupe dans les récits sur les débuts de l'activité minière au Québec.
Le nom de la mine ne doit pas être confondu avec celui de la mine de Mont-Wright, grande exploitation de fer à ciel ouvert située près de Fermont, sur la Côte-Nord, qui relève d'un contexte géologique et historique entièrement différent.
Contexte géologique
La région du lac Témiscamingue se situe dans le Bouclier canadien, à proximité de la jonction entre plusieurs grands ensembles géologiques. Le socle y est formé de roches précambriennes : roches archéennes de la Province du Supérieur et, dans les secteurs voisins, roches sédimentaires paléoprotérozoïques du Supergroupe de Huronien, qui reposent en discordance sur le socle archéen.
Le lac lui-même occupe une dépression allongée d'origine structurale, souvent désignée comme le graben du Témiscamingue. Cette structure s'inscrit dans le système de failles de la vallée de l'Outaouais, lié à des épisodes d'extension crustale. L'affaissement de ce compartiment a permis la préservation locale de roches sédimentaires paléozoïques, notamment des calcaires, qui sont rares ailleurs dans le Bouclier.
Les zones de failles et de fractures qui accompagnent cette dépression constituent des conduits favorables à la circulation de fluides hydrothermaux. C'est dans ce type de cadre que se forment des veines minéralisées, comme celles qui caractérisent le gîte Wright. La région est par ailleurs voisine du célèbre district argentifère de Cobalt, en Ontario, sur la rive opposée du lac, dont les veines riches en argent témoignent du potentiel métallifère de ce secteur du Bouclier canadien.
Minéralisation
Le gîte Wright est un gisement filonien de plomb et d'argent. Le principal minéral métallique de ce type de gîte est la galène, sulfure de plomb (PbS), qui contient souvent de l'argent en solution solide ou sous forme d'inclusions de minéraux argentifères. La galène est fréquemment accompagnée d'autres sulfures, comme la sphalérite (sulfure de zinc) et la pyrite, dans une gangue de quartz ou de carbonates.
Dans les gisements de ce type, la minéralisation se présente sous forme de veines remplissant des fractures ouvertes ou des zones de cisaillement. Les métaux sont transportés par des fluides chauds et précipitent lorsque les conditions physiques et chimiques changent (baisse de température, réaction avec la roche encaissante, mélange de fluides).
L'affleurement de la minéralisation sur les berges du lac explique sans doute qu'elle ait été remarquée très tôt : la galène, dense et d'un éclat métallique gris caractéristique, est facilement reconnaissable à l'oeil nu. La teneur, le tonnage et l'âge précis de la minéralisation ne sont pas documentés ici de façon assez sûre pour être chiffrés ; les fiches de gîtes du système d'information géominière du Québec (SIGÉOM) constituent la référence pour ces données.
Histoire
Régime français
Le gîte de plomb du lac Témiscamingue est mentionné dès l'époque de la Nouvelle-France. Le lac se trouvait alors sur une route de canot fréquentée par les Autochtones, les voyageurs et les militaires reliant la vallée de l'Outaouais au bassin de la baie James. Les Algonquins (Anishinabeg), présents dans la région bien avant l'arrivée des Européens, connaissaient le territoire et ses ressources. L'expédition française menée vers la baie d'Hudson en 1686 sous le commandement de Pierre de Troyes emprunta cet itinéraire, et la tradition associe à cette période la première mention européenne du gîte.
Exploitation ultérieure
Après la Conquête, la région demeure longtemps tournée vers la traite des fourrures. L'intérêt pour le gîte renaît au XIXe siècle, lorsque la colonisation et l'exploration du Témiscamingue s'intensifient. Le site reçoit le nom de Wright, et des travaux miniers y sont menés de façon intermittente. Ces travaux sont restés de faible envergure comparativement aux grands districts miniers qui se développent plus tard en Abitibi-Témiscamingue.
La découverte de l'argent à Cobalt, sur la rive ontarienne, au début du XXe siècle, puis celle des gisements d'or et de cuivre de la faille de Cadillac en Abitibi, ont ensuite déplacé le centre de gravité de l'activité minière régionale. La mine Wright conserve néanmoins le statut symbolique de premier gîte de plomb et d'argent connu au pays.
Importance patrimoniale
La mine Wright occupe une place particulière dans l'histoire minière du Québec et du Canada. Elle illustre l'ancienneté de la connaissance des ressources minérales du territoire, bien antérieure à l'essor industriel du XXe siècle.
Le site s'inscrit dans un paysage historique riche, à proximité du fort Témiscamingue, ancien poste de traite des fourrures reconnu lieu historique national, et de Ville-Marie, l'une des plus anciennes localités de la région. Ensemble, ces lieux témoignent du rôle du lac Témiscamingue comme voie de circulation entre le Saint-Laurent, l'Outaouais et la baie James.
Pour la géologie québécoise, le gîte rappelle aussi l'intérêt de la dépression du lac Témiscamingue, où se côtoient roches précambriennes du Bouclier canadien et lambeaux de roches paléozoïques, et où les failles ont favorisé la mise en place de minéralisations métalliques.