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Géologie

Mine Raglan

La mine Raglan est un complexe minier souterrain de nickel et de cuivre situé dans la péninsule d'Ungava, au Nunavik, dans la région administrative du Nord-du-Québec. Exploité depuis 1997, il met en valeur des gisements de sulfures magmatiques associés à des roches ultramafiques de la ceinture de Cape Smith, une ceinture paléoprotérozoïque de plis et de chevauchements. L'exploitation se déroule en zone de pergélisol continu. Le concentré est expédié par la baie Déception vers des installations de fusion et d'affinage situées hors du Québec.

Situation géographique

La mine Raglan se trouve dans la partie nord de la péninsule d'Ungava, au Nunavik, sur le territoire de la région administrative du Nord-du-Québec. Le complexe occupe une zone de toundra arctique située entre les communautés inuites de Salluit, sur la côte du détroit d'Hudson, et de Kangiqsujuaq, sur la rive de la baie Wakeham. Ces deux villages, avec leurs corporations foncières, sont directement associés à l'exploitation par l'Entente Raglan.

Le site n'est relié au réseau routier du sud du Québec par aucune route. Une route privée relie les installations minières au port de la baie Déception, sur le détroit d'Hudson. Ce port sert à l'expédition du concentré et à l'approvisionnement du site pendant la saison de navigation. Le personnel et le matériel urgent sont acheminés par voie aérienne.

Un rapport géologique portant sur les forages d'exploration de 2017 et de 2018 situe les titres miniers de la propriété dans les feuillets 35G9, 35H11, 35H12 et 35H13 du Système national de référence cartographique (SNRC). La propriété s'étend ainsi sur une bande orientée grossièrement est-ouest, qui suit le tracé des unités ultramafiques minéralisées de la ceinture de Cape Smith.

Le climat est arctique. Le sol y est gelé en permanence sous une mince couche active qui dégèle en été. Ce contexte conditionne la conception des ouvrages souterrains, des infrastructures de surface et de la gestion des résidus miniers.

Cadre géologique

Les gisements de Raglan appartiennent à la ceinture de Cape Smith, aussi appelée fosse de l'Ungava. Il s'agit d'une ceinture paléoprotérozoïque de plis et de chevauchements qui traverse la péninsule d'Ungava sur environ 370 kilomètres d'est en ouest. Dans la nomenclature géologique québécoise, elle se rattache à l'orogène de l'Ungava, rattaché à la Province de Churchill. Elle repose en chevauchement sur le socle archéen de la Province du Supérieur, situé au sud.

Évolution tectonique

La ceinture de Cape Smith enregistre l'ouverture d'un bassin océanique au Paléoprotérozoïque, puis sa fermeture lors d'une collision continentale. Celle-ci est généralement associée à l'orogène trans-hudsonien. Les séquences volcaniques et sédimentaires du bassin ont été empilées en nappes de charriage poussées vers le sud sur la marge de la Province du Supérieur.

Principales unités

On distingue habituellement deux grands ensembles volcano-sédimentaires :

  • le Groupe de Povungnituk, formé surtout de roches sédimentaires et de basaltes, déposé lors de la phase de rift ;
  • le Groupe de Chukotat, dominé par des basaltes riches en magnésium et des roches ultramafiques, mis en place lors d'une phase volcanique plus tardive.

Les horizons minéralisés de Raglan se trouvent à la base du Groupe de Chukotat. Ils sont associés à des corps de péridotite et de gabbro, souvent décrits dans la littérature comme des coulées ou des chenaux de lave d'affinité komatiitique. La déformation orogénique a ensuite plissé, faillé et métamorphisé ces unités. Ce remaniement complique le suivi des lentilles minéralisées en profondeur.

Gisements et minéralisation

Les gisements de Raglan sont classés parmi les gisements de sulfures magmatiques de nickel et de cuivre associés à des roches ultramafiques. La minéralisation s'est formée par ségrégation d'un liquide sulfuré immiscible à partir d'un magma ultramafique. Plus dense que le silicate fondu, ce liquide s'est accumulé à la base des corps de péridotite, notamment dans les dépressions des chenaux de lave ou des conduits magmatiques. Il y a concentré les métaux chalcophiles.

Formes des corps minéralisés

La minéralisation se présente sous forme de lentilles de sulfures massifs, semi-massifs ou disséminés. Ces lentilles sont étroitement liées aux unités de péridotite et de gabbro. La propriété regroupe une série de gisements distincts à forte teneur, répartis le long de l'horizon ultramafique. Leur caractère discontinu explique l'importance des forages d'exploration pour repérer de nouvelles lentilles et prolonger les ressources connues.

Minéralogie

Les assemblages sulfurés typiques de ce type de gisement comprennent :

  • la pentlandite, principal minéral porteur de nickel ;
  • la pyrrhotite, sulfure de fer abondant ;
  • la chalcopyrite, principal minéral porteur de cuivre.

Outre le nickel et le cuivre, ces gisements renferment du cobalt et des éléments du groupe du platine, en particulier le platine et le palladium. Ceux-ci sont récupérés comme sous-produits lors du traitement métallurgique.

Exploration

Les campagnes de forage menées en 2017 et en 2018 visaient à découvrir de nouvelles zones minéralisées et à accroître les ressources des gisements connus. Les rapports de ces travaux sont versés aux archives publiques du ministère québécois responsable des mines.

Historique de l'exploitation

Le potentiel en nickel de la région de Raglan est reconnu bien avant sa mise en exploitation. Son éloignement, le climat arctique et l'absence d'infrastructures retardent cependant tout développement pendant plusieurs décennies. Le projet est porté par la société Falconbridge au cours des années 1990.

Principales étapes

AnnéeÉvénement
1995Signature de l'Entente Raglan avec des organisations inuites du Nunavik
1996Approbation par le gouvernement du Québec de l'emplacement de l'usine de concentration du projet
1997Début de l'exploitation
2006Passage sous le contrôle de Xstrata, après l'acquisition de Falconbridge
2013Passage sous le contrôle de Glencore, après la fusion avec Xstrata

L'approbation de 1996, publiée à la Gazette officielle du Québec, désigne le territoire visé comme le « Nouveau-Québec », appellation alors en usage.

Évolution du complexe

Depuis 1997, l'exploitation s'est étendue à plusieurs gisements de la propriété au moyen de mines souterraines successives. Le nombre de mines en activité et la configuration du complexe ont varié selon les périodes, à mesure que certains gisements s'épuisaient et que de nouvelles lentilles étaient mises en valeur. Les données de production et de configuration doivent donc toujours être rapportées à une date précise.

Exploitation en pergélisol

La mine Raglan est l'une des rares exploitations minières souterraines du Canada creusées dans le pergélisol continu. Le massif rocheux y demeure gelé en permanence sur une grande profondeur. Cette condition géotechnique influe sur la plupart des aspects de l'exploitation.

Contraintes techniques

  • Température du massif : la roche gelée offre une bonne stabilité, à condition de rester gelée. Le dégel des fractures remplies de glace pourrait affaiblir les parois.
  • Ventilation : l'air introduit dans les galeries doit être conditionné. Il s'agit d'éviter le gel des équipements et des travailleurs en hiver, sans provoquer le dégel du massif.
  • Eau de forage et de procédé : l'eau douce gèle au contact de la roche. On recourt donc à des solutions salines pour le forage souterrain.
  • Soutènement : la projection de béton sur des parois gelées exige des mélanges et des adjuvants adaptés aux basses températures, comme le décrivent les études de cas des fournisseurs spécialisés.

Gestion des résidus

En surface, le pergélisol sert aussi de barrière naturelle. Les aires d'entreposage des résidus miniers sont conçues pour que les matériaux gèlent et restent gelés, ce qui limite la circulation de l'eau et l'oxydation des sulfures résiduels. Ce mode de gestion suppose un suivi thermique du sol à long terme, dans un contexte où le réchauffement climatique touche le Nunavik.

L'expérience acquise à Raglan est fréquemment citée dans les études sur l'exploitation minière en milieu arctique.

Traitement et chaîne de transformation

Le minerai extrait des mines souterraines est traité sur place, dans une usine de concentration. Le procédé repose sur le broyage et la flottation. Il sépare les sulfures porteurs de nickel et de cuivre de la gangue silicatée et produit un concentré de nickel et de cuivre.

Acheminement

Le concentré est transporté par camion jusqu'au port de la baie Déception, sur le détroit d'Hudson. Il y est entreposé jusqu'à son chargement sur des navires de type brise-glace, capables de naviguer dans les glaces du détroit d'Hudson une grande partie de l'année.

Transformation hors du Québec

Selon Ressources naturelles Canada, le concentré emprunte ensuite la chaîne suivante :

  1. Fusion à Sudbury, en Ontario, où il est traité dans une fonderie de nickel ;
  2. Affinage à la raffinerie de Nikkelverk, à Kristiansand, en Norvège, où sont produits le nickel, le cuivre, le cobalt et les métaux précieux affinés.

Cette chaîne relie un gisement de la ceinture de Cape Smith à un autre grand district de sulfures magmatiques de nickel et de cuivre, celui de Sudbury. Elle illustre aussi l'intégration de la production québécoise de nickel dans un réseau industriel international.

Cadre territorial et Entente Raglan

La mine Raglan est située sur un territoire visé par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975, qui encadre les droits des Inuit du Nunavik. Les projets miniers de la région y sont soumis à un régime particulier d'évaluation et d'examen des répercussions environnementales et sociales. Les modifications du projet font l'objet de demandes déposées auprès des autorités environnementales et publiées au registre des évaluations environnementales du Québec.

L'Entente Raglan

Conclue en 1995, l'Entente Raglan lie l'exploitant de la mine à la Société Makivik, aux communautés de Salluit et de Kangiqsujuaq et à leurs corporations foncières. Elle est souvent présentée comme l'une des premières ententes sur les répercussions et les avantages conclues au Canada entre une société minière et des organisations autochtones.

L'entente prévoit notamment :

  • un partage des retombées financières de l'exploitation ;
  • des mesures favorisant l'emploi et la formation des Inuit ;
  • des dispositions sur les contrats accordés à des entreprises inuites ;
  • des mécanismes de suivi environnemental.

Un comité Raglan, composé de représentants des parties, suit la mise en œuvre de l'entente. Il publie des rapports périodiques sur l'emploi, la formation et les questions environnementales. L'entente constitue un repère dans l'histoire du développement minier au Nunavik et sert de référence pour d'autres projets du Nord québécois.

Sources

  1. Ressources naturelles Canada, « La mine Raglan – Québec »
  2. Natural Resources Canada, « Raglan Mine – Quebec »
  3. Ressources naturelles Canada, document sur l'Entente Raglan
  4. Rapport géologique des travaux de forage d'exploration réalisés en 2017 et 2018, Mine Raglan (GM 71358)
  5. Ministère des Ressources naturelles et des Forêts, « Potentiel minéral du Québec »
  6. Association minière du Québec, « Mine Raglan »
  7. Glencore, rapport du Comité Raglan 2022
  8. Registre des évaluations environnementales du Québec, demande de modification (dossier 3215-14-019)
  9. Gazette officielle du Québec, approbation de l'emplacement de l'usine de concentration du projet Raglan (1996)
  10. Sika Canada, « Mining the Canadian Arctic »
  11. Système d'information géominière du Québec (SIGÉOM)
  12. Commission géologique du Canada, travaux sur la ceinture de Cape Smith

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : mine raglan, nickel, cuivre, ceinture de cape smith, nunavik, sulfures magmatiques, pergélisol, roches ultramafiques, entente raglan

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