Contexte géologique
Le séisme s'est produit au cœur de la plaque nord-américaine, loin de toute frontière de plaques ; il s'agit donc d'un séisme intraplaque. La région de Témiscaming appartient à la province géologique de Grenville, à proximité de sa limite avec la province du Supérieur, deux grands ensembles du bouclier canadien formés de roches précambriennes.
Le lac Témiscamingue occupe un fossé d'effondrement (graben) hérité d'anciens épisodes d'extension de la croûte, qui se rattache au système de failles de l'Outaouais. Ces structures anciennes, aujourd'hui soumises au champ de contraintes compressives qui règne dans l'est du continent, sont généralement considérées comme des zones de faiblesse susceptibles d'être réactivées, sans qu'aucune faille précise n'ait été formellement associée au séisme de 1935.
Séismes Canada rattache l'événement à la zone sismique de l'Ouest du Québec, qui s'étend de la vallée de l'Outaouais jusqu'au Témiscamingue et englobe une partie de l'est de l'Ontario. Cette zone est l'une des régions sismiquement actives de l'Est du Canada, au même titre que celles de Charlevoix et du Bas-Saint-Laurent.
Caractéristiques du séisme
Le tremblement de terre s'est produit le 1er novembre 1935 à 1 h 03, heure locale, alors que la population dormait. Selon Ressources naturelles Canada, son épicentre se trouvait à environ 10 km à l'est de Témiscaming, au Québec, et son foyer à une profondeur estimée à 10 km.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Date | 1er novembre 1935 |
| Heure locale | 1 h 03 |
| Épicentre | Environ 10 km à l'est de Témiscaming |
| Profondeur estimée | 10 km |
| Magnitude de moment (Mw) | 6,1 |
| Intensité maximale (Mercalli modifiée) | VII |
La magnitude retenue par Séismes Canada est une magnitude de moment de 6,1. D'autres échelles de magnitude, mentionnées dans la même fiche, donnent des valeurs différentes, et certaines publications canadiennes désignent l'événement comme un séisme de magnitude 6,2. Ces écarts tiennent à la méthode de calcul employée et à la nature des enregistrements instrumentaux de l'époque, encore peu nombreux au Canada.
L'intensité maximale rapportée, VII sur l'échelle de Mercalli modifiée, correspond à des dommages légers à modérés aux constructions ordinaires, en particulier aux cheminées et aux maçonneries.
Effets et dommages
Les dommages les plus importants ont été observés près de l'épicentre. À Témiscaming, environ 80 % des cheminées auraient été endommagées. Du côté ontarien, des cheminées se sont également écroulées à Mattawa et à North Bay.
Dans la région épicentrale, le séisme a provoqué des effets sur le terrain :
- des éboulements rocheux mineurs ;
- des fissures dans des dépôts de gravier et de sable.
Le séisme a été ressenti sur un territoire exceptionnellement étendu, caractéristique des tremblements de terre de l'est de l'Amérique du Nord, où la croûte ancienne et froide atténue peu les ondes sismiques. Il a été perçu jusqu'à Thunder Bay à l'ouest, jusqu'à la baie de Fundy à l'est et, vers le sud, jusqu'au Kentucky et en Virginie. Les habitants de Montréal et de Toronto l'ont aussi ressenti.
À grande distance, l'événement a été associé à un glissement d'environ 30 m d'un remblai ferroviaire près de Parent, en Haute-Mauricie, à quelque 300 km de l'épicentre.
Répliques
Le choc principal a été suivi de répliques ressenties au cours des mois suivants dans la région du Témiscamingue. Ce comportement est typique des séismes de magnitude supérieure à 6 : la redistribution des contraintes le long de la zone de rupture entraîne une série de secousses plus faibles dont la fréquence décroît avec le temps.
Le réseau de sismographes canadien, encore embryonnaire dans les années 1930, ne permettait pas de localiser ces répliques avec la précision qu'offrent les réseaux modernes. Leur connaissance repose donc en grande partie sur les témoignages recueillis à l'époque auprès des populations locales.
Étude scientifique
Faute d'enregistrements instrumentaux abondants, la caractérisation du séisme de 1935 s'appuie largement sur les données macrosismiques, c'est-à-dire sur les descriptions des effets ressentis et des dommages observés en de nombreux lieux.
Ressources naturelles Canada répertorie notamment :
- les rapports du sismologue E. A. Hodgson, de l'Observatoire fédéral, publiés en 1936, qui rassemblent les observations recueillies après l'événement ;
- une étude de Maurice Lamontagne, de la Commission géologique du Canada, consacrée aux informations macrosismiques du séisme de magnitude de moment 6,1.
Ces travaux permettent de dresser des cartes d'intensité, d'estimer la magnitude et l'emplacement de l'épicentre, et de comparer l'événement aux séismes plus récents de la région. Ils constituent une contribution importante à la connaissance de la sismicité historique de l'est du Canada.
Place dans la sismicité du Québec
Le séisme de 1935 figure parmi les plus forts tremblements de terre recensés dans l'Ouest du Québec et demeure le plus important événement connu de la zone sismique de l'Ouest du Québec à l'époque instrumentale. Il est souvent évoqué, avec les séismes de Charlevoix, pour rappeler que le territoire québécois, bien que situé loin des frontières de plaques, est exposé à un aléa sismique réel.
Cet événement sert de référence dans l'évaluation de l'aléa sismique de la vallée de l'Outaouais et du Témiscamingue, régions qui comprennent notamment l'agglomération de Gatineau et d'Ottawa. Les données issues de ce séisme contribuent à la modélisation de l'aléa sur laquelle reposent les exigences parasismiques des codes du bâtiment au Canada.
La zone sismique de l'Ouest du Québec a de nouveau été secouée par le séisme de Val-des-Bois, de magnitude 5,0, survenu le 23 juin 2010, qui a ravivé l'intérêt pour l'événement de 1935 et pour la sensibilisation du public à la menace sismique au Québec.