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Géologie

Séisme de 1732 à Montréal

Le séisme de 1732 à Montréal est un tremblement de terre survenu le 16 septembre 1732, vers 11 h, dans la région de Montréal, alors en Nouvelle-France. Les récits d'époque rapportent des cheminées tombées, des murs fissurés et environ 300 maisons endommagées. Rattaché à la zone sismique de l'Ouest du Québec, il est considéré par la Commission géologique du Canada comme le plus important séisme connu de la vallée du Saint-Laurent dans ce secteur. Sa magnitude est estimée a posteriori à 5,8 par les publications canadiennes.

Contexte historique

En 1732, Montréal est une ville fortifiée de la Nouvelle-France, établie sur l'île de Montréal au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais. Le bâti urbain y comprend une part importante de maisons et d'édifices en maçonnerie de pierre, matériau privilégié par les autorités coloniales pour limiter la propagation des incendies qui frappent régulièrement les villes de la colonie.

La région n'est pas étrangère aux secousses telluriques : la colonie a déjà connu le grand séisme de Charlevoix de 1663, ressenti dans l'ensemble de la vallée du Saint-Laurent. Toutefois, l'événement de 1732 se distingue par son foyer, situé dans le secteur même de Montréal, et par les dommages concentrés dans l'agglomération.

La connaissance du séisme repose exclusivement sur des documents d'époque, notamment une lettre rédigée en 1732 et reproduite dans les compilations historiques de Séismes Canada. Aucun instrument de mesure n'existait alors ; toutes les caractéristiques physiques de l'événement (localisation, intensité, magnitude) découlent de l'analyse de ces témoignages par les sismologues des XXe et XXIe siècles.

Déroulement et effets

La secousse principale se produit le 16 septembre 1732, vers 11 h. Selon les récits historiques compilés par Séismes Canada, elle entraîne :

  • la chute de cheminées ;
  • la fissuration de murs de maçonnerie ;
  • des dommages à environ 300 maisons de la ville.

La lettre de 1732 fait également état de secousses ultérieures, assimilables à des répliques, ainsi que de personnes blessées. Elle rapporte que des habitants, inquiets de la solidité de leurs demeures, passent la nuit à l'extérieur.

Le même témoignage attribue au séisme la mort d'une jeune fille. Ce décès n'a cependant pas pu être corroboré : selon Séismes Canada, l'étude du sismologue Gabriel Leblanc n'a trouvé aucune preuve de cette mort. L'événement est donc généralement présenté comme ayant causé une mort rapportée, mais non confirmée.

L'ampleur exacte des dégâts matériels demeure difficile à établir. Les sources disponibles décrivent surtout les effets dans la ville elle-même ; les observations dans les établissements riverains plus éloignés sont beaucoup moins documentées.

Évaluation scientifique

Localisation et intensité

Séismes Canada situe approximativement l'épicentre à 45,5° de latitude nord et 73,6° de longitude ouest, soit dans la région immédiate de Montréal. L'organisme attribue à l'événement une intensité maximale de IX sur l'échelle de Mercalli modifiée, tout en signalant qu'une autre étude propose plutôt une intensité de VIII. L'intensité mesure les effets observés sur les personnes et les constructions, et non l'énergie libérée à la source.

Magnitude

La magnitude est une estimation rétrospective, dérivée de la répartition des effets décrits dans les documents historiques. Deux valeurs principales circulent :

OrganismeMagnitude estimée
Commission géologique du Canada, Séismes Canada5,8
United States Geological Survey (catalogue)6,3

Ces valeurs reposent sur des références et des méthodes d'attribution différentes ; elles ne sont pas directement équivalentes et ne doivent pas être comparées comme deux mesures d'une même grandeur. La valeur de 5,8 est celle retenue par les publications canadiennes de référence, qui décrivent le séisme comme le plus grand connu dans la vallée du Saint-Laurent entre Montréal et Québec.

Contexte géologique

Le séisme de 1732 est associé à la zone sismique de l'Ouest du Québec, l'une des régions sismiquement actives de l'est du Canada. Cette zone couvre la vallée de l'Outaouais, le sud-ouest du Québec et l'est de l'Ontario, et englobe la région métropolitaine de Montréal.

Il s'agit d'une sismicité intraplaque : les séismes se produisent loin de toute frontière de plaque tectonique, à l'intérieur de la plaque nord-américaine. Les spécialistes les relient généralement à la réactivation, sous l'effet des contraintes régionales actuelles, de failles anciennes héritées de l'histoire géologique du territoire, notamment celles associées au système de rift et de graben de l'Outaouais et du Saint-Laurent.

Sur le plan géologique, Montréal repose sur les roches sédimentaires paléozoïques de la plateforme du Saint-Laurent, qui recouvrent le socle précambrien de la province de Grenville. Le mont Royal et les autres collines Montérégiennes témoignent d'une activité magmatique du Crétacé ayant recoupé ces formations.

D'autres séismes notables ont marqué la zone sismique de l'Ouest du Québec, dont ceux du Témiscamingue en 1935, de Cornwall-Massena en 1944 et de Val-des-Bois en 2010. La recherche de traces de ruptures récentes en surface se poursuit : une étude publiée dans la revue Seismica examine ainsi un escarpement soupçonné d'être une faille d'âge holocène près de Montréal.

Interprétation des sources historiques

L'analyse critique des témoignages d'époque occupe une place centrale dans l'étude du séisme. Le sismologue Pierre Gouin, auteur de travaux sur l'interprétation des récits originaux de séismes historiques au Québec, invite à la prudence dans l'évaluation des dommages.

Selon lui, des incendies antérieurs avaient fragilisé certaines maçonneries de Montréal, et des pierres endommagées par le feu avaient été réutilisées dans la construction de bâtiments. Une partie des dégâts rapportés pourrait donc refléter la vulnérabilité particulière du bâti plutôt que la seule violence de la secousse. Cette observation a une incidence directe sur l'estimation de l'intensité, et par conséquent sur celle de la magnitude.

Gouin met également en doute l'existence de décès directement causés par l'effondrement de constructions lors des séismes historiques au Québec, ce qui rejoint les conclusions de Gabriel Leblanc au sujet de la jeune fille dont la mort est mentionnée dans la lettre de 1732.

Ces travaux illustrent les difficultés propres à la sismologie historique : rareté des documents, imprécision des descriptions, biais des témoins et absence d'observations dans les zones peu peuplées. Les divergences entre les estimations d'intensité (VIII ou IX) et de magnitude (5,8 ou 6,3) découlent en grande partie de ces incertitudes.

Portée et évaluation du risque sismique

Le séisme de 1732 constitue l'un des événements de référence pour caractériser l'aléa sismique de la région de Montréal. En tant que plus important séisme historique connu à proximité immédiate d'une grande agglomération québécoise, il fournit un exemple concret des effets qu'une secousse modérée à forte peut produire sur un bâti en maçonnerie.

Les catalogues de séismes historiques, dont ceux tenus par Séismes Canada au sein de Ressources naturelles Canada, intègrent cet événement aux données servant à modéliser l'activité sismique de l'est du Canada. Ces modèles alimentent les cartes d'aléa sismique utilisées notamment pour les exigences parasismiques du Code national du bâtiment. Ressources naturelles Canada a par ailleurs développé des outils d'évaluation du risque sismique qui combinent l'aléa, la vulnérabilité des bâtiments et l'exposition des populations.

Dans une agglomération comptant aujourd'hui un nombre important de bâtiments anciens en maçonnerie non armée, en particulier dans le Vieux-Montréal et les quartiers centraux, le rappel de l'événement de 1732 nourrit les réflexions sur la préparation aux sinistres et la mise à niveau sismique du patrimoine bâti.

Sources

  1. Séismes Canada, « Le Tremblement de terre de Montréal du 16 Septembre 1732 »
  2. Earthquakes Canada, « The 16 September, 1732, Montréal earthquake »
  3. Commission géologique du Canada, « Caractéristiques des tremblements de terre de la Vallée du Saint-Laurent entre Montréal et Québec »
  4. United States Geological Survey, « M 6.3 - Near Montreal, Quebec, Canada »
  5. Pierre Gouin, « Interpreting original reports on historic earthquakes in Québec »
  6. Ressources naturelles Canada, « Un nouvel outil pour évaluer le risque sismique au Canada »
  7. Seismica, « Investigation of suspected Holocene fault scarp near Montréal, Québec »
  8. Wikipédia, « Séisme du 16 septembre 1732 à Montréal »
  9. Wikipédia, « Liste de séismes au Québec »
  10. Wikipedia, « 1732 Montreal earthquake »

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5

Mots-clés : séisme, tremblement de terre, montréal, nouvelle-france, sismologie historique, zone sismique de l'ouest du québec, échelle de mercalli, risque sismique

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