Définition et nomenclature
La sous-province d'Ashuanipi est l'une des subdivisions de la province du Supérieur, le vaste craton archéen qui forme le cœur du Bouclier canadien au Québec. Elle occupe la partie la plus orientale de ce craton, là où celui-ci est tronqué par les orogènes protérozoïques.
Le nom Ashuanipi, emprunté à la toponymie de la région (le lac Ashuanipi se trouve dans l'ouest du Labrador), a d'abord servi à désigner un ensemble de roches métamorphisées situées à l'ouest de la Fosse du Labrador, souvent appelé « complexe d'Ashuanipi » dans la littérature géologique. En 1986, dans le cadre de la subdivision de la province du Supérieur en sous-provinces, ce domaine a été élevé au rang de sous-province.
Le Lexique stratigraphique de Géologie Québec, tenu par le ministère responsable des ressources naturelles, en fait une entrée distincte au sein de la province du Supérieur, et la carte géologique du Québec la représente parmi les sous-provinces de ce craton. Les géologues de Terre-Neuve-et-Labrador emploient pour leur part l'appellation de complexe d'Ashuanipi pour la portion labradorienne du domaine.
Situation et limites
La sous-province d'Ashuanipi couvre une superficie d'environ 90 000 km². La majeure partie de cette surface se trouve au Québec, dans le centre-nord de la province, sur le territoire du Nord-du-Québec et dans l'arrière-pays de la Côte-Nord ; une portion se prolonge vers l'est dans l'ouest du Labrador.
Ses limites sont essentiellement définies par des contrastes géologiques majeurs :
- à l'est, elle est bordée par la Fosse du Labrador, ceinture de roches sédimentaires et volcaniques paléoprotérozoïques déformées lors de l'orogenèse du Nouveau-Québec ;
- au sud-est, elle jouxte la province de Grenville, dont le front tectonique recoupe les roches archéennes du Supérieur ;
- à l'ouest, elle passe à d'autres sous-provinces archéennes du Supérieur, notamment les domaines de La Grande et d'Opinaca, de grade métamorphique généralement moins élevé.
La région de la feuille SNRC 23E, autour du lac Nitchequon, a fait l'objet d'une cartographie détaillée par Géologie Québec, qui documente la géologie du secteur et ses relations avec les domaines voisins. Le territoire est faiblement peuplé et son accès demeure limité, ce qui explique que la connaissance géologique repose en grande partie sur des campagnes de cartographie régionale et sur des travaux d'exploration minérale.
Lithologie
L'assemblage rocheux de la sous-province d'Ashuanipi est dominé par des roches profondément transformées par le métamorphisme et la fusion partielle. On y distingue principalement :
- des roches métasédimentaires anciennes, aujourd'hui sous forme de paragneiss, qui constituent la source de nombreuses roches migmatitiques ;
- des roches volcaniques anciennes, présentes en proportion moindre ;
- des tonalites et granodiorites, souvent transformées en orthogneiss ;
- des roches mafiques à ultramafiques, en proportion subordonnée ;
- des formations de fer locales, généralement associées aux séquences supracrustales.
Le trait le plus caractéristique du domaine est l'étendue des diatexites, migmatites dans lesquelles la fusion partielle a été suffisamment avancée pour que la roche originelle perde en grande partie sa structure. Ces diatexites, dérivées surtout de roches métasédimentaires, forment de vastes masses qui occupent une part importante de la surface de la sous-province.
Les études régionales décrivent également des granitoïdes à orthopyroxène, minéral typique des conditions de haute température, ainsi que de nombreux plutons tardifs, notamment des granites et des tonalites, qui recoupent les ensembles plus anciens.
Géochronologie et évolution
Les datations disponibles situent l'histoire de la sous-province d'Ashuanipi au Néoarchéen. Elles permettent de distinguer plusieurs étapes successives :
| Étape | Âge approximatif |
|---|---|
| Mise en place des unités anciennes (roches supracrustales, tonalites) | 2 725 à 2 680 Ma |
| Formation des diatexites principales | 2 680 à 2 660 Ma |
| Intrusions tardives (granites, tonalites) | jusqu'à environ 2 570 Ma |
Les unités les plus anciennes, composées de roches sédimentaires, volcaniques et intrusives, ont ensuite été enfouies et portées à haute température. La fusion partielle de ces roches a engendré les diatexites, dont la formation correspond au paroxysme thermique du domaine. Des magmas granitiques et tonalitiques ont continué de s'injecter dans la croûte pendant plusieurs dizaines de millions d'années après cet épisode.
L'évolution tectonométamorphique est qualifiée de polyphasée : plusieurs phases de déformation et de métamorphisme se superposent dans les roches. Au Paléoprotérozoïque, la bordure orientale du domaine a été affectée par l'orogenèse responsable de la Fosse du Labrador ; au sud-est, la bordure a été touchée par les événements liés à la province de Grenville, beaucoup plus récents.
Métamorphisme
La sous-province d'Ashuanipi est l'un des principaux domaines de haut grade métamorphique de la province du Supérieur au Québec. Une grande partie de ses roches a atteint le faciès des granulites, qui correspond à des températures élevées, à une croûte profonde et à des conditions relativement pauvres en eau.
Ce métamorphisme se manifeste par plusieurs indices :
- la présence d'orthopyroxène dans des roches d'origine sédimentaire comme dans des granitoïdes ;
- le développement de migmatites, depuis les métatexites jusqu'aux diatexites, témoins d'une fusion partielle étendue ;
- la transformation des tonalites et des roches sédimentaires en orthogneiss et en paragneiss.
Ce caractère granulitique distingue nettement Ashuanipi des sous-provinces voisines situées plus à l'ouest, où les roches volcano-sédimentaires sont généralement métamorphisées à des grades plus faibles. Le domaine offre ainsi un exemple de croûte archéenne moyenne à profonde exhumée, ce qui en fait un objet d'étude pour la compréhension des processus de fusion crustale et de différenciation de la croûte continentale au Néoarchéen.
Travaux géologiques et potentiel minéral
La géologie de la sous-province d'Ashuanipi a été documentée par les levés du ministère québécois responsable des ressources naturelles, aujourd'hui le ministère des Ressources naturelles et des Forêts, ainsi que par ceux de la Commission géologique de Terre-Neuve-et-Labrador pour la partie labradorienne.
Parmi les publications de référence figurent :
- le rapport PRO 96-05, consacré à la structure et au potentiel minéral des roches archéennes du sud-est de la province du Supérieur ;
- le rapport RG 99-14, portant sur la géologie de la région du lac Nitchequon (feuille 23E) ;
- les éditions successives de la carte géologique du Québec (notamment DV 2012-07 et l'édition 2022), qui situent Ashuanipi parmi les sous-provinces du Supérieur.
Des travaux d'exploration menés par l'industrie et déposés au ministère sous forme de rapports statutaires, comme le rapport GM 63621 relatif à un projet Ashuanipi, contribuent également à la connaissance du domaine. Ces données sont intégrées au système d'information géominière du Québec (SIGÉOM).
Les formations de fer locales et les roches supracrustales préservées au sein des gneiss et des diatexites constituent les principales cibles d'intérêt pour l'exploration minérale dans ce domaine de haut grade.
Province naturelle homonyme
La sous-province géologique d'Ashuanipi ne doit pas être confondue avec la province naturelle du même nom définie dans le cadre écologique de référence du Québec, utilisé notamment par le ministère de l'Environnement pour la planification du réseau d'aires protégées.
Cette province naturelle constitue une unité de classification écologique et territoriale qui tient compte du relief, des dépôts de surface, de l'hydrographie et du climat. Elle a pour noyau la sous-province géologique d'Ashuanipi, dont le substrat rocheux influence la physiographie régionale, mais ses limites ne coïncident pas nécessairement avec celles du domaine géologique.
Cette parenté de nom illustre le rôle structurant du socle archéen dans l'organisation des paysages du centre-nord du Québec, façonnés ultérieurement par l'érosion et par les glaciations du Quaternaire.