Déroulement
Le séisme principal s'est produit le 25 novembre 1988 à 18 h 46, heure normale de l'Est. Il a été précédé, le 23 novembre, d'un précurseur de magnitude 4,7, enregistré dans le même secteur, ce qui constitue un phénomène relativement peu fréquent dans la sismicité de l'est du Canada.
L'épicentre se trouvait au sud de Chicoutimi, dans un territoire forestier peu habité situé entre la vallée du Saguenay et le massif des Laurentides. Le secteur se trouve aujourd'hui dans la région administrative du Saguenay–Lac-Saint-Jean ; les anciennes villes de Chicoutimi, de Jonquière et de La Baie, les plus proches agglomérations, ont été regroupées en 2002 pour former la ville de Saguenay.
La secousse principale a été brève, mais elle a été ressentie par une très large population, de la Côte-Nord jusqu'au sud de l'Ontario et dans plusieurs États de la Nouvelle-Angleterre et du nord-est des États-Unis. L'activité de répliques qui a suivi a été modeste au regard de la magnitude du choc principal, ce qui distingue cet événement de nombreux séismes de magnitude comparable.
Caractéristiques sismologiques
Ressources naturelles Canada attribue au séisme une magnitude de moment (Mw) de 5,9, une profondeur focale d'environ 28 km et une intensité maximale de VIII sur l'échelle de Mercalli modifiée. Les valeurs de magnitude et de profondeur varient légèrement selon les méthodes de calcul et les publications ; il importe donc de préciser l'échelle employée lorsqu'une valeur est citée.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Date | 25 novembre 1988 |
| Heure (Est) | 18 h 46 |
| Magnitude de moment | 5,9 |
| Profondeur | environ 28 km |
| Intensité maximale (MMI) | VIII |
| Précurseur | magnitude 4,7, 23 novembre 1988 |
| Superficie ressentie | plus de 3,5 millions de km² |
L'événement se caractérise par un fort contenu en hautes fréquences dans les mouvements du sol, propriété fréquemment observée dans les séismes de l'est de l'Amérique du Nord, où la croûte ancienne et froide atténue faiblement les ondes sismiques. Cette faible atténuation explique en grande partie l'étendue exceptionnelle de la zone où la secousse a été perçue.
La profondeur du foyer, située dans la croûte moyenne à inférieure, est supérieure à celle de la plupart des séismes intraplaques de la région, généralement localisés dans les 15 à 20 premiers kilomètres de la croûte. Les travaux de D. Mitchell, R. Tinawi et T. Law ont analysé les paramètres de la source et l'atténuation des mouvements forts du sol à partir des enregistrements accélérométriques obtenus lors de l'événement.
Contexte géologique
Le séisme s'est produit dans la province de Grenville, vaste domaine de roches métamorphiques et plutoniques du Précambrien qui forme le sud-est du Bouclier canadien. Les roches de cette province ont été déformées et métamorphisées lors de l'orogenèse grenvillienne, il y a environ un milliard d'années. La région du Saguenay comprend notamment de grands massifs d'anorthosite et des gneiss de haut grade métamorphique.
Le fossé du Saguenay
La vallée du Saguenay et la dépression du lac Saint-Jean correspondent à un graben, soit un bloc crustal affaissé entre des failles normales. Ce fossé se rattache au système de failles du rift du Saint-Laurent, hérité de l'ouverture de l'océan Iapetus à la fin du Précambrien et au début du Paléozoïque. Ces anciennes zones de faiblesse de la croûte sont aujourd'hui soumises au champ de contraintes compressives qui règne à l'intérieur de la plaque nord-américaine, et elles peuvent être réactivées sous forme de séismes.
Sismicité intraplaque
Contrairement aux séismes des marges de plaques, ceux de l'est du Canada sont de nature intraplaque. Avant 1988, le secteur du Saguenay était considéré comme relativement peu actif sur le plan sismique et se situait à l'extérieur de la zone sismique de Charlevoix-Kamouraska, la plus active de l'est du Canada, localisée plus au sud-est le long de l'estuaire du Saint-Laurent. L'événement a démontré qu'un séisme de magnitude proche de 6 pouvait survenir dans une partie du Bouclier canadien jusque-là jugée stable.
Effets et dommages
Dans le secteur de Chicoutimi, Jonquière et La Baie, l'intensité a généralement atteint VII sur l'échelle de Mercalli modifiée, avec un maximum de VIII localement. Les dommages recensés par la Commission géologique du Canada comprennent :
- des fissures et des effondrements partiels de murs en maçonnerie non renforcée ;
- des chutes de cheminées et d'éléments de façade ;
- des affaissements de remblais, notamment de routes et d'accès ;
- quelques glissements de terrain dans les dépôts meubles de la région ;
- des manifestations de liquéfaction de sols sablonneux saturés.
Des dommages ont également été observés loin de l'épicentre, en particulier sur des sites reposant sur des sols meubles qui amplifient les mouvements du sol. Des bâtiments de la région de Québec et de Montréal, à plusieurs centaines de kilomètres, ont ainsi subi des dégâts, illustrant le rôle des conditions géotechniques locales, notamment des argiles de l'ancienne mer de Champlain et des dépôts marins postglaciaires.
Le bilan de Ressources naturelles Canada n'attribue aucune perte de vie à l'événement. Les rapports de la Commission géologique du Canada rassemblent les questionnaires d'intensité remplis par la population, les observations de dommages et les enregistrements des secousses fortes, qui constituent un corpus de référence sur les effets d'un séisme modéré en milieu intraplaque.
Portée scientifique
Le séisme du Saguenay occupe une place importante dans la sismologie de l'est de l'Amérique du Nord. Il s'agit de l'un des premiers séismes de cette ampleur dans la région à avoir été enregistré par un nombre appréciable d'accélérographes, ce qui a fourni des données sur les mouvements forts du sol jusque-là rares pour ce type de milieu géologique.
Les enregistrements ont permis d'étudier plusieurs aspects :
- la richesse en hautes fréquences des mouvements du sol, plus marquée que dans les séismes de l'ouest de l'Amérique du Nord ;
- l'atténuation des ondes avec la distance dans une croûte précambrienne ancienne ;
- l'amplification par les sols meubles, mise en évidence par la répartition des dommages éloignés de l'épicentre ;
- les paramètres de la source, notamment la chute de contrainte et la profondeur du foyer.
Ces travaux ont alimenté la révision des modèles d'aléa sismique utilisés au Canada et des relations d'atténuation employées pour l'est du continent, sur lesquelles s'appuient les dispositions parasismiques du Code national du bâtiment. L'événement a également contribué à reconsidérer le potentiel sismique de régions du Bouclier canadien situées hors des zones actives connues.
Mémoire et héritage
Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le séisme de 1988 demeure un événement marquant de l'histoire régionale. Il est régulièrement évoqué dans les médias à l'occasion de ses anniversaires, notamment par les archives de Radio-Canada, qui ont conservé des reportages diffusés au lendemain de la secousse.
L'événement a sensibilisé la population et les autorités québécoises au risque sismique, jusque-là surtout associé à la région de Charlevoix. Il est fréquemment cité dans les travaux portant sur la vulnérabilité du cadre bâti ancien, en particulier les bâtiments en maçonnerie non renforcée, et sur les effets de site liés aux dépôts meubles de la vallée du Saint-Laurent et du Saguenay.
Le séisme figure parmi les événements historiques documentés par Séismes Canada, le service de Ressources naturelles Canada chargé de la surveillance sismique au pays, qui en publie la description, les paramètres et la carte des intensités. Sur le plan géologique, il reste un cas d'étude de la réactivation d'anciennes structures crustales de la province de Grenville et du fossé du Saguenay sous l'effet des contraintes intraplaques actuelles.