Définition et nomenclature
La Sous-province d'Opatica est l'une des sous-provinces qui composent la province du Supérieur, le vaste noyau archéen du Bouclier canadien. Elle forme une bande d'orientation générale est-ouest qui s'étend au nord de la Sous-province de l'Abitibi.
La compréhension de cette unité a évolué au fil des travaux de cartographie. L'Opatica a d'abord été interprétée comme une sous-province métasédimentaire, à l'image d'autres bandes de gneiss et de paragneiss de la province du Supérieur. Les levés réalisés par la suite ont montré que les roches intrusives et volcaniques y dominent. Elle est aujourd'hui décrite par Géologie Québec comme un ensemble principalement volcano-plutonique, qui comprend aussi des domaines gneissiques.
La sous-province est répertoriée dans le Lexique stratigraphique de Géologie Québec, qui en fixe la définition, les limites et les principales subdivisions, et elle figure sur la Carte géologique du Québec. Il ne faut pas la confondre avec le Gneiss d'Opasatica, une unité distincte également répertoriée dans le lexique.
Situation et limites
L'Opatica s'étend sur plus de 850 km de longueur, depuis la Zone tectonique de Kapuskasing, en Ontario, jusqu'au Front de Grenville, à l'est. Sa largeur moyenne est d'environ 100 km. Sa partie québécoise se trouve dans la région administrative du Nord-du-Québec, sur le territoire d'Eeyou Istchee Baie-James.
Au Québec, la sous-province est bordée par plusieurs autres unités de la province du Supérieur :
- au sud, la Sous-province de l'Abitibi ;
- au nord, les sous-provinces de Nemiscau, d'Opinaca et de La Grande ;
- à l'est, le Front de Grenville, qui marque la limite avec la province de Grenville.
Dans le sud-est, des roches sédimentaires paléoprotérozoïques des bassins de Mistassini et d'Otish recouvrent en discordance le socle archéen de l'Opatica.
Dans la région du lac des Montagnes, le contact entre l'Opatica et la Sous-province de Nemiscau est marqué par la Zone de cisaillement du Poste Albanel. Les travaux de cartographie menés dans ce secteur ont révisé localement le tracé de la limite entre ces deux sous-provinces.
Subdivisions lithologiques
Une subdivision descriptive de l'Opatica distingue trois grands terrains lithologiques, du sud vers le nord.
| Terrain | Caractéristiques principales |
|---|---|
| Terrain méridional | Domaine à dominante gneissique |
| Terrain central | Associé à la Bande volcanique de Frotet-Evans |
| Terrain septentrional | Domaines gneissiques et bandes volcano-sédimentaires |
Bande volcanique de Frotet-Evans
La Bande volcanique de Frotet-Evans constitue l'élément le plus marquant du terrain central. Cette ceinture de roches volcaniques et sédimentaires métamorphisées s'étire sur plus de 300 km, de la rivière Nottaway, à l'ouest, jusqu'au lac Mistassini, à l'est. Elle rappelle, par sa nature, les ceintures de roches vertes de la Sous-province de l'Abitibi voisine.
Roches intrusives et gneiss
En dehors des bandes volcaniques, la sous-province est formée en grande partie de roches intrusives, ainsi que de gneiss issus de la déformation et du métamorphisme de roches plus anciennes. Ces assemblages expliquent la caractérisation actuelle de l'Opatica comme un ensemble volcano-plutonique et gneissique.
Âge et évolution géologique
Les roches de l'Opatica sont d'âge mésoarchéen à néoarchéen. Les données géochronologiques synthétisées par Géologie Québec indiquent que les roches intrusives se sont mises en place principalement entre 2,82 et 2,68 milliards d'années.
L'Opatica et l'Abitibi partagent une évolution tectonométamorphique documentée entre 2,685 et 2,632 milliards d'années. Cette période correspond à la déformation et au métamorphisme qui ont affecté les deux sous-provinces lors de l'assemblage de la province du Supérieur, à la fin de l'Archéen.
Au Paléoprotérozoïque, le sud-est de la sous-province a été recouvert par les dépôts sédimentaires des bassins de Mistassini et d'Otish, qui reposent sur le socle archéen érodé. Plus tard, l'orogenèse grenvillienne a façonné la bordure orientale de l'Opatica, tronquée par le Front de Grenville.
Le socle de la sous-province est en grande partie masqué par des dépôts meubles quaternaires mis en place lors des glaciations, ce qui conditionne les méthodes d'exploration employées dans la région, dont la glacioprospection étudiée notamment dans la région de Chibougamau.
Interprétations tectoniques
La classification tectonique de l'Opatica demeure un sujet de discussion scientifique. Sa position, directement au nord de la Sous-province de l'Abitibi, et l'histoire tectonométamorphique commune aux deux unités ont conduit à plusieurs interprétations.
Dans une approche classique, l'Opatica est considérée comme une sous-province distincte, juxtaposée à l'Abitibi lors de l'assemblage de la province du Supérieur. Une autre interprétation, publiée par Géologie Québec, propose que l'Opatica et l'Abitibi puissent constituer une seule entité lithotectonique. Selon ce modèle, l'Opatica correspondrait à la partie basale de la croûte de l'Abitibi, exposée au nord à un niveau structural plus profond, ce qui expliquerait la prédominance de roches plutoniques et gneissiques par rapport aux ceintures volcaniques plus abondantes de l'Abitibi.
La sous-province a également été étudiée dans le cadre des recherches géophysiques sur la structure profonde de la croûte du Bouclier canadien, qui ont contribué à éclairer les relations entre les sous-provinces archéennes du sud de la province du Supérieur.
La précision des limites avec les sous-provinces voisines, comme la révision du contact avec la Sous-province de Nemiscau dans la région du lac des Montagnes, illustre le caractère évolutif de la subdivision tectonique du Supérieur, régulièrement ajustée à la lumière de nouveaux levés.
Potentiel minéral et exploration
Longtemps moins explorée que l'Abitibi voisine, réputée pour ses gisements d'or et de métaux usuels, l'Opatica a fait l'objet d'un intérêt croissant pour l'exploration minérale. Le Consortium de recherche en exploration minérale (CONSOREM) lui a consacré en 2016 une étude la présentant comme un nouveau territoire pour l'exploration.
La Bande volcanique de Frotet-Evans, par analogie avec les ceintures de roches vertes de l'Abitibi, constitue une cible privilégiée pour la recherche de minéralisations aurifères et de métaux usuels.
Les levés de Géologie Québec, organisme du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, alimentent la connaissance du territoire. Parmi ces travaux figurent :
- la cartographie de la région du lac des Montagnes (bulletin géologique BG 2019-03) ;
- la cartographie de la région du lac au Goéland (rapport géologique RG 2005-05) ;
- l'étude des dépôts de surface et de la glacioprospection dans la région de Chibougamau (rapport géologique RG 2017-02).
Ces données sont intégrées au Système d'information géominière du Québec (SIGÉOM) et à la Carte géologique du Québec.