Définition et situation
La sous-province de Minto est l'une des subdivisions de la Province du Supérieur, le plus vaste noyau archéen du Bouclier canadien. Au Québec, elle en constitue le secteur nord, presque entièrement plutonique. Son territoire, qui dépasse 336 000 km², s'étend dans la région administrative du Nord-du-Québec, au Nunavik, entre la côte est de la baie d'Hudson et les abords de la baie d'Ungava.
Elle tire son nom du lac Minto, grand plan d'eau situé à l'est de la baie d'Hudson, au cœur de la péninsule d'Ungava.
Ses limites correspondent pour l'essentiel à celles du socle archéen non remanié du nord-est de la Province du Supérieur. Au nord, elle est bordée par des roches volcano-sédimentaires protérozoïques de la fosse de l'Ungava (ceinture de Cape Smith) ; à l'est, par les roches protérozoïques de l'orogène du Nouveau-Québec (fosse du Labrador) ; au sud, elle confine aux sous-provinces archéennes de la région de la Baie-James, notamment celle de La Grande.
Dans le cadre écologique de référence du Québec, le ministère de l'Environnement décrit la province naturelle qui correspond en grande partie à la sous-province de Minto comme formée de roches archéennes, principalement des tonalites et des gneiss, traversée dans sa partie nord par une bande de roches volcano-sédimentaires protérozoïques.
Historique des connaissances
La sous-province de Minto a d'abord été décrite comme un terrain essentiellement gneissique, à l'image d'autres secteurs de haut grade métamorphique du Bouclier canadien. Les levés de reconnaissance de la Commission géologique du Canada, au début des années 1990, ont porté sur ce qu'on désignait alors comme le bloc archéen de Minto et en ont proposé une première subdivision en domaines fondée sur la géologie et la géophysique régionales.
La cartographie systématique entreprise par la suite par le ministère québécois responsable des mines, notamment dans le cadre du Programme Grand Nord, a profondément modifié cette image. Les travaux ont établi que Minto est avant tout un domaine plutonique, plutôt qu'un terrain de gneiss. Ils ont aussi permis de préciser la nomenclature et les limites des domaines lithotectoniques, et de repérer des ceintures volcano-sédimentaires jusque-là peu connues.
Les résultats de ces campagnes sont publiés dans les rapports géologiques de Géologie Québec, dont ceux portant sur la région de la rivière Sérigny et sur celle du réservoir Laforge 1, et intégrés au système d'information géominière (SIGÉOM). La sous-province est représentée dans la Carte géologique du Québec, dont l'édition 2022 est diffusée par Géologie Québec. Le Lexique stratigraphique du Québec en tient une fiche descriptive, ainsi que pour chacun de ses domaines.
Lithologie
La sous-province de Minto est composée surtout de roches plutoniques archéennes dont la composition varie du felsique à l'ultramafique. Le degré de foliation et la préservation des structures primaires varient d'un secteur à l'autre : certaines intrusions sont massives et peu déformées, tandis que d'autres sont fortement foliées ou gneissiques.
Les principaux types de roches comprennent :
- des tonalites et des roches de la suite tonalite-trondhjémite-granodiorite, qui forment une part importante du socle ;
- des granodiorites et des granites, souvent plus tardifs ;
- d'importantes unités charnockitiques, c'est-à-dire des roches plutoniques à orthopyroxène (enderbites, opdalites, charnockites), caractéristiques de conditions de haute température ;
- des intrusions mafiques à ultramafiques, de dimensions plus modestes ;
- des gneiss et des paragneiss, qui représentent d'anciennes roches plutoniques ou sédimentaires déformées et métamorphisées.
Des ceintures de roches volcano-sédimentaires archéennes, de dimension restreinte par rapport aux grands ensembles plutoniques, sont enclavées dans ce socle. Elles comprennent des roches volcaniques mafiques à felsiques, des roches sédimentaires et des formations de fer, généralement métamorphisées.
Le métamorphisme atteint localement le faciès des granulites, ce qui explique l'abondance des assemblages à pyroxène dans certains domaines.
Domaines lithotectoniques
La sous-province est divisée en sept domaines lithotectoniques, généralement allongés selon une direction nord-nord-ouest–sud-sud-est. Chacun se distingue par ses assemblages de roches, sa signature géophysique et son histoire structurale.
| Domaine | Remarque |
|---|---|
| Tikkerutuk | Domaine occidental, en bordure de la baie d'Hudson |
| Bienville | Domaine méridional, considéré comme faisant partie de Minto |
| Lac Minto | Domaine central, qui donne son nom à la sous-province |
| Goudalie | Domaine renfermant des ceintures volcano-sédimentaires |
| Qalluviartuuq | Domaine associé à une ceinture volcano-sédimentaire |
| Utsalik | Domaine à dominante plutonique |
| Douglas Harbour | Domaine oriental, vers la baie d'Ungava |
Le domaine de Bienville a parfois été traité comme une entité distincte dans la littérature ; il est aujourd'hui considéré comme un domaine à l'intérieur de la sous-province de Minto.
Le domaine du lac Minto fait l'objet d'une fiche propre dans le Lexique stratigraphique du Québec. Comme les autres domaines, il réunit plusieurs unités lithodémiques nommées, décrites à partir de la cartographie régionale.
L'orientation générale des domaines, de même que les contacts qui les séparent, reflètent l'assemblage tectonique de ce secteur de la Province du Supérieur à l'Archéen.
Évolution géologique
L'histoire du nord-est de la Province du Supérieur comprend des épisodes successifs de volcanisme, de sédimentation, de plutonisme, de déformation et de métamorphisme. Les âges rapportés pour ce secteur s'étendent de 3,82 à 2,62 milliards d'années, soit l'essentiel de l'Éoarchéen au Néoarchéen.
Croûte ancienne
Les âges les plus anciens témoignent de la présence de croûte éoarchéenne et paléoarchéenne, préservée sous forme de reliques dans des gneiss ou de ceintures volcano-sédimentaires anciennes. Le nord-est de la Province du Supérieur compte ainsi parmi les régions où se trouvent certaines des plus vieilles roches connues au Canada, dont la ceinture de Nuvvuagittuq, près d'Inukjuak.
Plutonisme et métamorphisme néoarchéens
La majeure partie des roches aujourd'hui exposées s'est mise en place au Mésoarchéen et au Néoarchéen. Ce plutonisme abondant, accompagné de déformation et d'un métamorphisme de haut grade localement granulitique, a produit les grands ensembles tonalitiques, granitiques et charnockitiques qui caractérisent Minto. Les âges les plus jeunes, vers 2,62 milliards d'années, marquent la fin de cette activité archéenne.
Après l'Archéen
Au Paléoprotérozoïque, la sous-province a constitué l'avant-pays des orogènes qui l'encadrent au nord et à l'est, où se sont accumulées les roches volcano-sédimentaires des fosses de l'Ungava et du Labrador. Le socle a ensuite été recoupé par des dykes mafiques. Beaucoup plus tard, les glaciations du Quaternaire ont façonné la surface du socle et laissé une couverture discontinue de dépôts glaciaires et marins.
Relief et intérêt économique
La sous-province de Minto correspond à une grande partie de la péninsule d'Ungava. Le socle cristallin y forme un plateau au relief modéré, parsemé de nombreux lacs, dont le lac Minto, et entaillé par des rivières qui s'écoulent vers la baie d'Hudson ou vers la baie d'Ungava. L'érosion glaciaire a largement dénudé la roche, ce qui favorise les affleurements, mais l'éloignement et l'absence de routes rendent l'accès au territoire difficile.
Sur le plan minéral, la sous-province a longtemps été considérée comme peu prospective en raison de la prédominance des roches plutoniques. La cartographie du Programme Grand Nord et les travaux connexes ont toutefois mis en évidence des ceintures volcano-sédimentaires et des intrusions mafiques à ultramafiques susceptibles de renfermer des minéralisations, ce qui a orienté l'exploration vers de nouveaux secteurs du Nunavik. Les publications de Géologie Québec, notamment le document Vers de nouvelles découvertes, ont présenté ce potentiel.
Le territoire se trouve sur les terres du Nunavik, où l'activité minière s'inscrit dans le cadre de la Loi sur les mines du Québec et du régime territorial issu de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.