Dénomination et classification
Le cayuga est désigné par ses locuteurs sous le nom de Gayogo̱hó:nǫʼ, qui sert aussi à nommer la nation cayuga. Le nom français et le nom anglais, « Cayuga », dérivent de cette forme autochtone. La norme ISO 639-3 lui attribue le code cay.
Le cayuga appartient à la famille iroquoienne, plus précisément à la branche iroquoienne du Nord. Il fait partie des langues des peuples haudenosaunee, avec le mohawk, l'oneida, l'onondaga, le seneca et le tuscarora. Statistique Canada mentionne ces six langues dans son rapport sur les langues iroquoiennes fondé sur le Recensement de 2021.
Au sein de la famille, le cayuga est étroitement apparenté au seneca et à l'onondaga, et plus largement au mohawk et à l'oneida. Ces langues partagent une morphologie verbale complexe et un fonds lexical commun, tout en demeurant des langues distinctes. Le cayuga n'a pas de dialectes distincts répertoriés dans les fiches de référence consultées.
Aire et communautés
L'usage actuel du cayuga est concentré dans le territoire de Six Nations of the Grand River, dans le sud de l'Ontario, près de Brantford. Ce territoire regroupe des communautés des six nations haudenosaunee, dont la nation cayuga. Plusieurs langues iroquoiennes y sont parlées, notamment le cayuga et le mohawk.
Le territoire d'origine de la nation cayuga se situe dans l'actuel État de New York, dans la région des lacs Finger, autour du lac Cayuga. Des membres de la nation cayuga vivent toujours aux États-Unis. Les fiches de référence retiennent toutefois l'Ontario comme principale aire de la langue au Canada.
Statistique Canada indique que la plupart des personnes déclarant pouvoir parler une langue iroquoienne au Canada vivent au Québec ou en Ontario. Pour le cayuga, la présence se situe en Ontario. Les locuteurs de langues iroquoiennes établis au Québec parlent surtout le mohawk, dans les communautés de Kahnawake, de Kanesatake et d'Akwesasne.
Histoire
La nation cayuga figure parmi les cinq nations fondatrices de la Confédération haudenosaunee, avec les Mohawks, les Oneidas, les Onondagas et les Senecas. Les Tuscaroras s'y sont joints au XVIIIe siècle. Dans la structure de la Confédération, le cayuga est l'une des langues employées dans les institutions politiques et cérémonielles traditionnelles.
À la suite de la Révolution américaine, une partie des Haudenosaunee alliés à la Couronne britannique s'est établie dans la vallée de la rivière Grand, dans l'actuel Ontario, en vertu de la proclamation Haldimand de 1784. Des familles cayugas ont participé à cette installation. Le territoire de Six Nations est ainsi devenu le principal foyer de la langue au Canada.
Comme les autres langues autochtones du Canada, le cayuga a subi les effets des politiques d'assimilation, notamment le système des pensionnats, qui a interrompu la transmission familiale chez de nombreuses générations. Le recul du nombre de locuteurs de naissance s'explique en grande partie par ces politiques. La période récente se caractérise par des initiatives communautaires de documentation et d'enseignement visant à rétablir la transmission.
Description et écriture
Le cayuga est une langue polysynthétique : le verbe y occupe une place centrale et peut intégrer, en un seul mot, des éléments qui correspondent en français à une phrase entière (sujet, objet, aspect, nom incorporé). Comme dans les autres langues iroquoiennes, l'incorporation nominale et la distinction entre plusieurs catégories de personnes et de genres grammaticaux structurent la grammaire.
Le cayuga s'écrit en alphabet latin. L'orthographe en usage emploie plusieurs signes diacritiques visibles dans l'endonyme Gayogo̱hó:nǫʼ :
- le deux-points marque l'allongement de la voyelle qui le précède ;
- l'accent aigu signale une voyelle accentuée ou à ton haut ;
- le soulignement indique une voyelle dévoisée (chuchotée) ;
- l'ogonek (ǫ, ę) note les voyelles nasales ;
- l'apostrophe ou un signe apparenté représente le coup de glotte.
Cette écriture est employée dans l'enseignement, les ressources pédagogiques et les dictionnaires produits pour et par la communauté. Elle sert à la transmission scolaire de la langue, en complément de l'apprentissage oral auprès des locuteurs.
Vitalité, locuteurs et transmission
Le cayuga est classé comme une langue à vitalité critique. Les fiches de référence de la plateforme estiment à environ 50 le nombre de locuteurs, principalement à Six Nations of the Grand River, et précisent qu'il compte moins de cent locuteurs de naissance. La plupart des locuteurs de naissance appartiennent aux générations aînées.
Données du Recensement de 2021
Le Recensement de 2021 de Statistique Canada regroupe les langues iroquoiennes dans une même analyse. Les chiffres suivants portent sur l'ensemble de la famille au Canada et non sur le seul cayuga :
| Indicateur (Canada, 2021) | Langues iroquoiennes |
|---|---|
| Personnes pouvant converser dans une langue iroquoienne | 2 055 |
| Personnes déclarant une langue iroquoienne comme langue maternelle | 695 |
Transmission et revitalisation
La transmission intergénérationnelle dans la famille est fragile. La pérennité de la langue repose donc en grande partie sur l'immersion scolaire, en cours à Six Nations, qui forme de nouveaux locuteurs dès l'enfance. Des programmes destinés aux adultes, des enregistrements et des ressources lexicales complètent cet effort. Les fiches de la plateforme recensent un lexique de travail de 156 entrées. Le cayuga demeure aussi en usage dans des contextes cérémoniels et communautaires haudenosaunee.
Rapport au Québec
Le cayuga n'est pas parlé de façon établie au Québec. Usito ne le répertorie pas parmi les langues autochtones actuelles du Québec. Il y recense le mohawk comme langue iroquoienne vivante et le huron-wendat comme langue éteinte, langue dont la nation wendat demeure présente à Wendake.
Le lien du cayuga avec le Québec tient surtout à sa parenté linguistique et à son appartenance à la Confédération haudenosaunee. Le mohawk (Kanien'kéha), langue sœur, est parlé dans les communautés mohawks de Kahnawake, de Kanesatake et d'Akwesasne. Les langues iroquoiennes sont parlées depuis des générations dans le sud du Québec, en Ontario et dans le nord-est des États-Unis.
Les données du Recensement de 2021 concernant les langues iroquoiennes portent sur le Canada et regroupent plusieurs langues. Elles ne permettent pas d'attribuer un nombre de locuteurs du cayuga au Québec. Les échanges entre communautés haudenosaunee de l'Ontario, du Québec et de l'État de New York, notamment dans les domaines culturel, politique et éducatif, créent toutefois des liens entre les milieux qui travaillent à la revitalisation des langues iroquoiennes.