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Langues autochtones

Cri des marais

Le cri des marais (endonyme ininîmowin, aussi attesté sous la forme Nehinawewin; code ISO 639-3 : csw) est une variété de la langue crie, de la famille algonquienne, parlée le long des côtes de la baie d'Hudson et de la baie James, principalement dans le nord du Manitoba et le nord de l'Ontario. Il constitue le « dialecte en n » de l'ensemble cri, c'est-à-dire la variété où la consonne n correspond au y du cri des plaines ou au r de l'atikamekw. Il s'écrit en syllabique et en alphabet latin. Sa vitalité est jugée en danger, avec environ 1 800 locuteurs, et il se distingue du cri de l'Est parlé au Québec, dans Eeyou Istchee.

Dénominations et classification

Le cri des marais est désigné en français par ce nom, en anglais par Swampy Cree, et par l'endonyme ininîmowin. Les sources de référence canadiennes emploient aussi la forme Nehinawewin, retenue notamment dans les publications démolinguistiques.

La langue crie forme un continuum dialectal qui s'étend de l'Alberta jusqu'au Labrador. Les linguistes classent ses variétés d'après la consonne qui, dans chaque parler, correspond à un même son proto-algonquien :

  • dialecte en y : cri des plaines (nêhiyawêwin);
  • dialecte en n : cri des marais (ininîmowin);
  • dialecte en th : cri des bois;
  • dialecte en l : cri de Moose;
  • dialecte en r : atikamekw (nehiromowin);
  • variétés de l'Est : cri de l'Est ou cri de la baie James (iiyiyuu ayimuun), naskapi.

Le cri des marais se subdivise lui-même en un parler oriental et un parler occidental. Il appartient, comme l'innu-aimun, l'ojibwé, l'oji-cri, l'algonquin et le mi'kmaq, à la famille algonquienne, la plus largement répandue des familles linguistiques autochtones du Canada.

La distinction entre le dialecte cri des marais et la nation crie au sens large est essentielle : les sources officielles québécoises emploient le terme général « cri » pour désigner la nation et sa langue, tandis que les travaux linguistiques précisent les subdivisions dialectales.

Aire linguistique

Le cri des marais est parlé le long des côtes de la baie d'Hudson et de la baie James, dans le nord du Manitoba et le nord de l'Ontario. Cette aire correspond aux basses terres marécageuses qui bordent les deux baies, d'où le nom français de la variété.

Le cri des marais comprend des parlers oriental et occidental et il est parlé au Manitoba et en Ontario. Le dialecte n'est pas documenté comme parler d'implantation au Québec : les variétés cries en usage sur le territoire québécois sont le cri de l'Est, dans les neuf communautés d'Eeyou Istchee (baie James et baie d'Hudson), et, apparentées, le naskapi à Kawawachikamach et l'atikamekw en Haute-Mauricie.

La proximité géographique de la baie James place néanmoins le cri des marais en contact direct avec l'aire du cri de l'Est. Cette continuité explique l'intercompréhension partielle entre parlers voisins et le fait que les ressources pédagogiques et documentaires consacrées à la langue crie au Canada traitent le cri des marais comme une composante de l'ensemble cri, pertinent pour comprendre la situation linguistique de la baie James dans son ensemble.

Vitalité, locuteurs et transmission

Le cri des marais compte environ 1 800 locuteurs, ce qui en fait l'une des variétés cries les moins nombreuses en effectif déclaré. Son statut de vitalité est qualifié d'en danger, par contraste avec le cri des plaines (quelque 34 000 locuteurs) et le cri de l'Est (quelque 13 000 locuteurs), tous deux considérés vigoureux.

Statistique Canada publie, pour le recensement de 2021, des données propres à Nehinawewin (cri des marais) au sein de la famille des langues algonquiennes. Les effectifs varient d'une source à l'autre selon que l'on dénombre les locuteurs d'un dialecte précis, l'ensemble des langues cries — souvent regroupées sous un même libellé, pour un total d'environ 86 000 locuteurs — ou la population de la nation crie.

Le classement « en danger » signale une fragilité de la transmission, mais les données présentées ici ne permettent pas d’en mesurer précisément l’évolution selon les communautés ou les générations. À l’échelle de l’ensemble cri, les politiques scolaires du XXᵉ siècle, notamment le régime des pensionnats, ont affaibli la transmission des langues autochtones.

Les travaux de documentation lexicographique consacrés aux langues algonquiennes — dictionnaires, polices de caractères syllabiques, matériel d'enseignement — servent aujourd'hui de support à l'apprentissage et à la standardisation orthographique.

Écritures

Le cri des marais s'écrit selon deux systèmes en usage actuel.

Le syllabique cri. Ce système, dont l'élaboration remonte au XIXᵉ siècle dans l'aire crie et ojibwée, note chaque syllabe par un signe dont l'orientation indique la voyelle. Il est largement employé dans les communautés de la baie d'Hudson et de la baie James, pour l'affichage, la publication religieuse, le matériel scolaire et l'édition communautaire. Des polices de caractères conçues pour les langues algonquiennes en rendent l'usage informatique courant.

L'alphabet latin. Le cri des marais s’écrit également en alphabet latin, comme l’illustre la forme ininîmowin. Les conventions orthographiques peuvent notamment servir aux travaux linguistiques, aux dictionnaires et à l’enseignement.

Les deux systèmes d’écriture sont en usage. La désignation « dialecte en n » repose sur une correspondance consonantique caractéristique entre des mots apparentés des différentes variétés cries.

Rapport au Québec

Le cri des marais n'est pas un parler d'implantation au Québec, mais il s'inscrit dans le même ensemble linguistique que les langues cries du territoire québécois et participe du même continuum autour de la baie James.

Au Québec, la langue crie est portée par les Cris d'Eeyou Istchee, répartis en neuf communautés des régions de la baie James et de la baie d'Hudson. Le gouvernement du Québec indique que l'ensemble de cette population parle la langue crie, désignée dans ce contexte par iiyiyuu ayimuun. Le Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) consacre une part de son action à la langue, à son enseignement et à sa présence dans les institutions.

La comparaison avec le cri des marais éclaire deux réalités québécoises. D'une part, elle montre que la frontière administrative entre le Québec, l'Ontario et le Manitoba ne coïncide pas avec les frontières dialectales de l'aire crie. D'autre part, elle met en relief le contraste de vitalité : là où le cri de l'Est, le naskapi et l'atikamekw figurent parmi les langues autochtones à plus forte transmission au Canada, le cri des marais est classé en danger.

La toponymie québécoise comprend par ailleurs des noms d’origine crie.

Contexte historique

L'aire du cri des marais, aux abords des baies d'Hudson et James, a été l'une des premières régions de contact durable entre les nations algonquiennes et les compagnies de traite des fourrures établies sur le littoral. La langue crie y a servi de langue d'échange sur de vastes distances, ce qui a contribué à son étendue géographique inhabituelle.

Au XIXᵉ siècle, la mise au point et la diffusion de l'écriture syllabique ont donné à la langue crie une tradition écrite propre, rapidement appropriée par les communautés elles-mêmes. Cette écriture est demeurée un marqueur d'identité linguistique jusqu'à aujourd'hui.

Les politiques scolaires fédérales du XXᵉ siècle, notamment le régime des pensionnats, ont interdit ou découragé l'usage des langues autochtones et affaibli leur transmission. Les décennies récentes sont, au contraire, marquées par des travaux de codification, de lexicographie et d'enseignement menés dans l'ensemble de l'aire crie, ainsi que par la reconnaissance législative des langues autochtones au Canada.

Dans l’histoire de la langue crie au sens large, des locuteurs cris ont également servi comme transmetteurs de messages codés dans les forces canadiennes durant la Seconde Guerre mondiale.

Sources

  1. Catalogue des langues autochtones (fiche csw)
  2. Gouvernement du Québec – Cris (Eeyou)
  3. Statistique Canada – Familles de langues autochtones : langues algonquiennes
  4. Gouvernement du Canada – La langue crie démystifiée
  5. Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) – Langue
  6. Vitrine linguistique (Office québécois de la langue française) – Cri, crie
  7. Projet de dictionnaires algonquiens – Téléchargements
  8. Projet de dictionnaires algonquiens – Polices
  9. L'Encyclopédie canadienne – Écriture syllabique crie
  10. L'Encyclopédie canadienne – Langues autochtones au Canada
  11. L'Encyclopédie canadienne – Cris
  12. Histoire Canada – Transmetteurs en code cri
  13. Commission de toponymie du Québec – Recherche de toponymes
  14. Spoken Cree – À propos

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Université du Québec à Montréal – Géographie et dialectes
  2. Cri (langue) - Wikipédia
  3. Cris - Wikipédia
  4. Traductions des questions du questionnaire détaillé (2A-R) ...
  5. Découvrir les langues : le cri – diversité et force dans la langue et la ...
  6. Ressources en nēhiyawēwin | Éducation, Culture et Formation
  7. Le territoire des Cris au Québec | Secondaire - Alloprof

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 · Comité — OpenAI — GPT 5.6 Sol · Comité — Anthropic — Claude Opus 5 · Arbitrage — GPT 5.6 Sol

Mots-clés : cri des marais, ininîmowin, nehinawewin, langues algonquiennes, dialecte en n, syllabique cri, baie james, eeyou istchee, vitalité linguistique

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Synthèse de l'arbitre : Les deux membres reconnaissent un article solide, neutre et bien structuré, qui reprend correctement l’endonyme, le code ISO, l’aire principale, l’effectif approximatif et la vitalité fournis par le dossier. Ils convergent aussi sur la nécessité de distinguer le cri des marais du cri de l’Est parlé au Québec. Le désaccord porte surtout sur la gravité de quelques extrapolations relatives à la transmission, à la répartition des parlers et aux écritures. Comme il s’agit du dernier tour et que ces passages peuvent être corrigés directement sans remettre en cause l’article, le verdict est de publier avec les retouches ci-dessous. Confiance : 94 % (12 septembre 2026)

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