Dénomination et classification
Le cri de l'Est est désigné en français par plusieurs appellations concurrentes mais équivalentes dans l'usage : cri de l'Est, cri de la baie James et eeyou. Son endonyme est iiyiyuu ayimuun, écrit en syllabique ᐄᔨᔫ ᐊᔨᒨᓐ.
La langue appartient à la famille algonquienne, l'un des plus vastes ensembles linguistiques autochtones du continent, que Statistique Canada traite comme une famille distincte dans ses classifications. Elle se situe à l'intérieur du continuum cri-innu-naskapi, aux côtés du cri des plaines (nêhiyawêwin), du cri des marais (ininîmowin), de l'atikamekw, de l'innu-aimun et du naskapi. Ces variétés partagent une morphologie et un lexique largement communs, mais l'intercompréhension décroît avec la distance géographique ; les usages documentaires et institutionnels québécois les traitent comme des langues distinctes.
Les usages documentaires québécois distinguent soigneusement le cri de l'Est des autres variétés cries, notamment celles de l'Ouest canadien, ainsi que des langues voisines apparentées, l'innu-aimun et le naskapi. Cette distinction importe d'autant plus que les recensements canadiens regroupent fréquemment l'ensemble des langues cries sous une même étiquette, ce qui rend difficile l'isolement des chiffres propres au cri de l'Est.
Aire linguistique et communautés
Le cri de l'Est est parlé sur le territoire d'Eeyou Istchee, dans la région administrative du Nord-du-Québec, qui s'étend des rives orientales de la baie James et de la baie d'Hudson vers l'intérieur des terres, jusqu'aux abords de l'Abitibi et du lac Mistassini.
Les communautés associées à la langue comprennent :
- Whapmagoostui, sur la baie d'Hudson ;
- Chisasibi, Wemindji, Eastmain et Waskaganish, sur la côte de la baie James ;
- Nemaska, Mistissini, Oujé-Bougoumou et Waswanipi, à l'intérieur des terres ;
- Washaw Sibi, dans le secteur abitibien.
Le gouvernement du Québec évalue la population de la nation crie (Eeyou) à environ 21 065 personnes et indique que la totalité de cette population parle la langue crie, l'anglais constituant la principale langue seconde et le français étant également en usage chez une partie des jeunes et des adultes. La langue accompagne l'occupation du territoire : la toponymie crie, les activités de chasse, de pêche et de trappe ainsi que les savoirs associés se transmettent dans la langue, y compris dans les camps hors des villages.
Dialectes
Les descriptions linguistiques distinguent deux grands ensembles dialectaux à l'intérieur du cri de l'Est :
| Ensemble | Autre désignation | Ancrage géographique |
|---|---|---|
| Dialecte côtier | dialecte du Nord | communautés riveraines de la baie James et de la baie d'Hudson |
| Dialecte intérieur | dialecte du Sud | communautés de l'arrière-pays, autour des grands lacs et des rivières |
Les écarts entre ces deux variétés touchent la phonologie, le lexique et, dans une moindre mesure, la morphologie. L'intercompréhension demeure élevée, mais les deux ensembles font l'objet de traitements distincts dans les matériels pédagogiques et les ouvrages de référence, qui présentent souvent les formes des deux dialectes en parallèle.
La langue est de type polysynthétique : le verbe porte l'essentiel de l'information grammaticale et peut incorporer des marques de personne, de nombre, d'obviation, d'aspect et de mode, ce qui produit des mots longs correspondant à des phrases entières en français. Comme dans l'ensemble des langues algonquiennes, le genre grammatical oppose l'animé à l'inanimé plutôt que le masculin au féminin, et le système des personnes distingue un « nous » inclusif d'un « nous » exclusif.
Écriture
Le cri de l'Est s'écrit principalement en syllabaire, système dans lequel les signes principaux représentent généralement une consonne accompagnée d'une voyelle, l'orientation du signe distinguant la voyelle. Ce syllabaire, apparenté à celui utilisé par d'autres langues cries et par l'inuktitut, est d'usage courant dans la signalisation, les documents administratifs régionaux, les publications scolaires et les productions culturelles. L'endonyme de la langue, ᐄᔨᔫ ᐊᔨᒨᓐ, en fournit un exemple.
Une orthographe en alphabet latin est également employée, notamment dans les travaux linguistiques, les dictionnaires bilingues, les outils informatiques et les documents destinés à un lectorat non cri. Les deux systèmes coexistent et sont mis en correspondance dans les ressources pédagogiques, ce qui permet le passage de l'un à l'autre.
La standardisation orthographique du cri de l'Est s'est consolidée à partir des dernières décennies du XXe siècle, avec l'élaboration de conventions écrites tenant compte des deux dialectes. L'écriture est aujourd'hui une pratique vivante : elle sert à la correspondance, à l'édition scolaire, à la traduction administrative et à la présence de la langue en ligne.
Vitalité, locuteurs et transmission
Le cri de l'Est est classé parmi les langues autochtones vigoureuses du Québec. Le nombre de locuteurs est estimé à environ 13 000, chiffre associé aux communautés cries de la baie James. Par ailleurs, le gouvernement du Québec évalue la population de la nation crie (Eeyou) à quelque 21 065 personnes et indique que la totalité de cette population parle la langue crie. Ces deux données ne mesurent pas nécessairement la même réalité et se lisent séparément.
La transmission intergénérationnelle demeure forte : le cri de l'Est est la première langue apprise par une large part des enfants, et il s'entend dans la vie domestique, les assemblées communautaires, les activités sur le territoire et les médias régionaux. Le Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) souligne l'usage vivant de la langue dans les foyers comme à l'école.
La langue reste néanmoins exposée à la pression de l'anglais, langue seconde dominante sur le territoire, et à celle du français. Les facteurs de soutien à la vitalité comprennent l'enseignement en langue crie aux premières années du primaire, la production continue de matériel pédagogique, la normalisation orthographique, la présence de la langue dans la signalisation et l'administration régionale, ainsi que la documentation lexicographique. La plateforme associe un lexique de 12 819 entrées au cri de l'Est.
Enseignement et documentation
L'enseignement de la langue et en langue constitue le principal appui institutionnel du cri de l'Est. La scolarisation dans les communautés d'Eeyou Istchee prévoit un enseignement en cri aux premières années du primaire, avant une transition vers l'anglais ou le français, et la langue demeure ensuite matière d'enseignement. Cette organisation découle du cadre institutionnel mis en place après la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, signée en 1975, qui a doté le territoire d'institutions scolaires, sanitaires et administratives régionales.
La documentation du cri de l'Est repose sur plusieurs types de travaux :
- dictionnaires et bases lexicales bilingues, distinguant les formes du dialecte côtier et du dialecte intérieur ;
- grammaires et études comparées, dont des analyses des structures du cri de l'Est mises en regard d'autres langues ;
- matériel scolaire et livres de lecture en syllabique ;
- corpus de récits, de toponymes et de terminologie du territoire ;
- ressources numériques, claviers et outils de saisie du syllabaire.
Des travaux universitaires, notamment ceux diffusés dans les revues spécialisées québécoises et par les réseaux de recherche partenariale avec les communautés, portent sur la langue, l'éducation et les politiques linguistiques en Eeyou Istchee.
Rapport au Québec
Le cri de l'Est est l'une des langues autochtones dont l'aire principale se situe au Québec, comme le naskapi et l'atikamekw. Il partage le territoire nordique québécois avec l'inuktitut, parlé au Nunavik, et voisine l'innu-aimun de la Côte-Nord ainsi que l'algonquin de l'Abitibi et de l'Outaouais.
Sur le plan institutionnel, la langue est présente dans les instances régionales issues de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, dans les organismes de gouvernance d'Eeyou Istchee et dans les services publics offerts aux communautés. De nombreux noms de lieux du Nord-du-Québec sont d'origine crie, la langue servant de support aux savoirs géographiques du territoire.
Dans le portrait des langues autochtones du Québec, le cri de l'Est se caractérise par une vitalité qualifiée de vigoureuse et par une transmission intergénérationnelle forte. Les usages documentaires le distinguent des autres variétés cries, dont il se différencie par la dialectologie, les conventions orthographiques et les institutions qui le soutiennent.