Biographie
Félicité Angers naît en 1845 à La Malbaie, dans la région de Charlevoix, au sein d'une famille de commerçants. Elle fait ses études chez les Ursulines de Québec, puis revient vivre dans son village natal, où elle passe la plus grande partie de son existence.
Elle adopte le pseudonyme de Laure Conan dès ses premières publications, à la fin des années 1870. Discrète sur sa vie personnelle, elle mène une existence retirée et marquée par une profonde piété catholique, qui imprègne l'ensemble de son œuvre. Les biographes ont souvent rapproché la tonalité douloureuse de ses écrits d'une déception amoureuse vécue dans sa jeunesse, rapprochement qui a nourri une abondante tradition critique sur la part autobiographique de ses romans.
Au cours des années 1890, elle séjourne à Saint-Hyacinthe, où elle collabore à une publication religieuse. Elle retourne ensuite à La Malbaie et poursuit son activité littéraire et journalistique jusqu'à la fin de sa vie. Elle meurt à Québec en 1924; son dernier roman, La Sève immortelle, paraît à titre posthume l'année suivante.
Œuvre romanesque
La carrière littéraire de Laure Conan s'ouvre avec la nouvelle « Un amour vrai », publiée dans la Revue de Montréal en 1878-1879. Elle se fait connaître surtout par le roman, genre encore peu pratiqué par les femmes au Canada français à cette époque.
Principaux ouvrages
| Année | Titre | Remarque |
|---|---|---|
| 1878-1879 | « Un amour vrai » | Nouvelle, Revue de Montréal |
| 1881-1882 | Angéline de Montbrun | Feuilleton, Revue canadienne |
| 1884 | Angéline de Montbrun | Publication en volume |
| 1891 | À l'œuvre et à l'épreuve | Roman historique |
| 1900 | L'Oublié | Roman historique, prix Montyon (1903) |
| 1921 | La vaine foi | Roman |
| 1925 | La Sève immortelle | Roman posthume |
Après Angéline de Montbrun, l'écrivaine se tourne en grande partie vers le roman historique, puisant dans l'histoire de la Nouvelle-France. À l'œuvre et à l'épreuve et L'Oublié s'inscrivent dans ce courant, qui valorise la foi et le sacrifice des premiers colons et missionnaires. Ses derniers romans renouent avec une veine plus intime et morale.
Angéline de Montbrun
Angéline de Montbrun paraît d'abord en feuilleton dans la Revue canadienne en 1881-1882, puis en volume en 1884. L'œuvre est généralement considérée comme le premier roman psychologique de la littérature québécoise.
Forme
Le roman se distingue par sa construction composite : une première partie épistolaire, un récit à la troisième personne, puis une longue section prenant la forme d'un journal intime. Cette structure permet à l'autrice de suivre au plus près l'évolution intérieure de l'héroïne, frappée par une série d'épreuves : la mort de son père, une défiguration accidentelle et la rupture de ses fiançailles. Le journal final donne accès à une conscience solitaire aux prises avec la douleur, le renoncement et la foi.
Remaniements
Laure Conan a retravaillé son texte au fil des éditions successives. Ces variantes ont fait l'objet d'études critiques, notamment dans la revue Voix et Images, qui analysent la recherche d'une forme jugée idéale par l'écrivaine.
Lectures critiques
Le roman a suscité un nombre important de travaux universitaires. Ceux-ci portent sur ses formes narratives, sur la représentation de l'espace et du repli intérieur, sur les rapports entre littérature et religion, sur la honte et les frontières du genre féminin, ainsi que sur la dimension autobiographique prêtée à l'œuvre. Un numéro de Voix et Images paru en 2018 a été consacré aux « contemporanéités » d'Angéline de Montbrun et de son autrice.
Journalisme et biographies
Parallèlement à son œuvre de fiction, Laure Conan mène une importante activité de journaliste. Selon le Dictionnaire biographique du Canada, elle a fait paraître 195 articles dans la presse québécoise. Ses textes, souvent à caractère religieux, moral ou historique, témoignent de son engagement dans la vie intellectuelle catholique de son temps.
Elle est également l'autrice de biographies et de portraits consacrés à des figures religieuses et à des personnages de l'histoire canadienne. Ces écrits s'inscrivent dans la littérature édifiante de l'époque, qui vise à proposer des modèles de vertu et à célébrer le passé national et religieux.
Cette production abondante, longtemps moins étudiée que ses romans, fait l'objet d'un intérêt renouvelé de la part des chercheurs, qui y voient un témoignage de la place singulière occupée par une femme de lettres dans le Québec de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Un roman demeuré inédit, Mina Darville, a par ailleurs été présenté dans Voix et Images en 2018.
Reconnaissance et postérité
En 1903, l'Académie française décerne à Laure Conan le prix Montyon pour L'Oublié, distinction qui confirme sa notoriété de part et d'autre de l'Atlantique.
Les ouvrages de référence la présentent comme une figure majeure de la littérature québécoise du XIXe siècle et comme la première romancière canadienne-française. Son œuvre a été rééditée et annotée au XXe siècle, notamment dans des éditions savantes de ses œuvres romanesques, et elle est entrée dans le domaine public.
En 2021, le gouvernement du Québec l'a désignée personnage historique en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, reconnaissant son rôle pionnier dans l'histoire littéraire et dans l'histoire des femmes au Québec.
Toponymie
Plusieurs lieux du Québec portent son nom. La Commission de toponymie du Québec a notamment officialisé une rue Laure-Conan et une bibliothèque Laure-Conan, dont les notices rappellent l'importance de l'écrivaine dans le patrimoine littéraire québécois.