Jeunesse et formation
Louis-Prosper-Félix Hémon naît le 12 octobre 1880 à Brest, en Bretagne, dans une famille de tradition universitaire et républicaine. Son père, Félix Hémon, professeur de lettres, fait carrière dans l'administration de l'Instruction publique, ce qui conduit la famille à s'établir à Paris.
Le jeune Hémon fait ses études secondaires au lycée Louis-le-Grand, puis entreprend des études de droit à la Sorbonne. Il fréquente également l'École des langues orientales. Après son service militaire, il renonce à une carrière dans l'administration coloniale et choisit une voie plus indépendante, marquée par le goût des voyages, de la marche et du sport.
Les années londoniennes
Au début des années 1900, Louis Hémon s'installe à Londres, où il vit pendant près d'une décennie. Il gagne sa vie au moyen d'emplois de bureau et de traductions, tout en collaborant à la presse sportive parisienne, notamment aux journaux Le Vélo et L'Auto. Il y publie des chroniques consacrées à la boxe, à l'aviron et à d'autres disciplines, ainsi que des récits.
En 1904, il remporte un concours littéraire organisé par Le Vélo avec la nouvelle « La Rivière ». Pendant cette période, il rédige plusieurs romans et nouvelles qui demeurent inédits de son vivant et qui témoignent d'un intérêt marqué pour les milieux populaires et pour la vie urbaine anglaise.
À Londres, il a une fille, Lydia, née en 1909 de sa liaison avec une Irlandaise, Lydia O'Kelly. Cette enfant sera élevée en France par la famille Hémon.
Le séjour au Québec
Louis Hémon quitte l'Angleterre pour le Canada à l'automne 1911. Après un passage à Québec, il séjourne à Montréal, où il occupe des emplois de bureau, notamment de traducteur et de commis.
Au printemps 1912, il se rend dans la région du lac Saint-Jean. Il est engagé comme homme de ferme par l'agriculteur Samuel Bédard, à Péribonka, sur la rive nord du lac. Il partage la vie de cette famille de colons et observe le travail du défrichement, le rythme des saisons et la vie religieuse et sociale des paroisses de colonisation. Ces observations nourrissent directement l'écriture de Maria Chapdelaine, qu'il entreprend dans la région.
Après son départ de Péribonka, il travaille un temps dans la région, puis regagne Montréal, où il dactylographie son manuscrit et l'expédie en France au journal Le Temps.
Ses impressions du Canada sont aussi consignées dans des textes plus courts, dont le récit de sa traversée, publié plus tard sous le titre Itinéraire de Liverpool à Québec, ainsi que dans sa correspondance, réunie notamment dans des recueils consacrés à ses écrits sur le Québec.
Mort
Au début de l'été 1913, Louis Hémon quitte Montréal pour l'Ouest canadien, en partie à pied le long de la voie ferrée. Le 8 juillet 1913, il est happé par un train à Chapleau, dans le nord de l'Ontario, en compagnie d'un compagnon de route. Il meurt à l'âge de 32 ans et est inhumé à Chapleau.
Il disparaît ainsi avant la parution de l'ouvrage qui fera sa renommée, sans connaître l'accueil réservé à son roman en France et au Québec.
Maria Chapdelaine
Maria Chapdelaine : récit du Canada français raconte la vie d'une famille de défricheurs installée aux confins des terres habitées, au nord du lac Saint-Jean. L'héroïne, Maria, doit choisir entre trois prétendants qui incarnent autant de destins possibles : François Paradis, coureur des bois, Lorenzo Surprenant, tenté par la vie urbaine aux États-Unis, et Eutrope Gagnon, cultivateur attaché à la terre.
Publication
| Année | Édition |
|---|---|
| 1914 | Feuilleton dans le quotidien parisien Le Temps |
| 1916 | Première édition en volume, à Montréal |
| 1921 | Édition parisienne chez Bernard Grasset, qui assure la diffusion internationale de l'œuvre |
L'édition montréalaise de 1916 est illustrée par le peintre Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté. L'édition Grasset connaît un succès considérable et le roman est traduit dans de nombreuses langues.
Portée
Le roman est rapidement associé au courant du roman du terroir et récupéré par le discours de la survivance canadienne-française, notamment pour le passage final des « voix » qui exalte la fidélité à la terre et à la tradition. Il a aussi suscité des lectures critiques et des réécritures. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec le présente comme une œuvre majeure du roman du terroir.
Plusieurs adaptations cinématographiques ont été réalisées, dont celles de Julien Duvivier (1934), de Gilles Carle (1983) et de Sébastien Pilote (2021).
Autres œuvres
La plupart des écrits de Louis Hémon paraissent après sa mort. Outre Maria Chapdelaine, on compte notamment :
- La Belle que voilà (1923), recueil de nouvelles ;
- Colin-Maillard (1924), roman situé à Londres ;
- Battling Malone, pugiliste (1925), roman sur le milieu de la boxe ;
- Itinéraire de Liverpool à Québec (1927), récit de voyage ;
- Monsieur Ripois et la Némésis (1950), roman adapté au cinéma par René Clément en 1954.
Ces œuvres révèlent un écrivain polyvalent, attentif aux milieux populaires, au sport et à la condition des déracinés, loin de l'image exclusivement terroiriste que lui a longtemps value son roman canadien. Ses chroniques et sa correspondance du Canada ont été rassemblées dans des recueils consacrés à ses écrits sur le Québec.
Mémoire et patrimoine
La mémoire de Louis Hémon est particulièrement vive au Saguenay–Lac-Saint-Jean. À Péribonka, le Musée Louis-Hémon conserve et met en valeur la maison de Samuel Bédard, où l'écrivain a séjourné, ainsi que des collections liées à l'auteur et à son roman. Des monuments et des plaques commémoratives, dont une plaque à Péribonka répertoriée au Répertoire du patrimoine culturel du Québec, rappellent son passage.
Le gouvernement du Québec l'a désigné personnage historique le 4 juillet 2013, en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, à l'approche du centenaire de sa mort. Le Répertoire du patrimoine culturel du Québec le décrit comme un auteur incontournable de la littérature québécoise.
Plusieurs toponymes québécois portent son nom, notamment des voies publiques consignées par la Commission de toponymie du Québec.
Archives
L'Université de Montréal conserve un fonds Louis Hémon comprenant notamment le tapuscrit original de Maria Chapdelaine, une nouvelle inédite et des documents relatifs à la réception de l'œuvre ; une exposition virtuelle lui est consacrée. Un fonds Lydia-Louis Hémon est également conservé à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.