Biographie
Jacques Ferron naît le 20 janvier 1921 à Louiseville, en Mauricie. Il est l'aîné d'une famille dont sont également issues la romancière Madeleine Ferron et la peintre Marcelle Ferron, signataire du Refus global. Il perd sa mère durant l'enfance. Il fait ses études classiques dans des collèges de la région de Montréal, puis étudie la médecine à l'Université Laval. Il obtient son diplôme au milieu des années 1940.
Après un bref service comme médecin dans l'armée canadienne, il exerce en Gaspésie. Il s'installe ensuite dans la région de Montréal et ouvre un cabinet à Ville Jacques-Cartier, aujourd'hui intégrée à Longueuil. Il y pratique la médecine générale auprès d'une population ouvrière pendant la plus grande partie de sa vie. Cette pratique nourrit une large part de son œuvre.
Jacques Ferron meurt le 22 avril 1985 sur la Rive-Sud de Montréal.
Œuvre littéraire
L'œuvre de Jacques Ferron couvre plusieurs genres : théâtre, contes, nouvelles, romans, récits et historiettes. Elle se distingue par un style concis et une ironie constante. Les personnages historiques et les figures de la tradition orale y côtoient la fiction. Le pays, ses lieux et ses légendes forment la matière de nombreux textes. La critique a souvent souligné la place qu'y occupe la question d'un Québec « incertain », en quête de lui-même.
Ferron commence par le théâtre au début des années 1950. Il publie plusieurs pièces à compte d'auteur ou chez de petits éditeurs, dont les Éditions d'Orphée. Les Grands Soleils revisite la rébellion de 1837-1838. Les Contes du pays incertain (1962) l'imposent ensuite comme conteur. Suivent, dans les années 1960 et 1970, des romans et récits brefs qui forment le cœur de son œuvre.
Principaux titres
- Les Grands Soleils (théâtre)
- Contes du pays incertain (1962)
- La Nuit (1965), réécrit plus tard sous le titre Les Confitures de coings
- Le Ciel de Québec (1969)
- L'Amélanchier (1970)
- Les Roses sauvages (1971)
Le Ciel de Québec, vaste fresque située dans les années 1930, mêle à la fiction des figures réelles du milieu intellectuel et politique. L'Amélanchier et Les Roses sauvages comptent parmi ses récits les plus étudiés.
Chroniqueur et polémiste
Parallèlement à son œuvre de fiction, Jacques Ferron pratique abondamment la forme brève de l'historiette. Il donne pendant des années des textes à des périodiques, notamment des revues destinées au milieu médical. Il y commente l'actualité, l'histoire du Québec et la vie littéraire sur un ton souvent caustique. Une partie de ces textes a été réunie en recueils, dont les Historiettes.
Ces chroniques révèlent l'étendue de sa culture historique. Elles font de lui un interlocuteur actif dans les débats intellectuels de son temps. Ses jugements sur certains écrivains et personnalités publiques ont suscité des polémiques. Les études consacrées à son rapport à l'histoire, comme celles publiées dans la revue Études françaises, soulignent la place centrale de la formation sociale québécoise dans sa pensée.
Engagement politique
Jacques Ferron s'est engagé dans la vie politique de son époque, en marge des grands partis. Il a milité dans des formations de gauche, puis dans le mouvement indépendantiste des années 1960.
Il est surtout connu pour la fondation du Parti Rhinocéros en 1963, formation satirique qui tourne en dérision la politique fédérale canadienne.
Lors de la crise d'Octobre 1970, son statut de médecin connu dans le milieu populaire de la Rive-Sud l'amène à jouer un rôle d'intermédiaire. En décembre 1970, il contribue à la reddition des membres de la cellule Chénier du Front de libération du Québec. Cet épisode est fréquemment rappelé dans les études biographiques.
Distinctions et reconnaissance
L'œuvre de Jacques Ferron a été récompensée par plusieurs prix littéraires.
| Année | Distinction | Œuvre |
|---|---|---|
| 1977 | Prix Athanase-David | Ensemble de l'œuvre |
| 1972 | Prix France-Québec | Les Roses sauvages |
| 1962 | Prix du Gouverneur général | Contes du pays incertain |
Le prix Athanase-David est la plus haute distinction littéraire décernée par le gouvernement du Québec dans le cadre des Prix du Québec.
Son nom a été donné à des voies publiques, dont une rue Jacques-Ferron à Trois-Rivières, consignée à la Commission de toponymie du Québec. Le centenaire de sa naissance, en 2021, a donné lieu à des hommages dans la presse et les revues intellectuelles.
Postérité et archives
Jacques Ferron fait l'objet d'une abondante littérature critique. Des ouvrages universitaires, notamment aux Presses de l'Université de Montréal, examinent la dimension festive et ludique de son écriture ainsi que son rapport à l'institution littéraire. De nombreux mémoires et thèses portent sur son œuvre, par exemple sur la représentation du Canada anglais dans ses textes des années 1960.
Ses livres sont régulièrement réédités, et plusieurs titres figurent dans les collections de poche consacrées à la littérature québécoise. La bibliothèque personnelle de l'écrivain a également retenu l'attention des chercheurs comme clé de lecture de son œuvre.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) conserve dans ses fonds des manuscrits de ses récits et pièces de théâtre. Une sélection est accessible en ligne et permet d'étudier la genèse de ses textes. BAnQ numérique donne aussi accès à des éditions de certaines de ses œuvres, dont les Contes et Les Confitures de coings et autres textes.