Portrait et mode de vie
Le chat-fou brun est l'un des plus petits représentants québécois de la famille des ictaluridés, qui regroupe les poissons-chats d'Amérique du Nord. Son corps est court et trapu à l'avant, puis comprimé vers l'arrière, une silhouette qui rappelle celle d'un têtard ; son nom scientifique gyrinus et son nom anglais, Tadpole Madtom, y font référence.
Comme chez les autres membres du genre Noturus, la nageoire adipeuse est longue et rattachée à la nageoire caudale arrondie, formant un repli continu. La tête porte quatre paires de barbillons sensoriels. La coloration est brun olivâtre à brun foncé, plus pâle sur le ventre, avec une fine ligne sombre le long du flanc. Les épines des nageoires pectorales sont associées à des glandes à venin : la piqûre peut être douloureuse.
L'espèce est benthique et surtout nocturne. Le jour, elle demeure cachée dans la végétation aquatique, sous des débris ligneux, des roches ou des objets immergés. Elle fréquente les eaux calmes, chaudes, souvent peu profondes et parfois turbides, à fond de vase, de sable ou de débris organiques.
Répartition
L'aire de répartition du chat-fou brun couvre une grande partie de l'est de l'Amérique du Nord, dans les bassins des Grands Lacs, du Saint-Laurent et du Mississippi ainsi que le long des versants atlantique et du golfe du Mexique.
Au Québec, l'espèce est indigène et de présence régulière. Elle se trouve dans le sud de la province, principalement dans les basses-terres du Saint-Laurent et ses tributaires à faible courant. Elle est mentionnée dans des travaux universitaires portant sur le lac Saint-Pierre et figure parmi les espèces signalées au lac Saint-François ainsi que dans les petits cours d'eau de la Montérégie.
Ses habitats de prédilection comprennent :
- les herbiers aquatiques des lacs fluviaux et des baies abritées ;
- les rivières et ruisseaux à faible courant ;
- les étangs, marais et secteurs littoraux peu profonds à fond meuble.
Poisson discret et nocturne, il est rarement capturé par les méthodes de pêche usuelles, ce qui peut conduire à sous-estimer sa présence. La documentation faunique québécoise l'identifie par le code d'espèce NOGY dans les protocoles d'inventaire des poissons de petite taille.
Croissance et cycle de vie
Le chat-fou brun demeure de petite taille : les adultes mesurent généralement moins de 10 cm de longueur totale, et les plus grands individus dépassent rarement 13 cm. Sa longévité est courte, de l'ordre de quelques années.
La fraie a lieu à la fin du printemps et durant l'été, lorsque l'eau s'est réchauffée. Comme d'autres ictaluridés, l'espèce pond dans une cavité ou un abri : dessous de débris, coquilles vides, racines, voire objets d'origine humaine immergés. Les œufs, déposés en une masse, sont gardés par un parent jusqu'à l'éclosion, et les jeunes restent un certain temps à proximité de l'abri.
Ce comportement de nidification en cavité rend l'espèce sensible à la disponibilité d'abris et à la qualité des fonds dans les secteurs de reproduction.
Statut et relations avec l'humain
Au Québec, le chat-fou brun porte le rang de précarité S4, soit une espèce apparemment non en péril à l'échelle provinciale. Le catalogue porte la mention « Non suivie » dans son champ LEMV. L'espèce ne figure pas sur la liste des espèces fauniques désignées menacées ou vulnérables.
Il se distingue de deux congénères dont la situation est différente :
| Espèce | Nom scientifique | Situation au Québec |
|---|---|---|
| Chat-fou brun | Noturus gyrinus | Rang S4, non suivi |
| Chat-fou des rapides | Noturus flavus | Désigné vulnérable |
| Chat-fou liséré | Noturus insignis | Susceptible d'être désigné menacé ou vulnérable |
Sans intérêt pour la pêche sportive ou commerciale en raison de sa petite taille, le chat-fou brun est surtout connu des biologistes et des pêcheurs qui le capturent accidentellement. Sa présence est notée dans les inventaires ichtyologiques et dans certaines études d'impact environnemental. La qualité de ses habitats dépend de la conservation des herbiers et des rives, souvent touchés par l'artificialisation et l'envasement en milieu agricole ou urbain.
Relations avec les autres espèces
Le chat-fou brun partage ses habitats avec de nombreuses espèces de la communauté des eaux chaudes du Saint-Laurent, dont la barbotte brune, les crapets, la perchaude et divers cyprinidés. Sa petite taille en fait une proie potentielle pour les poissons piscivores comme le grand brochet, l'achigan ou le doré, ainsi que pour des oiseaux piscivores tels les hérons.
Ses épines pectorales venimeuses, qu'il peut bloquer en position déployée, constituent une défense contre certains prédateurs. Ses mœurs nocturnes et son habitude de se dissimuler dans la végétation dense limitent aussi son exposition.
En tant que prédateur d'invertébrés benthiques, il participe au réseau trophique des herbiers et des fonds meubles.
Régime alimentaire
Le chat-fou brun se nourrit principalement la nuit, en fouillant le fond et la végétation à l'aide de ses barbillons, qui lui permettent de détecter ses proies au toucher et au goût.
Son alimentation se compose surtout de petits invertébrés aquatiques :
- larves d'insectes, notamment de diptères et d'éphémères ;
- petits crustacés comme les amphipodes, les isopodes et les microcrustacés ;
- vers et autres invertébrés du benthos.
Il peut à l'occasion consommer de petits poissons ou de la matière végétale, mais il demeure avant tout un insectivore et un consommateur d'invertébrés benthiques.
Anecdotes
- Le nom d'espèce gyrinus dérive du grec et évoque le têtard, en raison de la forme trapue du poisson.
- Le genre Noturus comprend notamment le chat-fou brun, le chat-fou des rapides et le chat-fou liséré.
- Ses épines pectorales sont associées à des glandes à venin; leur piqûre peut être douloureuse.
