Portrait et mode de vie
La chauve-souris cendrée est un mammifère de l'ordre des Chiroptères, famille des Vespertilionidés. Les fiches récentes la rattachent au genre Aeorestes, alors que de nombreux rapports plus anciens, y compris des documents gouvernementaux québécois, emploient le nom Lasiurus cinereus ; les deux désignent la même espèce.
Description
C'est la plus grande des chauves-souris du Québec. Son pelage épais est brun foncé, chaque poil étant terminé de blanc, ce qui lui donne l'aspect givré ou « cendré » à l'origine de son nom. La gorge porte un collier jaunâtre, les oreilles sont courtes, arrondies et bordées de noir, et la face dorsale de la membrane caudale est couverte de poils, un trait commun aux chauves-souris arboricoles du groupe des lasiures.
Comportement
L'espèce est solitaire. Plutôt que de s'abriter dans les grottes, les bâtiments ou les cavités, elle se repose le jour suspendue dans le feuillage des arbres, où son pelage l'aide à se confondre avec l'écorce et les feuilles. Elle sort chasser tard en soirée et vole de façon rapide et directe, souvent au-dessus de la canopée ou dans les espaces dégagés.
Ses cris d'écholocation sont de basse fréquence et peuvent être enregistrés lors des inventaires acoustiques de chauves-souris.
Répartition
La chauve-souris cendrée est l'une des chauves-souris dont l'aire de répartition est la plus vaste des Amériques. Au Canada, elle est présente d'un océan à l'autre.
Au Québec
L'espèce est indigène et régulière au Québec, où elle a été observée dans toutes les régions. Elle n'y réside toutefois pas à l'année : elle y séjourne principalement durant la période de reproduction, de la fin du printemps à l'automne, puis migre vers le sud.
Des inventaires environnementaux réalisés au Québec, notamment dans le cadre de projets éoliens soumis à l'évaluation environnementale, la décrivent comme largement répandue et relativement commune dans les relevés acoustiques.
Habitat
Au Québec, elle fréquente surtout les milieux forestiers de conifères et, plus accessoirement, les forêts de feuillus. Elle montre une préférence pour les clairières situées près des plans d'eau et des milieux humides, où les insectes abondent. Les documents ministériels l'associent aussi aux habitats forestiers ouverts et, à l'occasion, aux secteurs éclairés qui attirent les insectes nocturnes.
Migration
À l'automne, les individus quittent le Québec pour passer l'hiver dans des régions plus chaudes, dans des régions plus méridionales. Contrairement aux espèces cavernicoles, la chauve-souris cendrée n'hiberne pas en colonie dans les grottes ou les mines du Québec.
Croissance et cycle de vie
Le cycle de vie de la chauve-souris cendrée est étroitement lié à sa migration.
- Accouplement : il survient à la fin de l'été ou à l'automne, souvent au moment des déplacements migratoires.
- Fécondation différée : comme chez plusieurs Vespertilionidés des régions tempérées, la femelle conserve le sperme durant l'hiver ; l'ovulation et la fécondation ont lieu au printemps.
- Mise bas : les naissances surviennent au début de l'été, généralement en juin. La portée compte habituellement deux petits, ce qui distingue l'espèce des chauves-souris cavernicoles, qui n'ont le plus souvent qu'un seul petit par année.
- Élevage : la femelle élève seule ses petits dans le feuillage. Les jeunes deviennent capables de voler après environ un mois.
- Automne : jeunes et adultes accumulent des réserves de graisse avant d'entreprendre la migration vers le sud.
Ce faible taux de reproduction, combiné à une longévité relativement élevée pour un petit mammifère, rend les populations sensibles à toute hausse de la mortalité des adultes.
Relations avec l'humain
Statut légal
Au Québec, la chauve-souris cendrée figure sur la liste des espèces susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables, établie en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. La fiche du Catalogue du vivant de Savoirs.Québec lui attribue le rang de priorité provincial S1S2, qui correspond à une espèce gravement en péril à en péril à l'échelle de la province.
À l'échelle fédérale, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a évalué en 2023 la situation de la chauve-souris cendrée conjointement avec celle de la chauve-souris rousse de l'Est et de la chauve-souris argentée, trois espèces migratrices arboricoles. Cette évaluation du risque ne constitue pas, à elle seule, une protection légale fédérale. Au Québec, l'espèce figure sur la liste provinciale des espèces susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables.
Éoliennes
Les parcs éoliens constituent la principale menace documentée pour l'espèce en Amérique du Nord. Les chauves-souris migratrices arboricoles représentent une part importante des carcasses retrouvées au pied des éoliennes, par collision avec les pales ou par barotraumatisme, et la mortalité culmine à la fin de l'été et à l'automne, pendant la migration. Une étude publiée en 2024 dans la revue Le Naturaliste canadien a simulé les effets des éoliennes sur la population selon trois scénarios de mortalité.
Au Québec, les projets éoliens soumis à la procédure d'évaluation environnementale comportent des inventaires acoustiques de chiroptères et des suivis de mortalité, fondés sur les protocoles standardisés du ministère responsable de la faune.
Autres menaces
La perte d'habitat forestier et la diminution des populations d'insectes nocturnes sont aussi évoquées. Parce qu'elle n'hiberne pas dans les grottes, l'espèce est peu exposée au syndrome du museau blanc, qui a décimé les chauves-souris cavernicoles du Québec.
Relations avec les autres espèces
Solitaire, la chauve-souris cendrée ne forme pas de colonies et ne partage généralement pas ses gîtes avec d'autres chauves-souris. Elle cohabite toutefois dans les mêmes milieux forestiers avec les deux autres espèces migratrices arboricoles du Québec, la chauve-souris rousse et la chauve-souris argentée, avec lesquelles elle partage un mode de vie et des menaces comparables.
Prédateurs
Ses principaux prédateurs sont des oiseaux, notamment les rapaces nocturnes et diurnes, qui peuvent la capturer en vol ou dans son gîte. Les jeunes, exposés dans le feuillage, sont plus vulnérables que les adultes.
Rôle écologique
En tant que prédatrice d'insectes nocturnes, en particulier de papillons de nuit, elle contribue à la régulation de populations d'insectes, dont certains ravageurs forestiers et agricoles. Elle occupe ainsi une place dans les réseaux trophiques des forêts québécoises, à l'interface entre les insectes et les prédateurs aviens.
Régime alimentaire
La chauve-souris cendrée est insectivore. Elle chasse en vol, en repérant ses proies par écholocation.
- Proies principales : les papillons de nuit (lépidoptères) constituent l'essentiel de son alimentation.
- Proies secondaires : elle consomme aussi des coléoptères, des diptères et d'autres insectes volants, selon leur disponibilité.
Sa grande taille lui permet de capturer des insectes plus gros que ceux chassés par la plupart des autres chauves-souris du Québec. Elle chasse volontiers au-dessus de la canopée, dans les clairières, au-dessus des plans d'eau et des milieux humides, ainsi que, à l'occasion, autour des sources lumineuses qui concentrent les insectes nocturnes.
À la fin de l'été, l'alimentation s'intensifie afin de constituer les réserves de graisse nécessaires à la migration automnale.
Anecdotes
- Son nom français, comme son nom anglais Hoary Bat, évoque son pelage givré, dont les poils terminés de blanc lui donnent une apparence grisonnante.
- La nomenclature de l'espèce a changé : le passage du genre Lasiurus au genre Aeorestes explique que les deux noms coexistent dans la documentation québécoise et canadienne.
- Ses cris d'écholocation de basse fréquence peuvent être captés à bonne distance par les détecteurs acoustiques, ce qui en fait une espèce régulièrement enregistrée lors d'activités de suivi, notamment dans les parcs nationaux du Québec.
