Portrait et mode de vie
La chauve-souris argentée est une chauve-souris de taille moyenne à l'échelle des espèces québécoises. Elle pèse généralement entre 8 et 12 g et son envergure avoisine 27 à 31 cm. Son pelage, d'un brun noirâtre, est parsemé de poils à pointe blanche ou argentée, surtout sur le dos, ce qui lui donne un aspect givré caractéristique et lui vaut son nom. Ses oreilles sont courtes, arrondies et dépourvues de poils, et la face supérieure de la membrane qui relie les pattes postérieures est partiellement poilue.
C'est une espèce arboricole : le jour, elle se repose dans les cavités d'arbres, dans les fissures ou sous l'écorce décollée. Contrairement à certaines espèces qui forment de grandes colonies dans les bâtiments, elle est plutôt solitaire, bien que les femelles puissent se regrouper en petits groupes pendant la mise bas.
Nocturne, elle chasse au crépuscule et durant la nuit, dans la canopée, le long des lisières et au-dessus des plans d'eau. Son vol est relativement lent et manœuvrable. Pour s'orienter et repérer ses proies, elle utilise l'écholocation en émettant des cris ultrasonores de basse fréquence, que les inventaires acoustiques permettent d'enregistrer.
Au Québec, l'espèce est associée surtout aux milieux forestiers situés à proximité des milieux humides et des abords des cours d'eau, où abondent les insectes volants dont elle se nourrit.
Répartition
En Amérique du Nord
La chauve-souris argentée est une espèce strictement nord-américaine. Son aire de répartition s'étend du sud du Canada, où elle est présente dans la plupart des provinces, jusqu'aux États-Unis. Les populations les plus nordiques, dont celles du Québec, sont migratrices et hivernent plus au sud.
Au Québec
L'espèce est indigène et de présence régulière au Québec. Selon la fiche gouvernementale, sa répartition estivale couvre l'ensemble des régions du Québec, à l'exception de la Côte-Nord. Elle y séjourne principalement pendant la période de reproduction et ne réside pas dans la province à l'année : la majorité des individus quittent le territoire vers le mois de septembre.
Le suivi de l'espèce repose notamment sur le Réseau québécois d'inventaires acoustiques de chauves-souris (Réseau Chirops), qui enregistre les cris d'écholocation le long de parcours normalisés. Selon les résultats du Réseau Chirops pour 2000 à 2020, l'activité acoustique de l'espèce présente une tendance à la hausse dans plusieurs régions; cet indice d'activité ne mesure pas directement les effectifs de la population. Des suivis sont également menés dans les aires protégées, dont les parcs nationaux du Québec administrés par la Sépaq et le parc national Forillon de Parcs Canada.
Habitat
L'habitat estival se compose de forêts mixtes, de conifères ou de feuillus offrant des arbres morts ou sénescents propices au repos, de préférence à proximité de plans d'eau, de rivières ou de milieux humides qui servent de territoires de chasse.
Croissance et cycle de vie
Le cycle annuel de la chauve-souris argentée est rythmé par la migration.
| Période | Événements principaux |
|---|---|
| Printemps | Retour des individus au Québec depuis les aires d'hivernage |
| Juin et juillet | Mise bas, généralement de deux petits |
| Été | Élevage des jeunes, qui apprennent à voler en quelques semaines |
| Fin d'été et automne | Accouplement, accumulation de réserves de graisse et migration vers le sud, surtout vers septembre |
| Hiver | Séjour dans les aires d'hivernage, hors du Québec |
Comme chez plusieurs vespertilionidés des régions tempérées, l'accouplement a lieu à la fin de l'été ou à l'automne, et la fécondation est différée : les femelles conservent le sperme jusqu'au printemps, moment où l'ovulation et la gestation se produisent. Les femelles donnent habituellement naissance à deux petits, dans un abri arboricole.
Les jeunes naissent nus et dépendent entièrement de leur mère pour l'allaitement. Leur croissance est rapide : ils deviennent aptes au vol en quelques semaines, ce qui leur permet de constituer leurs propres réserves avant la migration automnale.
Dans son aire d'hivernage, l'espèce peut entrer dans des périodes de torpeur ou d'hibernation dans des abris variés (arbres, fissures, parfois bâtiments), mais elle n'hiberne pas en grandes colonies dans les grottes et les mines comme les chauves-souris résidentes du Québec.
Relations avec l'humain
Statut de conservation
Au Québec, la chauve-souris argentée figure sur la liste des espèces fauniques susceptibles d'être désignées menacées ou vulnérables, en vertu du cadre établi par la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Son rang de priorité pour la conservation est S3, ce qui correspond à une espèce considérée comme vulnérable à l'échelle provinciale. Elle fait partie des espèces visées par les travaux de l'Équipe de rétablissement des chauves-souris du Québec.
À l'échelle canadienne, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a évalué en 2023 la situation de la chauve-souris argentée conjointement avec celles de la chauve-souris cendrée et de la chauve-souris rousse de l'Est, trois espèces arboricoles migratrices, et les a jugées en voie de disparition.
Menaces
Les chauves-souris migratrices arboricoles sont particulièrement exposées aux collisions et aux traumatismes causés par les éoliennes, surtout pendant la migration automnale. La perte d'arbres morts ou sénescents servant d'abris, la dégradation des milieux humides et la diminution des insectes figurent aussi parmi les pressions évoquées. N'hibernant pas dans les grottes et les mines, l'espèce est moins exposée au syndrome du museau blanc que les chauves-souris résidentes.
Santé publique
Comme les autres chauves-souris, l'espèce peut être porteuse du virus de la rage. Les autorités québécoises recommandent de ne jamais manipuler une chauve-souris à mains nues et de consulter rapidement Info-Santé 811 en cas de contact direct ou de morsure.
Relations avec les autres espèces
La chauve-souris argentée partage son habitat estival avec les autres chauves-souris du Québec, en particulier les deux autres espèces migratrices arboricoles : la chauve-souris cendrée et la chauve-souris rousse de l'Est. Ces trois espèces sont soumises à des pressions comparables pendant la migration.
Ses cris d'écholocation de basse fréquence ressemblent à ceux de la grande chauve-souris brune, de sorte que les inventaires acoustiques regroupent parfois les deux espèces dans une même catégorie lorsque les enregistrements ne permettent pas de les distinguer.
Comme prédatrice d'insectes volants, elle exerce une pression sur les populations de papillons de nuit, de mouches, de moustiques et d'autres insectes associés aux milieux aquatiques. Elle constitue elle-même une proie occasionnelle pour les rapaces nocturnes, certains oiseaux de proie et divers mammifères capables d'atteindre ses abris. Elle peut également héberger des ectoparasites propres aux chauves-souris.
Sa dépendance envers les arbres creux, morts ou à écorce décollée la lie étroitement à la dynamique forestière : les insectes xylophages, les champignons de carie et les pics, qui façonnent les cavités, contribuent indirectement à la disponibilité de ses gîtes.
Régime alimentaire
La chauve-souris argentée est strictement insectivore. Elle capture ses proies en vol, en les repérant par écholocation, principalement dans la canopée, le long des lisières forestières et au-dessus des lacs, des rivières et des étangs.
Son régime comprend notamment :
- des papillons de nuit ;
- des mouches et des moustiques ;
- des trichoptères et d'autres insectes à stade larvaire aquatique ;
- des coléoptères et divers autres insectes volants.
La proximité des milieux humides et des cours d'eau, où émergent en grand nombre les insectes à larves aquatiques, explique en bonne partie ses préférences d'habitat au Québec. À la fin de l'été, l'alimentation permet l'accumulation des réserves de graisse nécessaires à la migration automnale.
Par sa consommation d'insectes, dont certains ravageurs forestiers ou agricoles, l'espèce contribue à la régulation des populations d'insectes nocturnes, un service écologique souvent mis en avant par les organismes de conservation et de sensibilisation.
Anecdotes
- Le nom de genre Lasionycteris combine des racines grecques signifiant « velu » et « chauve-souris », en référence à la membrane caudale partiellement poilue. L'épithète noctivagans, d'origine latine, signifie « qui erre la nuit ».
- Le nom français fait allusion aux pointes argentées des poils du dos, qui donnent au pelage sombre un aspect givré. L'espèce est aussi appelée chauve-souris grise.
- Lasionycteris est un genre monotypique : la chauve-souris argentée en est la seule espèce.
- Contrairement aux chauves-souris résidentes du Québec, qui hibernent sur place dans des grottes ou des mines, elle quitte la province à l'automne, à la manière de plusieurs oiseaux migrateurs.
- Des parcs nationaux du Québec et le parc national Forillon participent au suivi acoustique des chauves-souris, ce qui permet de documenter sa présence sans capture ni dérangement.
