Portrait et mode de vie
La chauve-souris nordique est une petite chauve-souris du genre Myotis, de l'ordre des Chiroptères et de la famille des Vespertilionidés. Son pelage est brun, plus pâle sur le ventre, et elle se distingue des autres Myotis du Québec, notamment de la petite chauve-souris brune, par ses oreilles nettement plus longues et par un tragus long et effilé.
C'est un animal nocturne. Elle émerge de son gîte au crépuscule pour chasser, principalement à l'intérieur du couvert forestier plutôt qu'en milieu ouvert. Ses cris d'écholocation sont de haute fréquence et de faible intensité, adaptés à la chasse près de la végétation.
Au Québec, elle fait partie des huit espèces de chauves-souris présentes et des cinq espèces résidentes, qui ne migrent pas vers le sud en hiver. Les quatre autres espèces résidentes sont :
- la petite chauve-souris brune ;
- la grande chauve-souris brune ;
- la pipistrelle de l'Est ;
- la chauve-souris pygmée de l'Est.
Durant la saison froide, elle entre en hibernation dans des hibernacles souterrains, où elle se loge fréquemment dans des fissures et des crevasses de la roche, seule ou en petits groupes.
Répartition et habitat
L'aire de répartition de la chauve-souris nordique couvre une grande partie de l'est et du centre de l'Amérique du Nord. Au Canada, elle est présente des provinces de l'Atlantique jusqu'à l'est de la Colombie-Britannique.
Au Québec, l'espèce est répartie dans le sud de la province. Elle est étroitement associée aux milieux forestiers, en particulier aux forêts situées près des lacs, des cours d'eau, des étangs et des marécages. Elle est moins souvent observée en milieu urbain et dans les habitats forestiers fragmentés, ce qui la rend sensible à la perte de massifs forestiers continus.
Habitats saisonniers
| Saison | Type de gîte |
|---|---|
| Été | Cavités d'arbres, dessous d'écorce décollée, arbres morts ou sénescents ; occasionnellement bâtiments |
| Automne | Abords des hibernacles, où se déroule le rassemblement automnal |
| Hiver | Hibernacles : grottes et mines abandonnées |
La disponibilité d'arbres morts ou vieillissants en forêt et la présence d'hibernacles adéquats, où l'humidité et la température demeurent stables, sont des éléments déterminants de son habitat.
Croissance et cycle de vie
Le cycle annuel de la chauve-souris nordique est rythmé par l'alternance entre la saison active et l'hibernation.
Reproduction
L'accouplement a lieu surtout à la fin de l'été et à l'automne, lors du rassemblement des individus près des hibernacles. Comme chez plusieurs chauves-souris des régions tempérées, la fécondation est différée : la femelle conserve le sperme durant l'hiver, et l'ovulation ainsi que la fécondation surviennent au printemps, à la sortie de l'hibernation.
Mise bas et élevage
Au printemps, les femelles forment des colonies de maternité, généralement de taille modeste, dans des arbres. Chaque femelle donne naissance à un seul petit par année, habituellement au début de l'été. Le jeune est allaité et devient apte au vol en quelques semaines. Les mâles vivent plutôt seuls ou en petits groupes durant l'été.
Hibernation et longévité
L'hibernation s'étend de l'automne au printemps. Durant cette période, l'animal abaisse fortement sa température corporelle et son métabolisme et vit sur ses réserves de graisse. Les réveils répétés, coûteux en énergie, compromettent sa survie hivernale.
Le faible taux de reproduction de l'espèce, d'un seul petit par femelle par année, limite sa capacité à se rétablir après un déclin important. En contrepartie, les individus peuvent vivre de nombreuses années.
Relations avec l'humain
Statut de protection
| Instance | Statut |
|---|---|
| Québec (Loi sur les espèces menacées ou vulnérables) | Menacée |
| Rang de priorité pour la conservation au Québec | S1 |
| Canada (COSEPAC) | En voie de disparition |
Au Québec, la chauve-souris nordique est désignée menacée en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Le rang S1 indique une espèce gravement en péril à l'échelle de la province. À l'échelle fédérale, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) l'a évaluée comme espèce en voie de disparition, en raison des effets du syndrome du museau blanc.
Rétablissement et suivi
Le ministère responsable de la faune a publié un Plan de rétablissement de trois espèces de chauves-souris résidentes du Québec (2019-2029), qui vise la chauve-souris nordique, la petite chauve-souris brune et la pipistrelle de l'Est. Au palier fédéral, Environnement et Changement climatique Canada a proposé un programme de rétablissement commun pour ces trois espèces.
L'espèce fait l'objet de protocoles standardisés d'inventaire, qu'il s'agisse de colonies estivales ou d'inventaires acoustiques, y compris dans le cadre de projets d'implantation d'éoliennes et d'études d'impact environnemental. La Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) mène aussi des suivis acoustiques dans certains parcs nationaux.
Menaces d'origine humaine
Outre la maladie, les principales pressions sont la fragmentation et la perte des forêts matures, la coupe d'arbres morts servant de gîtes et le dérangement des hibernacles par la fréquentation humaine.
Relations avec les autres espèces
Syndrome du museau blanc
La principale menace pour la chauve-souris nordique est le syndrome du museau blanc, une maladie causée par le champignon Pseudogymnoascus destructans. Ce champignon, qui se développe dans le milieu frais et humide des hibernacles, colonise le museau, les oreilles et les ailes des chauves-souris en hibernation. L'infection provoque des réveils fréquents qui épuisent prématurément les réserves de graisse, entraînant souvent la mort avant la fin de l'hiver.
Apparu en Amérique du Nord dans l'État de New York au milieu des années 2000, le syndrome a été détecté au Québec en 2010. Depuis, la population québécoise de chauves-souris nordiques aurait diminué d'environ 98 %, ce qui en fait l'une des espèces les plus durement touchées. Le COSEPAC indique qu'elle est considérée comme rare au Québec.
Cohabitation et prédation
Dans les hibernacles, la chauve-souris nordique côtoie d'autres espèces résidentes, dont la petite chauve-souris brune, ce qui favorise la transmission du champignon entre individus et entre espèces. Comme les autres chauves-souris, elle peut être la proie de rapaces nocturnes, de mustélidés ou de chats domestiques.
Rôle écologique
En tant qu'insectivore forestier, elle participe à la régulation des populations d'insectes, dont certains ravageurs des forêts.
Régime alimentaire
La chauve-souris nordique se nourrit principalement d'insectes, notamment de papillons de nuit, de coléoptères et de diptères. Elle consomme aussi d'autres arthropodes, dont des araignées.
Sa technique de chasse la distingue de plusieurs autres chauves-souris du Québec. En plus de capturer des insectes en vol, elle pratique le glanage : grâce à ses longues oreilles et à ses cris d'écholocation de faible intensité, elle repère des proies immobiles posées sur le feuillage, les branches ou le sol, puis les saisit directement sur ces surfaces. Cette stratégie explique sa préférence pour le sous-bois et les lisières forestières, où la végétation dense offre de nombreuses proies.
La chasse a lieu surtout au crépuscule et au cours de la nuit, souvent à proximité de plans d'eau et de milieux humides, où les insectes abondent. Les proies de plus grande taille peuvent être consommées depuis un perchoir.
Avant l'hibernation, l'animal accumule des réserves de graisse qui doivent suffire à couvrir ses besoins durant tout l'hiver.
Anecdotes
- En anglais, l'espèce porte le nom de Northern Myotis ; en français, elle est parfois appelée vespertilion nordique.
- Son nom scientifique, septentrionalis, signifie « du nord » en latin.
- La faible intensité de ses cris d'écholocation la rend plus difficile à détecter par les appareils d'inventaire acoustique que d'autres espèces, ce qui complique l'évaluation de ses effectifs.
- Contrairement à la petite chauve-souris brune, qui hiberne souvent en grappes visibles sur les parois, la chauve-souris nordique se glisse volontiers dans des fissures de la roche, ce qui la rend discrète lors des visites d'hibernacles.
- Au Québec, elle est l'une des trois espèces de chauves-souris résidentes regroupées dans un même plan de rétablissement, fait lié à leur vulnérabilité commune au syndrome du museau blanc.
