Portrait et mode de vie
La chauve-souris rousse de l'Est est présente au Québec. Selon la fiche du gouvernement du Québec, elle mesure de 9 à 11 cm de longueur totale, pour une envergure de 29 à 33 cm et une masse de 8 à 18 g. Le gouvernement du Québec lui reconnaît aussi les noms de chauve-souris rousse et de chauve-souris rouge.
Apparence
Le dimorphisme sexuel de la coloration est marqué : le mâle arbore un pelage généralement roux orangé, tandis que la femelle présente une teinte plus jaune brun, souvent plus terne. Comme chez les autres membres du genre Lasiurus, la face supérieure de la membrane caudale (uropatagium) est densément couverte de poils, un caractère qui aide l'animal à se protéger du froid lorsqu'il s'enroule sur lui-même au repos.
Mode de vie
Contrairement aux chauves-souris cavernicoles, la chauve-souris rousse de l'Est est une espèce arboricole et solitaire. Elle passe la journée suspendue dans le feuillage des arbres, où sa coloration rappelle celle d'une feuille morte ou d'un cône. Elle ne forme pas de grandes colonies et ne fréquente pas les grottes ni les bâtiments pour se reposer.
Le soir venu, elle chasse les insectes en vol dans des milieux variés : forêts mixtes ou de conifères matures, clairières, abords des rivières, des lacs et des étangs, ainsi que milieux périurbains. Elle est souvent associée aux secteurs où les insectes se concentrent, notamment autour des lampadaires.
Répartition
La chauve-souris rousse de l'Est est répandue dans l'est de l'Amérique du Nord. Au Québec, elle se trouve à la limite nord de son aire de répartition.
Au Québec
Sa présence québécoise couvre surtout le sud de la province, approximativement jusqu'au 52e parallèle. Des observations ont été confirmées dans plusieurs régions administratives, dont :
- l'Outaouais ;
- la Montérégie ;
- l'Estrie ;
- Montréal ;
- la Côte-Nord ;
- d'autres régions du sud et du centre du Québec.
Le gouvernement du Québec précise qu'il demeure difficile de déterminer jusqu'à quelle latitude l'espèce peut survivre sur son territoire.
Présence saisonnière
L'espèce ne réside pas au Québec à l'année. Elle y est présente principalement de mai à septembre, période durant laquelle elle se reproduit et élève ses petits. À l'automne, elle migre vers le sud du continent pour y passer l'hiver. Les documents ministériels la classent parmi les trois chauves-souris migratrices du Québec, avec la chauve-souris cendrée et la chauve-souris argentée.
Détection
En raison de ses mœurs solitaires et de ses sites de repos dispersés dans le feuillage, l'espèce est difficile à observer directement. Sa répartition est surtout documentée par des inventaires acoustiques, qui enregistrent les ultrasons d'écholocation émis en vol. Le ministère responsable de la faune a publié un protocole d'inventaire acoustique des chiroptères, utilisé notamment dans le cadre des projets d'implantation d'éoliennes, et la Sépaq mène des suivis acoustiques dans certains parcs nationaux.
Croissance et cycle de vie
Le cycle annuel de la chauve-souris rousse de l'Est s'organise autour de la migration : reproduction et élevage des jeunes durant l'été dans le nord de l'aire de répartition, hivernage plus au sud.
Accouplement
L'accouplement a lieu vers la fin de l'été ou à l'automne. Comme chez plusieurs vespertilionidés des régions tempérées, la fécondation est différée : la femelle conserve le sperme et l'ovulation ne survient qu'au printemps suivant.
Mise bas et élevage
Les naissances surviennent au début de l'été, généralement en juin. L'espèce se distingue de la plupart des chauves-souris par la taille de ses portées : alors que de nombreuses espèces ne donnent naissance qu'à un seul petit par année, la femelle de la chauve-souris rousse peut en mettre bas plusieurs, le plus souvent de deux à quatre. Elle possède quatre mamelles, un nombre inhabituel chez les chiroptères.
Les jeunes demeurent dans le feuillage pendant que leur mère chasse. Ils deviennent aptes au vol au bout de quelques semaines. Le feuillage des arbres sert ainsi à la fois de site de repos diurne et de site de maternage.
Migration et hivernage
À la fin de l'été, les individus quittent le Québec pour gagner des régions plus méridionales. L'espèce n'hiberne pas dans les grottes ni les mines, contrairement aux chauves-souris résidentes du Québec ; dans le sud de son aire, elle peut passer les périodes froides dans le feuillage ou au sol, dans la litière de feuilles.
Relations avec l'humain
Statut de l'espèce
Au Québec, la chauve-souris rousse de l'Est porte le rang de conservation S1S2, ce qui la situe entre les catégories « gravement en péril » et « en péril » à l'échelle de la province. La fiche gouvernementale québécoise et la liste réglementaire adoptée en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables la présentent comme une espèce susceptible d'être désignée menacée ou vulnérable. Un rapport ministériel antérieur sur sa situation la traitait déjà comme une espèce préoccupante, en raison de la rareté des connaissances et des pressions exercées sur ses populations.
À l'échelle canadienne, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) l'a désignée en voie de disparition en mai 2023, dans le cadre d'une évaluation portant conjointement sur les trois chauves-souris migratrices : la chauve-souris cendrée, la chauve-souris rousse de l'Est et la chauve-souris argentée.
Menaces
La principale menace documentée pour les chauves-souris migratrices en Amérique du Nord est la mortalité causée par les éoliennes, particulièrement lors des déplacements de fin d'été et d'automne. C'est pourquoi les projets éoliens au Québec font l'objet d'inventaires acoustiques de chiroptères selon un protocole ministériel. La perte et la modification des habitats forestiers constituent d'autres pressions.
Parce qu'elle n'hiberne pas en colonie dans les grottes, l'espèce est beaucoup moins exposée que les chauves-souris résidentes au syndrome du museau blanc, maladie fongique qui a décimé les populations cavernicoles du Québec.
Utilité
Comme les autres chauves-souris insectivores, elle consomme de nombreux insectes nocturnes. Des organismes agroforestiers québécois encouragent le maintien d'arbres et de haies en milieu agricole pour favoriser les chauves-souris.
Relations avec les autres espèces
La chauve-souris rousse de l'Est occupe une place de prédateur d'insectes nocturnes dans les écosystèmes forestiers et riverains du sud du Québec.
Prédateurs
Son mode de repos à découvert dans le feuillage l'expose à des prédateurs diurnes et nocturnes. Les oiseaux de proie et certains oiseaux opportunistes peuvent s'en prendre aux adultes comme aux jeunes laissés seuls dans les branches pendant la chasse de la mère. Sa coloration rousse, qui la fait ressembler à une feuille morte, constitue une forme de camouflage.
Autres chauves-souris
Au Québec, elle partage ses milieux de chasse avec les sept autres espèces de chauves-souris de la province. Elle se rapproche écologiquement des deux autres espèces migratrices, la chauve-souris cendrée (Lasiurus cinereus), du même genre, et la chauve-souris argentée (Lasionycteris noctivagans). Ces trois espèces partagent un mode de vie arboricole, des migrations saisonnières et une vulnérabilité commune aux éoliennes, ce qui explique leur évaluation conjointe par le COSEPAC en 2023.
Elle se distingue en revanche des chauves-souris résidentes, comme la petite chauve-souris brune, qui hibernent en colonies dans des grottes ou des mines et qui ont été fortement touchées par le syndrome du museau blanc.
Habitat partagé
Sa dépendance à l'égard des arbres feuillus et des forêts matures pour le repos et la mise bas la lie étroitement à la structure de la forêt. Les lisières, les clairières et les plans d'eau, riches en insectes, constituent pour elle des zones d'alimentation importantes.
Régime alimentaire
La chauve-souris rousse de l'Est est strictement insectivore. Elle chasse en vol, au crépuscule et durant la nuit, en repérant ses proies par écholocation, c'est-à-dire en émettant des ultrasons dont elle analyse l'écho.
Proies
Son régime est dominé par les papillons de nuit (lépidoptères), auxquels s'ajoutent d'autres insectes volants nocturnes, comme des coléoptères, des diptères et divers insectes associés aux milieux humides. La composition exacte de son alimentation varie selon les milieux fréquentés et l'abondance saisonnière des proies.
Milieux de chasse
Elle chasse habituellement :
- au-dessus de la canopée et le long des lisières forestières ;
- dans les clairières ;
- au-dessus des rivières, des lacs et des étangs ;
- en milieu périurbain, où elle peut profiter de la concentration d'insectes attirés par les lampadaires.
Cette capacité à exploiter les sources lumineuses artificielles la rend parfois observable au début de la nuit en bordure des zones habitées, là où les insectes s'accumulent autour de l'éclairage public.
Anecdotes
- Le nom scientifique Lasiurus borealis renvoie à deux traits de l'espèce : Lasiurus signifie « à queue velue », en référence à la membrane caudale couverte de poils, et borealis signifie « du nord ».
- Sa coloration rousse, rare chez les chauves-souris québécoises, lui a valu les noms populaires de chauve-souris rousse et de chauve-souris rouge.
- Elle compte parmi les rares chauves-souris capables de donner naissance à plusieurs petits à la fois, alors que la majorité des espèces n'en ont qu'un par année.
- Au repos, suspendue par une patte dans le feuillage et enroulée dans sa membrane caudale velue, elle peut être confondue avec une feuille morte ou un fruit sec.
- En 2023, le COSEPAC a désigné les trois chauves-souris migratrices canadiennes en voie de disparition, notamment en raison de la mortalité liée aux éoliennes.
