Portrait et mode de vie
Le chevalier de rivière appartient au genre Moxostoma, qui regroupe les poissons appelés « chevaliers » au Québec. Comme les autres catostomes, il possède une bouche infère, orientée vers le bas et munie de lèvres charnues, adaptée à l'alimentation sur le fond. Son corps est allongé et robuste, le dos brun olive à reflets cuivrés et les flancs plus pâles ; les nageoires caudale et dorsale présentent souvent une teinte rougeâtre.
Selon la fiche du gouvernement du Québec, les individus observés dans la province mesurent généralement entre 59 et 67 cm, ce qui en fait l'un des plus grands chevaliers du Québec.
L'espèce se caractérise surtout par ses dents pharyngiennes massives et molariformes, situées dans la gorge, qui servent à écraser des proies à coquille. Ce trait anatomique la distingue des autres chevaliers de la province, à l'exception du chevalier cuivré (Moxostoma hubbsi), qui possède un appareil pharyngien comparable.
Le chevalier de rivière est un poisson d'eau vive : il privilégie les rivières de taille moyenne à grande, au courant modéré à rapide, dont le fond est composé de gravier, de galets ou de roc. Il est sensible à l'envasement et à la dégradation de la qualité de l'eau.
Répartition
L'aire de répartition de l'espèce couvre une partie de l'est de l'Amérique du Nord, principalement le bassin du Mississippi, celui des Grands Lacs et celui du Saint-Laurent. Au Canada, elle n'est présente qu'en Ontario et au Québec.
Au Québec, l'espèce est indigène et régulière. Les documents de gestion fédéraux et provinciaux signalent sa présence dans les bassins hydrographiques suivants :
- la rivière des Outaouais ;
- la rivière Richelieu ;
- la rivière Châteauguay ;
- la rivière Yamaska ;
- la rivière Saint-François ;
- le fleuve Saint-Laurent.
Ces cours d'eau se situent dans le sud du Québec, notamment en Outaouais, en Montérégie, dans le Centre-du-Québec et en Estrie. Des mentions historiques antérieures à 1988 existent pour plusieurs de ces rivières. D'après le plan de gestion fédéral, les populations des rivières des Outaouais et Richelieu sont considérées comme stables selon les données disponibles.
Le Système mondial d'information sur la biodiversité (GBIF) répertorie l'espèce sous la clé taxonomique 2358998.
Croissance et cycle de vie
Au Québec, le chevalier de rivière fraie habituellement à la fin du printemps, lorsque l'eau se réchauffe. La reproduction a lieu dans des secteurs de rapides ou de seuils peu profonds, sur un substrat de gravier et de galets bien oxygéné. Pendant cette période, les mâles développent des tubercules nuptiaux sur la tête et les nageoires.
Les œufs sont déposés sur le fond, sans soins parentaux, et se développent entre les interstices du gravier. La qualité de ces frayères, qui doivent rester exemptes de sédiments fins, conditionne le succès de la reproduction.
L'espèce a une croissance relativement lente et atteint la maturité sexuelle à un âge tardif par rapport à de nombreux autres poissons d'eau douce ; elle peut vivre de nombreuses années. Cette combinaison de maturité tardive et de besoins précis en matière d'habitat de fraie rend les populations sensibles aux perturbations.
Relations avec l'humain
Statut de conservation
Au Québec, le chevalier de rivière figure sur la liste officielle des espèces fauniques désignées vulnérables en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Son rang de conservation provincial est S2S3, ce qui indique une espèce en péril à vulnérable à l'échelle québécoise.
À l'échelle fédérale, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) l'a évalué comme espèce préoccupante, statut confirmé dans son sommaire de 2015. L'espèce est inscrite en vertu de la Loi sur les espèces en péril et fait l'objet d'un plan de gestion fédéral.
Menaces
Les principales menaces qui pèsent sur l'espèce sont :
- la construction et l'exploitation de barrages, qui fragmentent les rivières et modifient le débit ;
- l'envasement des frayères lié à l'érosion et au ruissellement agricole ;
- la pollution de l'eau et la dégradation des habitats riverains ;
- les captures accidentelles, l'espèce pouvant être confondue avec d'autres poissons, notamment la carpe commune.
Protection
La rivière Richelieu, qui abrite à la fois le chevalier de rivière et le chevalier cuivré, fait l'objet de projets de conservation d'organismes voués à la protection des milieux naturels. Des organismes riverains, comme Garde-rivière des Outaouais, mènent des activités de sensibilisation pour aider les pêcheurs à distinguer l'espèce de la carpe commune et à remettre à l'eau les individus capturés.
Relations avec les autres espèces
Le chevalier de rivière partage ses habitats avec plusieurs autres catostomes, dont le chevalier blanc, le chevalier rouge, le chevalier jaune et le chevalier cuivré. Il se nourrit sur le fond des mêmes secteurs que ces espèces, mais son appareil pharyngien spécialisé lui donne accès à des proies à coquille que la plupart des autres chevaliers exploitent peu.
La confusion avec le chevalier cuivré mérite d'être soulignée : les deux espèces appartiennent au même genre et consomment des mollusques, mais le chevalier cuivré, endémique du Québec, possède une répartition beaucoup plus restreinte et un statut de conservation plus critique. Leur cohabitation dans la rivière Richelieu fait de ce cours d'eau un site d'intérêt particulier pour la conservation des catostomes.
Les œufs et les jeunes chevaliers constituent des proies pour divers poissons piscivores et pour certains oiseaux aquatiques.
Régime alimentaire
Le chevalier de rivière est un poisson benthique qui s'alimente en fouillant le fond des rivières. Son régime comprend principalement :
- des mollusques, notamment des gastéropodes et de petits bivalves, dont il broie la coquille à l'aide de ses dents pharyngiennes ;
- des larves d'insectes aquatiques ;
- des crustacés.
La part importante de mollusques dans son alimentation le distingue des autres chevaliers du Québec, plus généralistes. Dans certaines régions de son aire de répartition, il consomme également des moules envahissantes de la famille des Dreissénidés, comme la moule zébrée. Cette spécialisation alimentaire le rend dépendant de la santé des communautés d'invertébrés benthiques, elles-mêmes sensibles à la pollution et à l'envasement.
Anecdotes
- L'épithète spécifique carinatum provient du latin carina, « carène ».
- Le nom français « chevalier » désigne, au Québec, l'ensemble des espèces du genre Moxostoma ; le nom anglais redhorse fait référence à la coloration rougeâtre des nageoires de plusieurs de ces poissons.
- Sa grande taille et sa silhouette massive expliquent qu'il soit parfois pris pour une carpe commune, espèce introduite dont il se distingue notamment par l'absence de barbillons autour de la bouche.
