Toponymie
Le nom de la rivière rappelle les Outaouais (Odawa), nation algonquienne que les Français ont rencontrée sur cette voie d'eau au XVIIe siècle et dont le nom a été étendu par métonymie au cours d'eau qu'elle fréquentait pour le commerce. Les Anishinabeg (Algonquins), occupants historiques de la vallée, désignent la rivière sous le nom de Kitchissippi (également écrit Kichi Sibi), généralement traduit par « grande rivière ».
La Commission de toponymie du Québec inscrit la forme officielle « rivière des Outaouais » à son répertoire et rattache au même radical plusieurs autres toponymes régionaux, dont « Outaouais », nom de la région administrative, et « Vallée de l'Outaouais », désignant l'ensemble géographique traversé par le cours d'eau. Le toponyme se retrouve aussi dans une multitude de noms de lieux habités, de municipalités régionales de comté et d'organismes des deux rives.
En anglais, le cours d'eau porte le nom d'Ottawa River. La ville établie sur sa rive sud sous le nom de Bytown en 1826 a été renommée Ottawa en 1855, avant de devenir la capitale fédérale.
Cours et géographie
La rivière des Outaouais prend naissance dans les hautes terres du Bouclier canadien, dans le secteur du bassin supérieur situé à l'est du réservoir Dozois. Elle décrit d'abord une longue boucle vers le nord-ouest, traverse une succession de lacs et de réservoirs, puis oblique vers le sud pour rejoindre le lac Témiscamingue, plan d'eau allongé encaissé dans une dépression de la faille du Témiscamingue.
À partir du lac Témiscamingue, la rivière constitue la limite interprovinciale entre le Québec et l'Ontario. Elle coule alors vers le sud-est en longeant le rebord du Bouclier canadien du côté québécois, tandis que sa rive ontarienne s'appuie sur les basses terres de la vallée. Le tracé alterne segments élargis en forme de lacs — lac Coulonge, lac des Chats, lac Deschênes — et resserrements ponctués de rapides et de chutes, dont les chutes des Chaudières au cœur de l'agglomération de Gatineau et d'Ottawa.
Dans sa portion aval, la rivière traverse les basses-terres de l'Outaouais, s'élargit dans le lac des Deux Montagnes, puis se divise pour rejoindre le Saint-Laurent par plusieurs bras, contournant ainsi l'île de Montréal et l'île Jésus. Sa longueur est évaluée à environ 1 271 km, ce qui en fait, selon les sources gouvernementales québécoises, la plus longue rivière du Québec.
Bassin versant et hydrologie
Le bassin versant de la rivière des Outaouais couvre 146 334 km², dont environ 65 % en territoire québécois et 35 % en Ontario. Il s'agit de l'un des plus grands bassins hydrographiques du Canada central et du principal apport en eau du fleuve Saint-Laurent en amont de Montréal.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Longueur approximative | 1 271 km |
| Superficie du bassin | 146 334 km² |
| Part québécoise du bassin | 65 % |
| Part ontarienne du bassin | 35 % |
| Exutoire | Système du fleuve Saint-Laurent, à l'ouest de Montréal |
Le régime hydrologique est de type nival : les débits culminent au printemps, à la fonte des neiges du Bouclier canadien, et atteignent leur étiage à la fin de l'hiver. De nombreux réservoirs situés dans le bassin supérieur et sur les principaux tributaires servent à laminer la crue printanière et à soutenir les débits d'étiage. La gestion coordonnée de ces ouvrages relève d'un mécanisme intergouvernemental réunissant le Canada, le Québec et l'Ontario, mis en place au début des années 1980.
Malgré cette régularisation partielle, la vallée demeure exposée aux inondations. Les crues printanières de 2017 et de 2019 ont touché de nombreuses municipalités riveraines des deux rives et ont conduit à revoir la cartographie des zones inondables ainsi que les règles d'aménagement du littoral.
Affluents
La rivière des Outaouais reçoit les eaux d'un grand nombre de tributaires, dont plusieurs comptent parmi les rivières importantes du Québec et de l'Ontario.
Principaux affluents de la rive gauche (Québec) :
- rivière Kipawa ;
- rivière Dumoine ;
- rivière Noire ;
- rivière Coulonge ;
- rivière Gatineau ;
- rivière du Lièvre ;
- rivière de la Petite Nation ;
- rivière Rouge ;
- rivière du Nord.
Principaux affluents de la rive droite (Ontario) :
- rivière Mattawa ;
- rivière Petawawa ;
- rivière Bonnechere ;
- rivière Madawaska ;
- rivière Mississippi ;
- rivière Rideau ;
- rivière Nation Sud.
Ces sous-bassins drainent des paysages contrastés : forêts mixtes et lacs du Bouclier canadien au nord, terres agricoles des basses-terres au sud. Plusieurs de ces rivières, notamment la Dumoine, la Coulonge et la Noire, sont réputées pour leur caractère peu aménagé et sont fréquentées pour le canot d'expédition.
Histoire et occupation du territoire
La vallée est habitée depuis plusieurs millénaires. Les Anishinabeg (Algonquins) y ont établi un réseau de campements et de portages qui faisait de la rivière un axe majeur d'échanges entre la vallée du Saint-Laurent, les Grands Lacs et la baie James. Des communautés algonquines demeurent aujourd'hui présentes sur le bassin, notamment à Kitigan Zibi, près de Maniwaki, et à Timiskaming.
Au début du XVIIe siècle, la rivière devient la principale route française vers l'intérieur du continent : remontée par les explorateurs, les missionnaires et les voyageurs, elle permet de gagner le lac Nipissing puis la baie Georgienne en évitant le corridor des Grands Lacs inférieurs. Elle constitue ensuite l'artère centrale de la traite des fourrures pendant près de deux siècles.
À compter du début du XIXe siècle, l'exploitation du pin blanc transforme la vallée. Le flottage du bois vers Québec, puis vers les scieries et les usines de pâtes et papiers de Hull, d'Ottawa et de Buckingham, structure l'économie régionale et l'implantation des villages riverains. Le canal Rideau, achevé en 1832, relie la rivière au lac Ontario et contribue à la naissance de Bytown, future Ottawa. La rivière donne aussi son nom à la région administrative de l'Outaouais, dont Gatineau est la principale agglomération.
Aménagements et usages
Le dénivelé important entre le bassin supérieur et l'embouchure a favorisé l'aménagement hydroélectrique du cours d'eau et de ses tributaires dès la fin du XIXe siècle. Plusieurs centrales jalonnent aujourd'hui le tracé principal, du secteur du Témiscamingue jusqu'à la centrale de Carillon, en aval, l'un des plus importants ouvrages au fil de l'eau du réseau québécois. Les tributaires majeurs, notamment la Gatineau et la rivière du Lièvre, comptent également des installations de production et des réservoirs.
Les usages contemporains de la rivière sont diversifiés :
- approvisionnement en eau potable de municipalités des deux rives, dont une partie de l'agglomération de Gatineau et d'Ottawa ;
- production hydroélectrique et régularisation des débits ;
- navigation de plaisance et croisières locales ;
- pêche sportive, canot, kayak et descente de rapides ;
- villégiature et tourisme patrimonial le long des rives.
Des traversiers assurent la liaison entre les deux provinces à plusieurs endroits, en complément des ponts interprovinciaux concentrés dans la région de Gatineau-Ottawa et à Hawkesbury.
Environnement et qualité de l'eau
Le bassin de la rivière des Outaouais abrite une faune aquatique diversifiée, comprenant notamment le doré, l'esturgeon jaune, le grand brochet, l'achigan et plusieurs espèces de meuniers et de chevaliers. Les milieux humides du secteur aval, en particulier autour du lac des Deux Montagnes, constituent des haltes migratoires importantes pour la sauvagine.
La qualité de l'eau varie fortement selon le tronçon. Les portions amont, drainant des territoires forestiers peu peuplés, présentent généralement une bonne qualité, tandis que les secteurs traversant les zones urbanisées et les terres agricoles des basses-terres subissent des apports en nutriments, en matières en suspension et en contaminants d'origine urbaine et industrielle. Le suivi de la qualité de l'eau est assuré au Québec par le ministère responsable de l'environnement, en collaboration avec les organismes de bassin versant actifs sur le territoire et avec les autorités ontariennes et fédérales.
La nature transfrontalière du bassin impose une gestion concertée entre le Québec, l'Ontario et le gouvernement fédéral, tant pour la régularisation des débits que pour la protection des habitats et la prévention des inondations.
Patrimoine et reconnaissance
La rivière des Outaouais est inscrite comme lieu historique au Répertoire du patrimoine culturel du Québec, une désignation qui souligne son rôle dans l'histoire des déplacements autochtones, de l'exploration, de la traite des fourrures et de l'industrie forestière.
Le patrimoine associé au cours d'eau est diversifié : sites archéologiques liés aux portages et aux campements anishinabeg, vestiges de l'industrie du bois, glissoires et estacades, moulins et centrales anciennes, ponts interprovinciaux, ainsi que des noyaux villageois riverains dont l'implantation reflète l'orientation du réseau hydrographique. Plusieurs musées et lieux d'interprétation des deux rives, notamment dans l'Outaouais et au Témiscamingue, présentent cette histoire.
La rivière structure aussi l'identité régionale : elle a donné son nom à la région administrative de l'Outaouais, à des municipalités régionales de comté, à des circonscriptions et à de nombreuses institutions. Son bassin fait l'objet de démarches de mise en valeur patrimoniale et écotouristique, en particulier pour les tronçons sauvages de ses affluents du Bouclier canadien.