Portrait et mode de vie
Le chevalier cuivré appartient au genre Moxostoma, qui regroupe les chevaliers, et à la famille des Catostomidés, dans l'ordre des Cypriniformes. Il se distingue des autres chevaliers du Québec par sa grande taille, son corps massif aux reflets cuivrés qui lui valent son nom et ses nageoires rougeâtres. Comme les autres membres de sa famille, il possède une bouche infère, orientée vers le bas, adaptée à l'alimentation sur le fond.
Sa caractéristique anatomique la plus remarquable réside dans ses dents pharyngiennes, robustes et molariformes, qui lui permettent de broyer les coquilles des mollusques dont il se nourrit. Cette spécialisation le distingue des autres chevaliers, dont le régime est plus varié.
L'espèce fréquente les eaux relativement chaudes de grands cours d'eau à débit modéré, sur des fonds où abondent les mollusques. Elle a été décrite scientifiquement au milieu du XXe siècle par le biologiste québécois Vianney Legendre ; son nom scientifique honore l'ichtyologiste américain Carl L. Hubbs. Au Québec, l'espèce est considérée comme indigène et régulière.
Le chevalier cuivré est discret et difficile à observer ; il cohabite avec d'autres espèces de chevaliers qui lui ressemblent, ce qui complique son identification sur le terrain et lors des captures accidentelles.
Répartition
Le chevalier cuivré est endémique du Québec : aucune population n'est connue ailleurs dans le monde. Les documents fédéraux et provinciaux font état d'une seule population au Canada.
Son aire de répartition connue est très restreinte et se concentre dans le sud-ouest du Québec :
- le fleuve Saint-Laurent, entre l'île Perrot et le lac Saint-Pierre ;
- la rivière Richelieu, jusqu'à Chambly ;
- certaines portions des rivières des Mille Îles et des Prairies ;
- certains secteurs des rivières L'Acadie et Saint-François.
Sites de fraie
Les sites de fraie connus et confirmés se trouvent dans la rivière Richelieu, notamment dans le secteur de Chambly et dans le bief aval du barrage de Saint-Ours. Cette concentration des frayères dans un seul cours d'eau rend l'espèce particulièrement vulnérable aux perturbations locales.
Données d'occurrence
La fiche du Catalogue du vivant indique 35 occurrences GBIF associées au taxon (clé taxonomique 2358995). Ce décompte non daté peut évoluer et ne constitue pas une estimation de la population.
Croissance et cycle de vie
Le chevalier cuivré est une espèce longévive à maturité sexuelle tardive, ce qui ralentit le renouvellement de sa population. Les individus n'atteignent la maturité qu'après de nombreuses années, et l'espèce peut vivre plusieurs décennies.
Reproduction
La fraie a lieu plus tard dans la saison que chez les autres chevaliers du Québec, habituellement vers la fin de juin et le début de juillet, lorsque l'eau est suffisamment chaude. Cette période coïncide avec la fête nationale du Québec, ce qui lui a valu d'être présenté comme un poisson qui fraie à la Saint-Jean-Baptiste. Les géniteurs se rassemblent sur des zones de courant à fond de gravier ou de galets, principalement dans la rivière Richelieu.
Recrutement
Les études de suivi ont mis en évidence un faible recrutement naturel, c'est-à-dire un nombre limité de jeunes survivant jusqu'à l'âge adulte. Les jeunes et les subadultes sont rarement capturés, ce qui a motivé des campagnes de recherche ciblées par le ministère responsable de la faune.
Reproduction artificielle
Depuis 2004, des géniteurs sont capturés pendant la période de fraie afin de procéder à la reproduction artificielle. Les larves et les juvéniles ainsi produits sont ensemencés dans le milieu naturel, dans le but de soutenir la population et de reconstituer le stock reproducteur.
Relations avec l'humain
Statut légal
Au Québec, le chevalier cuivré est désigné espèce menacée depuis 1999 en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Son rang de précarité à l'échelle provinciale est S1, soit « gravement en péril ».
À l'échelle fédérale, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) l'a évalué comme espèce en voie de disparition en 2004. Il a été inscrit à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril en 2007, statut reconfirmé par la suite.
Pêche
La pêche sportive et commerciale du chevalier cuivré est interdite. Tout individu capturé accidentellement dans son aire de répartition doit être remis à l'eau immédiatement.
Menaces
L'espèce subit les effets cumulés de plusieurs pressions d'origine humaine dans l'un des secteurs les plus peuplés et les plus exploités du Québec : dégradation et fragmentation des habitats, barrages entravant les déplacements, apport de sédiments et de contaminants d'origine agricole, urbaine et industrielle, et modification des communautés de mollusques.
Mesures de rétablissement
Un plan de rétablissement a été élaboré par le ministère québécois responsable de la faune. Parmi les mesures mises en œuvre figurent la reproduction artificielle et les ensemencements, le suivi de la population, la protection des frayères de la rivière Richelieu et l'aménagement d'une passe migratoire au barrage de Saint-Ours, sur le site administré par Parcs Canada. Des organismes comme la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec) participent aussi à la sensibilisation et à la défense de l'habitat.
Relations avec les autres espèces
Le chevalier cuivré partage son habitat avec quatre autres espèces de chevaliers présentes au Québec : le chevalier rouge, le chevalier blanc, le chevalier jaune et le chevalier de rivière. Ces espèces apparentées fréquentent des milieux semblables.
La ressemblance entre ces espèces pose des difficultés d'identification, en particulier chez les juvéniles, et complique l'évaluation précise de la population de chevaliers cuivrés.
Les mollusques constituent le maillon essentiel de son écologie. Toute modification des populations de gastéropodes et de bivalves des fonds du Saint-Laurent et de ses tributaires influe directement sur la disponibilité de sa nourriture. La disponibilité des mollusques est importante pour l'alimentation du chevalier cuivré.
Régime alimentaire
Le chevalier cuivré est un poisson benthique, qui se nourrit sur le fond des cours d'eau. Son régime est dominé par les mollusques, notamment les gastéropodes, qu'il broie à l'aide de ses puissantes dents pharyngiennes molariformes.
Cette spécialisation alimentaire est unique parmi les chevaliers du Québec. Elle lui permet d'exploiter une ressource peu utilisée par les espèces apparentées, mais elle le rend aussi dépendant de la santé des communautés de mollusques et de la qualité des sédiments dans lesquels ceux-ci vivent.
Les herbiers et les zones peu profondes riches en végétation aquatique jouent un rôle important pour l'alimentation et la croissance des jeunes, d'où l'importance de leur protection dans les secteurs fréquentés par l'espèce.
Anecdotes
- Le chevalier cuivré est la seule espèce de vertébré dont l'aire de répartition mondiale est exclusive au Québec, ce qui lui vaut parfois le surnom de poisson « québécois pure laine ».
- Sa période de fraie tardive, qui coïncide avec la fête nationale du Québec, a souvent été soulignée dans les médias.
- La passe migratoire aménagée au barrage de Saint-Ours, sur la rivière Richelieu, porte le nom de Vianney Legendre, le biologiste qui a décrit l'espèce. Le site, géré par Parcs Canada, fait partie du lieu historique national du Canada du Canal-de-Saint-Ours.
- Un refuge faunique a été établi dans la rivière Richelieu, dans le secteur de Chambly, afin de protéger l'une des principales frayères de l'espèce.
- Le chevalier cuivré figure parmi les espèces emblématiques de la conservation de la biodiversité aquatique du Saint-Laurent, en raison de son caractère endémique et de sa situation précaire.
