Portrait et mode de vie
La chevêche des terriers est un petit rapace de l'ordre des Strigiformes et de la famille des Strigidés, apparenté aux autres chevêches du genre Athene. Elle se reconnaît à sa silhouette dressée, à ses longues pattes peu emplumées et à sa queue courte, des traits qui traduisent une adaptation à la vie terrestre plutôt qu'arboricole. Son plumage brun, tacheté et barré de blanc, se confond avec les sols secs et les herbes rases des milieux qu'elle fréquente. Sa tête arrondie, dépourvue d'aigrettes, porte des yeux jaunes surmontés de sourcils pâles.
Contrairement à la plupart des hiboux et des chouettes, l'espèce est souvent active le jour et au crépuscule. On l'observe fréquemment perchée à l'entrée de son terrier, sur un monticule ou un piquet de clôture, d'où elle surveille les environs. Elle chasse à l'affût ou en courant au sol, et peut aussi capturer des proies en vol stationnaire.
Son nom rappelle son trait le plus distinctif : elle utilise des terriers, généralement creusés et abandonnés par des mammifères fouisseurs, qu'elle peut réaménager ou agrandir. Ces terriers lui servent d'abri, de site de nidification et de refuge contre les prédateurs. Le terme « chevêche des terriers » est la dénomination française retenue par l'Office québécois de la langue française ; on rencontre aussi, dans certains ouvrages, l'appellation « chouette des terriers ».
Répartition
L'aire de répartition de la chevêche des terriers couvre une grande partie des Amériques, des prairies du sud du Canada jusqu'en Amérique du Sud. Les populations nicheuses du nord de l'aire sont migratrices et passent l'hiver plus au sud.
Au Canada
Au Canada, l'espèce est associée aux prairies de l'Ouest. Les documents fédéraux mentionnent principalement l'Alberta et la Saskatchewan, avec des populations très réduites ou issues de réintroductions au Manitoba et en Colombie-Britannique. Elle n'y occupe que des sites précis : des milieux ouverts à herbes courtes, souvent des pâturages, où des mammifères fouisseurs fournissent des terriers disponibles.
Au Québec
Le Québec se situe loin à l'est de l'aire de nidification de l'espèce. La chevêche des terriers y est considérée comme rare ou accidentelle : les mentions correspondent à des individus égarés, observés de façon occasionnelle, notamment au printemps, et aucune population n'y est établie. Le catalogue du vivant la classe comme espèce indigène à présence accidentelle ou non régulière.
| Caractéristique | Québec |
|---|---|
| Origine | Indigène |
| Régularité | Accidentelle ou non régulière |
| Rang de conservation | SNA |
| Mention au catalogue (champ LEMV) | Non suivie |
Le rang SNA indique qu'un rang de conservation n'est pas applicable à l'échelle de la province.
Croissance et cycle de vie
Dans les prairies canadiennes, la chevêche des terriers est une nicheuse estivale. Les adultes reviennent de leurs quartiers d'hiver au printemps et s'installent dans un terrier, souvent un terrier déjà utilisé ou creusé par un mammifère fouisseur. Le mâle défend les abords du nid et participe à l'approvisionnement de la femelle.
La femelle pond ses œufs au fond du terrier et assure l'essentiel de l'incubation, pendant que le mâle chasse pour elle. Les couvées comptent plusieurs œufs. Après l'éclosion, les jeunes restent d'abord dans le terrier, puis se montrent de plus en plus à l'entrée, où ils attendent les proies rapportées par les adultes. Ils explorent ensuite les terriers voisins avant d'acquérir leur indépendance au cours de l'été.
À la fin de la saison de nidification, les oiseaux des populations canadiennes migrent vers le sud. Les documents fédéraux soulignent que les terriers de nidification demeurent importants d'une année à l'autre, ce qui justifie leur protection même en dehors de la période d'occupation.
Statut et relations avec l'humain
La chevêche des terriers est l'une des espèces d'oiseaux les plus menacées des prairies canadiennes. Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) l'a désignée en voie de disparition, désignation confirmée lors de sa réévaluation de 2017. L'espèce est inscrite comme espèce en voie de disparition à l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral.
Les populations canadiennes ont subi de forts déclins. Parmi les facteurs généralement évoqués figurent la conversion des prairies naturelles en cultures, la raréfaction des mammifères fouisseurs qui fournissent les terriers, les collisions routières, l'utilisation de pesticides et les conditions rencontrées pendant la migration et en hiver.
Protection de la résidence
En vertu de la LEP, les sites de nidification occupés sont considérés comme des résidences protégées. Environnement et Changement climatique Canada décrit la résidence en fonction de la période d'occupation et des terriers de nidification, qui restent protégés après leur utilisation.
Rétablissement
Un programme de rétablissement fédéral a été publié en 2012. Les mesures portent notamment sur la conservation de l'habitat de prairie, le maintien de la disponibilité des terriers et la réduction des perturbations humaines. Des organismes de conservation, des propriétaires de ranchs et des parcs nationaux, comme le parc national des Prairies en Saskatchewan, participent à ces efforts, qui comprennent aussi des programmes d'élevage et de réintroduction.
Au Québec, le catalogue du vivant porte la mention « Non suivie » dans son champ LEMV.
Relations avec les autres espèces
La chevêche des terriers dépend étroitement des mammifères fouisseurs. Dans les prairies canadiennes, elle occupe surtout des terriers creusés par des spermophiles ou des blaireaux, ailleurs dans son aire par des chiens de prairie. Le déclin de ces mammifères réduit directement le nombre de sites de nidification disponibles, ce qui fait de leur conservation un enjeu indissociable de celle de la chouette.
Les pâturages entretenus par le bétail ou par les grands herbivores favorisent le maintien d'une végétation rase, qui facilite la détection des prédateurs et la chasse. Plusieurs études ont décrit l'habitude de l'espèce de disposer des excréments d'herbivores autour de l'entrée du terrier, un comportement qui attirerait des insectes consommés par les chouettes.
Petite et nichant au sol, la chevêche des terriers est exposée à de nombreux prédateurs, notamment des mammifères carnivores comme les renards, les coyotes, les blaireaux et les chats, ainsi que des rapaces diurnes et nocturnes plus grands. Le terrier constitue sa principale protection.
Régime alimentaire
La chevêche des terriers est un prédateur opportuniste dont le régime varie selon la saison et la disponibilité des proies. Il se compose principalement de deux grandes catégories :
- Invertébrés : les insectes, en particulier les sauterelles, les criquets et les coléoptères, occupent une place importante, surtout en été ;
- Petits vertébrés : campagnols, souris et autres petits rongeurs, auxquels s'ajoutent à l'occasion des amphibiens, des reptiles ou de petits oiseaux.
Elle chasse de jour comme de nuit, à partir d'un perchoir bas, en courant au sol ou en vol. Pendant l'élevage des jeunes, l'approvisionnement repose surtout sur le mâle, qui rapporte les proies au terrier. Comme chez les autres Strigidés, les parties non digérées des proies sont régurgitées sous forme de pelotes, que l'on trouve souvent aux abords des terriers.
Anecdotes
- Le nom scientifique cunicularia dérive du latin et évoque un « mineur » ou un « creuseur de galeries », en référence à son usage des terriers.
- Dérangés dans leur terrier, les jeunes émettent un son rappelant la crécelle d'un serpent à sonnette, un comportement souvent interprété comme une forme de dissuasion envers les prédateurs.
- Au Québec, les observations de l'espèce sont rares et surviennent hors de son aire de nidification canadienne habituelle.
