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Le vivant

Choquemort

Le choquemort (Fundulus heteroclitus) est un petit poisson indigène de la famille des Fundulidés, propre aux eaux côtières de l'Atlantique Nord-Ouest. Au Québec, il fréquente les marais salés, les estuaires et les étangs côtiers de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent, notamment en Gaspésie. Réputé pour sa tolérance aux variations de salinité, de température et d'oxygène, il joue un rôle important dans les réseaux trophiques des marais maritimes. Il sert aussi de modèle expérimental et d'espèce indicatrice en recherche. Son rang de situation pour la conservation au Québec est S5.

Observations au Québec

27 occurrences GBIF.

Traces et indices

Traces et indices de Choquemort
Visuel documentaire des traces typiques
  • Petits bancs de poissons trapus de 5 à 12 cm, gris-vert à olive, dans les mares et cuvettes des marais salés à marée basse.
  • Poissons encore vivants et actifs dans des flaques isolées, peu profondes et chaudes, où presque aucune autre espèce ne subsiste.
  • Nuages de vase soulevés brusquement quand on approche : le choquemort s'enfouit dans le fond mou pour se cacher.
  • Œufs ambrés d'environ 2 mm, collants, déposés dans des coquilles de moules vides ou à la base des feuilles de spartine, au niveau des grandes marées.
  • Activité de fraye plus intense lors des marées de vives-eaux, de mai à août, dans la zone haute du marais.
  • Individus entrant dans le marais par les petits chenaux à marée montante, puis en ressortant au jusant.
  • Mâles reproducteurs aux flancs sombres ponctués de taches claires et nageoires dorsale et anale élargies, femelles plus pâles.
  • Présence fréquente près des estuaires du Saint-Laurent, de la baie des Chaleurs et des îles de la Madeleine, souvent avec des épinoches.

Portrait et mode de vie

Le choquemort est un poisson de petite taille appartenant à l'ordre des Cyprinodontiformes et à la famille des Fundulidés. Son corps est trapu, légèrement comprimé latéralement, avec une tête aplatie sur le dessus, une bouche orientée vers le haut et une nageoire caudale arrondie. La coloration générale est olivâtre à brunâtre sur le dos et plus pâle sur le ventre, souvent marquée de fines barres verticales plus ou moins visibles.

En période de reproduction, les mâles se distinguent par une livrée plus foncée ponctuée de taches claires et un ventre teinté de jaune, tandis que les femelles demeurent plus ternes. Les adultes mesurent habituellement quelques centimètres et dépassent rarement une douzaine de centimètres.

L'espèce est grégaire : elle se déplace en bancs près de la surface, dans les eaux peu profondes, calmes ou stagnantes. Elle est dite euryhaline et eurytherme, c'est-à-dire capable de supporter de grandes variations de salinité et de température. Elle tolère aussi des concentrations d'oxygène dissous faibles, ce qui lui permet de subsister dans les cuvettes isolées à marée basse. À l'approche de l'hiver, le choquemort gagne des eaux plus profondes ou s'enfouit dans les sédiments meubles des marais et des chenaux.

Au Québec, le choquemort est classé comme espèce indigène à présence régulière. Son rang de situation pour la conservation est S5. La fiche du Catalogue du vivant indique « Non suivie » au champ « Statut LEMV ».

Répartition

L'aire de répartition naturelle du choquemort s'étend le long de la côte atlantique de l'Amérique du Nord, du golfe du Saint-Laurent et des provinces maritimes jusqu'au sud-est des États-Unis. L'espèce est étroitement liée à la bande côtière et ne s'éloigne guère des milieux intertidaux et saumâtres.

Au Québec, elle est associée principalement aux milieux côtiers de l'est de la province :

  • les marais salés et les marais maritimes de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent ;
  • les estuaires de rivières et les lagunes, notamment dans le sud de la Gaspésie et la baie des Chaleurs ;
  • les étangs côtiers et plans d'eau saumâtres, dont certains inventoriés sur la Côte-Nord.

Les inventaires régionaux la signalent comme un représentant typique des marais maritimes et parfois comme une espèce abondante dans les habitats littoraux peu profonds. Des travaux menés par des comités ZIP et des universités québécoises ont documenté sa présence dans plusieurs milieux humides côtiers.

Bien qu'on le rencontre surtout en eau salée ou saumâtre, le choquemort peut occuper des eaux presque douces à la tête des estuaires. La fiche du Catalogue du vivant indique 27 occurrences GBIF, sans préciser leur périmètre géographique ; ce nombre ne mesure pas l'abondance de l'espèce.

Croissance et cycle de vie

La reproduction du choquemort a lieu au printemps et en été, lorsque l'eau se réchauffe. Les mâles adoptent alors leur livrée nuptiale et courtisent les femelles dans les eaux peu profondes des marais.

La ponte est synchronisée avec les grandes marées. Les femelles déposent leurs œufs dans des sites humides du haut marais, par exemple au pied de la végétation, dans les débris végétaux ou dans des coquilles vides de mollusques. Les œufs, qui résistent temporairement à l'exposition à l'air, se développent pendant que la marée se retire, puis éclosent lorsque l'eau les recouvre de nouveau lors d'une marée haute subséquente.

Les larves et les juvéniles se développent dans les cuvettes, les rigoles et les chenaux du marais, où ils trouvent nourriture et abri. La croissance est rapide durant la belle saison et ralentit fortement en hiver. La maturité sexuelle est atteinte généralement dès la première ou la deuxième année. La longévité de l'espèce est courte, de l'ordre de quelques années.

Ce cycle de vie étroitement lié au rythme des marées fait du choquemort une espèce dépendante de l'intégrité du haut marais. Toute modification de ces milieux (endiguement, remblayage, envahissement par des plantes exotiques) peut réduire la disponibilité des sites de ponte et d'alevinage.

Relations avec l'humain

Le choquemort est nommé dans le Règlement de pêche du Québec (1990), pris en vertu de la Loi sur les pêches fédérale, où il figure sous son nom anglais, mummichog, et son nom scientifique, dans des dispositions touchant certaines pêches.

L'espèce occupe une place importante en recherche scientifique. Sa robustesse, sa facilité d'élevage et sa grande tolérance physiologique en font un organisme modèle en physiologie, en toxicologie et en biologie du développement. Au Québec et au Canada atlantique, il a servi :

  • d'espèce indicatrice pour évaluer les effets sous-létaux des contaminants dans les milieux côtiers, notamment dans des rapports d'Environnement Canada et de Pêches et Océans Canada ;
  • de modèle expérimental pour étudier la tolérance à la salinité, notamment dans des mémoires de l'Université du Québec à Rimouski ;
  • de sujet d'étude pour mesurer l'effet de l'envahissement des milieux humides par le roseau commun (Phragmites australis), dans des travaux de l'Université Laval.

Le mot « choquemort » est répertorié dans le Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française et dans le dictionnaire Usito de l'Université de Sherbrooke comme désignation française de Fundulus heteroclitus.

Relations avec les autres espèces

Dans les marais maritimes, le choquemort constitue un maillon central du réseau alimentaire. Consommateur abondant de petits invertébrés, il transfère l'énergie produite dans le marais vers les prédateurs de niveau supérieur et vers les eaux côtières adjacentes.

Il est la proie de nombreux animaux :

  • oiseaux échassiers et plongeurs, dont les hérons, les aigrettes, les sternes et les martins-pêcheurs ;
  • poissons prédateurs qui fréquentent les estuaires et les zones littorales ;
  • certains crabes et autres invertébrés prédateurs, surtout aux stades d'œuf et de larve.

Le choquemort partage souvent ses habitats avec d'autres petits poissons côtiers, comme les épinoches. Il ne doit pas être confondu avec le fondule barré (Fundulus diaphanus), une espèce apparentée plutôt associée aux eaux douces, qui figure distinctement dans les listes réglementaires et fauniques et dont certaines populations font l'objet d'évaluations par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Les deux espèces peuvent se côtoyer dans les zones de transition entre eau douce et eau saumâtre.

La qualité de l'habitat du choquemort dépend aussi de la végétation du marais. Des travaux québécois ont porté sur les répercussions de l'expansion du roseau commun, une plante envahissante, sur l'utilisation des marais par ce poisson.

Régime alimentaire

Le choquemort est un poisson omnivore et opportuniste. Il se nourrit en surface, dans la colonne d'eau et sur le fond, en fonction des ressources disponibles au fil des marées et des saisons.

Son alimentation comprend notamment :

  • des larves d'insectes, dont des larves de diptères qui abondent dans les marais ;
  • de petits crustacés, comme les amphipodes, les copépodes et les jeunes crevettes ;
  • des vers marins (polychètes) ;
  • des mollusques de petite taille ;
  • des algues, des débris végétaux et de la matière organique en décomposition ;
  • à l'occasion, des œufs et des alevins d'autres poissons.

L'espèce profite de la marée montante pour pénétrer dans le marais inondé, où elle s'alimente activement parmi la végétation, puis se replie dans les chenaux et les cuvettes à marée descendante. Ce comportement relie la production biologique du haut marais à celle des eaux côtières.

En consommant de grandes quantités de larves d'insectes, le choquemort contribue à limiter les populations de moustiques dans les marais salés, un rôle souvent souligné dans la littérature sur les milieux côtiers de l'Atlantique.

Anecdotes

  • Ses œufs peuvent survivre un certain temps hors de l'eau, ce qui permet à l'espèce de pondre dans des zones que la mer ne recouvre qu'aux grandes marées.
  • Sa capacité à supporter des eaux très polluées a fait de certaines populations nord-américaines des cas d'étude sur l'adaptation rapide des organismes aux contaminants industriels.
  • En hiver, il peut s'enfouir dans la vase des marais pour passer la saison froide, une stratégie qui lui permet de survivre dans des milieux où l'eau devient très froide.

Sources

  1. Savoirs.Québec, Catalogue du vivant — fiche Choquemort
  2. GBIF — Fundulus heteroclitus (taxon 5712056)
  3. Office québécois de la langue française, Vitrine linguistique (GDT) — « choquemort »
  4. Université de Sherbrooke, Usito — « choquemort »
  5. Pêches et Océans Canada — Au bord de la mer : guide de la zone côtière
  6. Gouvernement du Canada — Règlement de pêche du Québec (1990)
  7. Pêches et Océans Canada — fiche technique sur le choquemort
  8. Pêches et Océans Canada — indicateurs d'effets sous-létaux
  9. Comité ZIP Baie des Chaleurs — Milieux humides du sud de la Gaspésie
  10. COSEPAC — Rapport de situation sur le fondule barré
  11. Université Laval — Mémoire sur Fundulus heteroclitus et l'envahissement des milieux humides (Larochelle, 2011)
  12. Université du Québec à Rimouski — Mémoire sur la salinité et le choquemort (Fortin, 2006)
  13. Environnement Canada — Rapport sur le choquemort et les contaminants
  14. Comité ZIP Côte-Nord — Inventaires de la faune ichtyenne et benthique

Recherche documentaire

Références recueillies lors de la recherche web du dossier, en complément des sources citées dans le texte.

  1. Gouvernement du Canada, Lois et règlements — version anglaise consolidée du *Quebec Fishery Regulations, 1990*
  2. Université Laval — rapport sur le roseau commun et les milieux humides du Québec
  3. Université du Québec — mémoire mentionnant le choquemort comme modèle expérimental
  4. [PDF] Poissons d'eau douce du Québec - APLL
  5. Microsoft Word - CYCLE 4 FINAL REPORT Feb 28 2007 Final French.doc

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5 · Comité — OpenAI — GPT 6 Sol · Comité — Anthropic — Claude Opus 5 5 · Arbitrage — GPT 6 Sol · Visuel — Organisme dans son milieu — Catalogue · Visuel — Organisme détouré — Catalogue · Comité visuel — OpenAI — GPT 6 Sol · Comité visuel — Anthropic — Claude Opus 5 5 · Arbitrage visuel — GPT 6 Sol · Visuel — Traces et indices — GPT Image 2.5 Sunburst

Mots-clés : choquemort, fundulus heteroclitus, poisson, fundulidés, marais salé, estuaire du saint-laurent, gaspésie, bioindicateur, poisson-appât

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