Portrait et mode de vie
Le Combattant varié est un limicole de taille moyenne de l'ordre des Charadriiformes. Il est classé dans le genre Calidris, qui regroupe notamment les bécasseaux. Il était auparavant placé dans un genre distinct, Philomachus, et ce nom figure encore dans plusieurs ouvrages. Son nom anglais est Ruff.
L'espèce présente un dimorphisme sexuel marqué :
- Mâle nuptial : il porte au printemps une collerette et des touffes auriculaires érectiles. Leur coloration varie beaucoup d'un individu à l'autre, du noir au roux et au blanc, unie ou barrée. Le mâle est nettement plus grand que la femelle.
- Femelle et jeunes : leur plumage est brun écaillé et beaucoup plus discret. Il peut rappeler celui d'autres bécasseaux ou chevaliers.
- Plumage internuptial : hors de la période de reproduction, le mâle perd ses ornements et ressemble davantage à la femelle.
L'espèce fréquente les prairies humides, les marais, les rives vaseuses et les plans d'eau peu profonds. Elle s'y nourrit en marchant et en picorant. Grégaire hors de la saison de nidification, elle se déplace souvent en groupes.
Répartition
Aire mondiale
Le Combattant varié niche dans les zones humides et la toundra du nord de l'Eurasie, de la Scandinavie jusqu'à la Sibérie. Il hiverne principalement en Afrique subsaharienne ; une partie de la population hiverne aussi en Asie du Sud et en Europe de l'Ouest. En Amérique du Nord, il est un migrateur égaré, noté surtout sur les côtes.
Au Québec
L'espèce est inscrite comme indigène au catalogue du vivant. Le catalogue la qualifie aussi de « régulière », tandis que les inventaires ornithologiques québécois la traitent comme un visiteur rare ou accidentel. Sa présence correspond à des individus isolés, en migration erratique, et non à une population établie. Un bulletin du Club d'ornithologie du Haut-Richelieu mentionne le secteur de Saint-Blaise-sur-Richelieu, en Montérégie, comme un lieu où l'espèce a été observée à plusieurs reprises.
Situation générale au Québec (WildSpecies)
| Année | Statut général au Québec |
|---|---|
| 2020 | Non applicable |
| 2015 | Non applicable |
| 2010 | Sensible |
| 2005 | Accidentelle |
| 2000 | Accidentelle |
Le rang de conservation provincial indiqué au catalogue est SNA (non applicable).
Croissance et cycle de vie
La reproduction du Combattant varié repose sur un système d'arènes, appelées leks. Au printemps, les mâles se rassemblent sur des sites traditionnels, souvent des prairies humides légèrement surélevées. Ils y paradent, collerette déployée, et s'y affrontent par des sauts et des coups de bec, le plus souvent ritualisés. Les femelles visitent ces arènes pour choisir un partenaire.
Trois types de mâles coexistent :
- les mâles territoriaux, généralement à collerette foncée, qui défendent un petit emplacement sur l'arène ;
- les mâles satellites, généralement à collerette claire, qui ne défendent pas de territoire et sont tolérés par les territoriaux ;
- une petite proportion de mâles au plumage semblable à celui des femelles, qui s'insèrent discrètement dans l'arène.
Ces stratégies sont héréditaires. Des travaux de génétique publiés en 2016 les ont associées à une inversion chromosomique.
Le mâle ne participe pas à l'élevage des jeunes. La femelle aménage seule un nid au sol, dissimulé dans la végétation d'une zone humide. Elle y pond habituellement quatre œufs, qu'elle couve seule. Les poussins sont nidifuges : ils quittent le nid peu après l'éclosion et se nourrissent eux-mêmes sous la surveillance de la femelle. Après la nidification, les oiseaux entreprennent une longue migration vers leurs quartiers d'hiver.
Relations avec l'humain
Au Québec, le Combattant varié est avant tout une rareté ornithologique. Chaque mention attire l'attention des observateurs, qui se déplacent souvent pour voir l'oiseau. Les clubs d'ornithologie régionaux relaient ces observations dans leurs bulletins et leurs listes, comme le font les regroupements provinciaux.
Sur le plan de la conservation, WildSpecies Canada n'indique pas de désignation comme espèce en péril dans ce cadre. Au Québec, le catalogue du vivant porte la mention « Non suivie » dans son champ LEMV. À l'échelle mondiale, elle est classée dans la catégorie « préoccupation mineure » de l'Union internationale pour la conservation de la nature. Plusieurs populations nicheuses européennes ont toutefois décliné, en raison notamment du drainage et de l'intensification agricole des prairies humides.
Le mot « combattant » désigne l'oiseau dans l'usage courant du français, par allusion au comportement des mâles sur les arènes. Les dictionnaires de langue, dont Usito, en font état.
Relations avec les autres espèces
En halte migratoire et en hivernage, le Combattant varié se mêle volontiers à d'autres limicoles. Il côtoie des bécasseaux, des chevaliers et des barges dans les vasières et les marais peu profonds. Les individus égarés en Amérique du Nord sont d'ailleurs souvent repérés au sein de groupes de limicoles indigènes. Au Québec, il peut s'agir notamment le Petit Chevalier et le Grand Chevalier.
Comme les autres oiseaux de rivage nichant au sol, l'espèce est exposée à la prédation. Ses œufs et ses poussins attirent les renards, les corvidés, les goélands et les labbes. Les adultes peuvent être capturés par des rapaces, comme les faucons. La femelle se fie au camouflage de son plumage et de son nid.
Hors de la période de nidification, les grands rassemblements de l'espèce en Afrique contribuent au réseau alimentaire des zones humides. Ils y exploitent les ressources en invertébrés et en graines.
Régime alimentaire
Le Combattant varié se nourrit surtout d'invertébrés, qu'il capture en picorant au sol, dans la vase ou en eau peu profonde. En période de nidification, son régime comprend principalement :
- des insectes adultes et leurs larves, notamment des diptères et des coléoptères ;
- des larves aquatiques ;
- de petits mollusques et crustacés ;
- des vers.
En migration et en hivernage, le régime devient plus varié. L'espèce consomme alors aussi des graines de plantes aquatiques et de graminées. Dans certaines régions d'hivernage, elle se nourrit de grains dans les rizières et les champs cultivés.
Les individus observés au Québec fréquentent des milieux semblables à ceux des limicoles locaux : vasières, rives exondées, champs inondés au printemps et bassins peu profonds.
Anecdotes
- Les noms scientifiques de l'espèce rappellent le comportement des mâles. Pugnax signifie « combatif » en latin, et l'ancien nom de genre Philomachus signifie en grec « qui aime le combat ».
- Les mâles au plumage de femelle constituent l'un des cas classiques de stratégie de reproduction alternative étudiés chez les oiseaux.
- Le passage de Philomachus à Calidris découle d'études génétiques qui ont montré la proximité de l'espèce avec les bécasseaux. Cette révision explique la coexistence des deux noms dans les guides d'identification.
