Portrait et mode de vie
Le condylure à nez étoilé est le seul représentant actuel du genre Condylura. Il appartient à la famille des Talpidae, qui regroupe les taupes et leurs proches parents, classée dans l'ordre des Soricomorpha (aujourd'hui souvent intégré aux Eulipotyphla).
Description
L'animal mesure environ 15 à 20 cm de longueur totale, dont une queue relativement longue pour une taupe, et pèse habituellement de 35 à 75 g. Son pelage dense, brun foncé à noirâtre, est hydrofuge. Ses pattes antérieures, larges et munies de fortes griffes, sont adaptées au creusage, tandis que ses yeux, très petits, ne jouent qu'un rôle secondaire.
Le trait le plus distinctif est l'étoile nasale : 22 appendices charnus, répartis en 11 paires autour des narines. Ces appendices portent des dizaines de milliers de récepteurs tactiles microscopiques, les organes d'Eimer, reliés au cerveau par un réseau nerveux très dense. La vue et l'odorat étant faibles, l'étoile sert surtout à explorer le sol et le fond de l'eau par le toucher.
Mode de vie
Contrairement à la plupart des taupes, le condylure est semi-aquatique. Il creuse des galeries peu profondes dans les sols détrempés, dont certaines débouchent directement dans l'eau, et nage avec aisance. Il est actif le jour comme la nuit et en toute saison ; en hiver, il continue de chasser sous la neige et sous la glace des étangs et des ruisseaux.
Répartition
Le condylure à nez étoilé est une espèce de l'est de l'Amérique du Nord. Son aire s'étend grosso modo du Labrador et du sud-est du Manitoba jusqu'au nord-est des États-Unis, avec un prolongement vers le sud le long des Appalaches.
Au Québec
L'espèce est indigène et présente de façon régulière. Elle occupe la majeure partie du sud et du centre de la province, mais elle est absente de l'extrême nord. Selon les sources gouvernementales québécoises, elle ne se trouve ni sur l'île d'Anticosti ni aux Îles-de-la-Madeleine.
Habitat
Le condylure recherche les sols meubles et humides, riches en matière organique :
- tourbières, marais et marécages ;
- prés humides et bordures de ruisseaux, de lacs et d'étangs ;
- forêts au sol mal drainé ;
- occasionnellement, terrains aménagés humides, jardins et potagers situés près de l'eau.
Sa présence est souvent révélée par de petits monticules de terre à la surface du sol, formés lors du creusage des galeries, plutôt que par l'observation directe de l'animal, discret et rarement aperçu.
Croissance et cycle de vie
La reproduction du condylure à nez étoilé est saisonnière. L'accouplement a lieu à la fin de l'hiver ou au printemps, et la gestation dure environ un mois et demi.
La femelle met bas généralement une portée par année, généralement de deux à sept petits, dans un nid de végétation sèche aménagé dans une chambre de galerie située au-dessus du niveau de l'eau, souvent sous une souche ou un billot. À la naissance, les petits sont nus et dépendants ; leur étoile nasale est déjà formée, mais repliée contre le museau. Ils se développent rapidement et quittent le nid au bout de quelques semaines. Ils atteignent la maturité sexuelle vers l'âge de dix mois, soit dès le printemps suivant leur naissance.
Une particularité saisonnière concerne la queue : à l'approche de l'hiver et de la période de reproduction, elle s'épaissit sensiblement en accumulant des réserves de graisse, qui sont ensuite mobilisées.
La longévité en nature est courte, de l'ordre de trois à quatre ans au plus.
Régime alimentaire
Le condylure est un insectivore au sens large. Il se nourrit principalement d'invertébrés trouvés dans le sol humide et au fond de l'eau :
- larves d'insectes aquatiques ;
- vers de terre et autres annélides ;
- petits crustacés et mollusques ;
- insectes terrestres et leurs larves ;
- à l'occasion, petits poissons.
Il localise ses proies par le toucher en balayant sans cesse le substrat de son étoile nasale. Lorsqu'un appendice détecte un objet intéressant, l'animal oriente aussitôt vers celui-ci les deux appendices centraux, les plus sensibles, pour l'identifier avant de le saisir. Cette technique lui permet de repérer et d'avaler de très petites proies en une fraction de seconde.
Le ministère québécois responsable de la faune souligne qu'il consomme de nombreux insectes nuisibles aux cultures et aux jardins.
Relations avec les autres espèces
Petit et vulnérable hors de ses galeries, le condylure à nez étoilé est la proie de nombreux prédateurs, tant terrestres qu'aériens et aquatiques :
- rapaces diurnes et nocturnes, notamment les buses et les hiboux ;
- mammifères carnivores, comme les renards, les mouffettes, le vison et les belettes ;
- grenouilles de grande taille et poissons prédateurs, qui peuvent le capturer lorsqu'il nage.
En tant que consommateur d'invertébrés, il occupe une place intermédiaire dans les réseaux alimentaires des milieux humides, où il partage ses ressources avec d'autres petits mammifères insectivores, comme les musaraignes.
Par ses galeries, il remue et aère le sol.
Relations avec l'humain
Le condylure à nez étoilé est parfois appelé, dans l'usage courant, « taupe à nez étoilé ».
Statut
| Système | Statut |
|---|---|
| Rang de précarité provincial | S5 (non en péril) |
| Suivi LEMV dans la fiche du catalogue | Non suivie |
| Situation générale des espèces sauvages au Canada (Québec, 2015 et 2020) | En sécurité |
L'espèce ne figure donc pas parmi les espèces à risque au Québec. Comme les autres habitants des milieux humides, elle demeure toutefois tributaire de la conservation des tourbières, des marais et des rives.
Perception
Le ministère québécois responsable de la faune présente le condylure comme un animal utile, qui consomme des insectes nuisibles et aère les sols. Les monticules qu'il forme peuvent néanmoins être perçus comme une nuisance dans les pelouses et les potagers humides. Son apparence inhabituelle en fait par ailleurs un sujet de choix pour la vulgarisation scientifique et l'éducation à la nature, notamment dans les établissements zoologiques et les activités jeunesse gouvernementales.
Écotoxicologie
Le Centre d'expertise en analyse environnementale du Québec a compilé des paramètres d'exposition propres à l'espèce, utilisés dans l'évaluation des risques que posent les contaminants pour les mammifères des milieux humides.
Anecdotes
- Un mangeur record. Des travaux en neurobiologie ont montré que le condylure peut identifier et avaler une petite proie en un peu plus d'un dixième de seconde, ce qui le place parmi les mammifères qui se nourrissent le plus rapidement.
- Flairer sous l'eau. L'animal est capable de sentir sous l'eau : il expire de petites bulles d'air contre un objet, puis les réinhale pour en capter les odeurs.
- Une étoile tactile. Les appendices de l'étoile nasale servent surtout au toucher; l'animal peut néanmoins percevoir des odeurs sous l'eau.
- Une queue garde-manger. En hiver, la queue de l'animal peut s'épaissir de façon marquée en stockant des graisses de réserve.
- Un genre à lui seul. Condylura cristata est l'unique espèce vivante de son genre.
