Portrait et mode de vie
Le Durbec des sapins est un passereau de l’ordre des Passeriformes et de la famille des Fringillidés, qui regroupe notamment les roselins, les becs-croisés et les sizerins. Il est l’unique représentant du genre Pinicola. Il compte parmi les plus grands fringillidés de l’Amérique du Nord, avec une silhouette trapue, une longue queue légèrement échancrée et un bec court, épais et conique.
Le plumage présente un dimorphisme sexuel marqué :
- le mâle adulte arbore une teinte rose rougeâtre sur la tête, la poitrine et le dos, contrastant avec des flancs gris ;
- la femelle et le jeune sont surtout gris, avec la tête et le croupion teintés d’olive ou de jaune roussâtre ;
- les deux sexes portent des ailes sombres marquées de deux barres alaires blanches.
L’espèce est associée aux forêts de conifères boréales. En dehors de la saison de reproduction, elle se déplace généralement en petites bandes. Elle est réputée pour son comportement calme et peu farouche, se laissant souvent approcher de près lorsqu’elle se nourrit.
Répartition
Le Durbec des sapins a une répartition holarctique : il niche dans les forêts boréales et subalpines de l’Amérique du Nord et de l’Eurasie.
Au Québec
L’espèce est indigène et régulière au Québec. En période de nidification, elle est largement répandue dans les régions nordiques, notamment dans la pessière à lichens jusqu’au sud de la baie d’Ungava. Sa nidification atteint sa limite méridionale dans le secteur du massif du Sud, en Chaudière-Appalaches. La majeure partie de son aire de nidification se trouve hors de la forêt commerciale.
Dans le sud habité du Québec, le durbec est surtout un visiteur hivernal ; à la saison de reproduction, il se retire vers l’arrière-pays. Sa présence hivernale varie d’une année à l’autre, car l’espèce est irruptive : ses mouvements vers le sud sont notamment associés à la disponibilité des ressources alimentaires dans l’aire de reproduction.
Données de l’Atlas des oiseaux nicheurs
Lors de la seconde campagne de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec, l’espèce a été relevée dans 268 parcelles. Les cartes indiquent une aire de nidification un peu moins étendue que lors du premier atlas, avec des indices de recul dans certaines régions, dont l’Outaouais, Lanaudière et la Mauricie.
À l’échelle mondiale
La fiche du Catalogue du vivant fournit un total mondial de 122 240 occurrences de l’espèce dans le Système mondial d’information sur la biodiversité (GBIF). Ce décompte est évolutif.
Croissance et cycle de vie
Le Durbec des sapins se reproduit dans les forêts de conifères, souvent clairsemées, du nord du Québec. Le nid, une coupe lâche de brindilles garnie de matériaux plus fins comme des radicelles, des lichens ou des herbes, est généralement installé dans un conifère, à faible ou moyenne hauteur.
La ponte compte habituellement quelques œufs bleu verdâtre tachetés, couvés par la femelle, que le mâle nourrit pendant l’incubation. Les deux parents participent ensuite à l’alimentation des oisillons. Pendant la saison de reproduction, les adultes développent des poches dans le plancher de la bouche, qui leur permettent de transporter une plus grande quantité de nourriture jusqu’au nid.
Une fois la nidification terminée, les familles se regroupent et l’espèce adopte un mode de vie plus grégaire. Les individus peuvent demeurer dans l’aire de nidification durant l’hiver ou se déplacer vers le sud lorsque la nourriture se fait rare, ce qui explique les fluctuations interannuelles observées dans le sud du Québec.
Le mâle n’acquiert son plumage rose caractéristique qu’après sa première année ; les jeunes mâles ressemblent d’abord aux femelles, avec parfois des teintes roussâtres sur la tête et le croupion.
Régime alimentaire
Le Durbec des sapins est principalement granivore et frugivore. Son bec robuste lui permet d’exploiter une variété de ressources végétales selon les saisons :
- bourgeons de conifères et de feuillus, importants en hiver et au printemps ;
- graines de conifères et d’autres arbres ;
- fruits charnus, notamment ceux des sorbiers, des pommetiers et d’autres arbustes fruitiers, très recherchés en hiver ;
- insectes et autres invertébrés, consommés surtout en été et servis aux oisillons.
L’abondance de ces ressources, en particulier des fruits et des graines produits de manière irrégulière d’une année à l’autre, influe sur les déplacements hivernaux de l’espèce. Lors des années de pénurie dans le nord, des bandes descendent vers les régions habitées, où elles fréquentent les arbres fruitiers ornementaux des villes et des villages. Le durbec se nourrit fréquemment au sol pour recueillir des fruits tombés et peut aussi visiter les mangeoires, notamment pour les graines de tournesol.
Relations avec les autres espèces
En hiver, le Durbec des sapins partage les arbres fruitiers et les forêts de conifères avec d’autres oiseaux qui exploitent les mêmes ressources, comme le Jaseur boréal, le Gros-bec errant, les becs-croisés et les sizerins. Comme ces espèces, il fait partie des « oiseaux irruptifs » boréaux dont les mouvements hivernaux sont liés à la production de graines et de fruits.
Dans son aire de nidification boréale, il fait partie de la communauté d’oiseaux des pessières et des forêts de conifères clairsemées, un milieu dont la majeure partie se situe au nord de la forêt commerciale québécoise.
Relations avec l’humain
Statut et conservation
Au Québec, l’espèce porte le rang de conservation S5, correspondant aux espèces jugées non en péril à l’échelle provinciale. La fiche du Catalogue du vivant indique « Non suivie » au champ relatif à la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.
À l’échelle canadienne, la situation de la population demeure mal connue. Les relevés couvrent imparfaitement l’aire de reproduction septentrionale et les tendances estimées sont jugées peu fiables. Le rapport fédéral de 2019 sur la situation des oiseaux au Canada avance une estimation de 1 à 5 millions d’adultes pour l’ensemble du pays.
Observation
Pour les ornithologues amateurs du sud du Québec, l’arrivée hivernale des durbecs constitue un événement attendu mais irrégulier. Les bandes se laissent souvent observer de près dans les sorbiers et les pommetiers des parcs et des quartiers résidentiels.
Nom
« Durbec des sapins » est le terme privilégié par l’Office québécois de la langue française. L’espèce est désignée Pine Grosbeak en anglais.
Anecdotes
- Le nom scientifique enucleator évoque l’action de retirer le noyau ou l’amande d’un fruit, en référence à la manière dont l’oiseau décortique graines et fruits avec son bec.
- Le Durbec des sapins est l’un des plus grands membres de la famille des Fringillidés en Amérique du Nord.
