Portrait et mode de vie
Le doré noir est un poisson d'eau douce de l'ordre des Perciformes et de la famille des Percidés, la même famille que le doré jaune (Sander vitreus) et la perchaude. Son nom scientifique actuel est Sander canadensis ; certaines publications fédérales emploient encore l'ancien nom Stizostedion canadense. En anglais, il est désigné sous le nom de « sauger ». Au Québec, on le nomme aussi doré charbonnier.
Description
Le corps est allongé et plutôt cylindrique. Les joues sont couvertes d'écailles. La première nageoire dorsale, épineuse, porte des taches foncées distinctes disposées en rangées, un caractère qui permet de le distinguer du doré jaune. Contrairement à ce dernier, le doré noir ne présente pas de large tache blanche à l'extrémité du lobe inférieur de la nageoire caudale. Sa coloration générale est plus sombre et marbrée que celle du doré jaune, d'où son nom. Il atteint généralement une taille inférieure à celle du doré jaune.
Habitat
L'espèce fréquente de préférence les eaux peu profondes et turbides des grands cours d'eau et des lacs, mais elle peut se rencontrer jusqu'à environ 15 m de profondeur. Elle peut également se rencontrer en eau saumâtre. Comme les autres dorés, il possède des yeux adaptés à la faible luminosité, ce qui le rend particulièrement actif lorsque l'eau est trouble ou à la tombée du jour.
Répartition
Le doré noir est indigène en Amérique du Nord, où son aire de répartition s'étend sur une partie du bassin du Saint-Laurent et des Grands Lacs ainsi que sur des bassins de l'intérieur du continent.
Au Québec
Selon la fiche faunique du gouvernement du Québec, l'aire québécoise de l'espèce comprend :
- des lacs du sud-ouest de la province ;
- la rivière des Outaouais ;
- le fleuve Saint-Laurent dans son segment d'eau douce, où l'espèce est commune et où sa présence a été signalée jusqu'aux environs de Rivière-Ouelle, dans le Bas-Saint-Laurent.
La même source situe la limite nord connue de son aire québécoise à la Grande rivière de la Baleine.
L'espèce est considérée comme indigène et régulière, c'est-à-dire présente toute l'année au Québec.
Statut de conservation
Le doré noir porte le rang de précarité provincial S4, qui désigne une espèce apparemment non en péril à l'échelle du Québec. La fiche du catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique « Non suivie » dans le champ LEMV. En 2011, ses populations étaient considérées en santé dans les secteurs fréquentés du Saint-Laurent, mais leur état fait l'objet d'un suivi dans certains secteurs où la situation est jugée plus préoccupante.
Croissance et cycle de vie
La reproduction du doré noir a lieu au printemps. Au Québec, la fraie se déroule généralement de la mi-mai au début de juin, lorsque l'eau se réchauffe après la fonte des glaces.
Comme le doré jaune, le doré noir fraie sur des fonds durs, graveleux ou rocheux, souvent dans des secteurs où le courant assure l'oxygénation des œufs. Les œufs sont libérés et fécondés en pleine eau, puis se déposent entre les interstices du substrat. Les parents ne gardent ni les œufs ni les jeunes.
Après l'éclosion, les larves dérivent et se nourrissent d'abord de zooplancton avant d'adopter progressivement un régime fondé sur les insectes aquatiques, puis sur les poissons. La croissance du doré noir est généralement plus lente que celle du doré jaune, et l'espèce atteint une taille adulte plus modeste.
Le doré noir peut s'hybrider naturellement avec le doré jaune là où les deux espèces cohabitent et fraient à des périodes rapprochées. L'hybride, parfois appelé « saugeye » en anglais, présente des caractères intermédiaires entre ceux des deux parents, ce qui peut compliquer l'identification sur le terrain.
Régime alimentaire
Le doré noir est un prédateur. Les adultes consomment à la fois des invertébrés et des poissons. Le régime varie selon la taille de l'individu, la saison et les proies disponibles dans le milieu :
- les jeunes s'alimentent surtout de zooplancton, puis de larves d'insectes aquatiques ;
- les individus plus grands ajoutent à leur régime des crustacés et une proportion croissante de petits poissons.
Sa préférence pour les eaux turbides et sa vision adaptée à la faible luminosité lui permettent de chasser efficacement dans des conditions où les proies le repèrent difficilement. Il s'alimente notamment au crépuscule et la nuit, comportement partagé avec le doré jaune.
Relations avec les autres espèces
Dans les grands plans d'eau du sud du Québec, le doré noir partage souvent son habitat avec le doré jaune.
L'hybridation avec le doré jaune constitue une interaction particulière entre les deux espèces. Elle se produit naturellement là où leurs périodes et leurs sites de reproduction se chevauchent.
Prédateur de petits poissons et d'invertébrés, le doré noir est lui-même la proie, surtout aux premiers stades de sa vie, de poissons piscivores plus grands ainsi que d'oiseaux piscivores.
Les espèces introduites figurent parmi les menaces relevées pour l'espèce au Québec, car elles peuvent modifier les réseaux alimentaires et la disponibilité des proies dans les milieux qu'il occupe.
Relations avec l'humain
Le doré noir est recherché par les pêcheurs sportifs. Au Québec, la réglementation de pêche sportive distingue les deux espèces : les limites de prise, les tailles et les périodes de pêche varient selon les zones et doivent être vérifiées dans la réglementation provinciale en vigueur. Une identification correcte des prises est donc nécessaire, en particulier dans les secteurs où les deux dorés cohabitent.
Menaces
La fiche faunique du gouvernement du Québec relève plusieurs menaces pour l'espèce :
- l'acidification des plans d'eau ;
- les apports de sédiments et la pollution ;
- les barrages, qui fragmentent les cours d'eau et peuvent altérer les frayères ;
- les changements climatiques ;
- les espèces introduites ;
- la pêche et le braconnage.
Un bilan du suivi des populations de doré en Abitibi-Témiscamingue couvre les années 1997 à 2003; il concerne le doré en général.
Anecdotes
- Le nom de doré charbonnier, employé au Québec, évoque la teinte sombre et marbrée de l'espèce, qui la distingue visuellement du doré jaune.
- Le mot « doré » est un québécisme bien établi pour désigner les poissons du genre Sander, que l'on nomme « walleye » et « sauger » en anglais ; en France, le terme « sandre » désigne une espèce européenne apparentée.
- La nomenclature scientifique de l'espèce a changé : longtemps classé dans le genre Stizostedion, le doré noir est aujourd'hui rattaché au genre Sander, sous le nom de Sander canadensis.
- La tache blanche à l'extrémité inférieure de la queue, présente chez le doré jaune et absente chez le doré noir, est l'un des indices les plus simples pour différencier les deux espèces.
