Portrait et mode de vie
Epicauta pensylvanica est un coléoptère de la famille des Meloidae, un groupe que l'on désigne en anglais sous le nom de blister beetles, ou « coléoptères vésicants ». L'espèce a été décrite par le naturaliste suédois Charles De Geer en 1775. L'épithète pensylvanica, écrite avec un seul « n », reprend la graphie d'origine et renvoie à la Pennsylvanie.
L'adulte a le corps allongé et cylindrique, de couleur noire mate et uniforme. Comme chez les autres méloïdés, ses élytres sont souples, la tête est nettement séparée du pronotum par un cou étroit et les antennes sont filiformes. Cette coloration entièrement noire le distingue des espèces rayées ou grisâtres du même genre.
Les adultes fréquentent notamment les inflorescences de verges d'or. Chez les méloïdés, un réflexe défensif appelé autohémorragie permet l'exsudation d'une hémolymphe contenant de la cantharidine par les articulations des pattes.
Répartition
L'aire de répartition d'Epicauta pensylvanica couvre une grande partie de l'Amérique du Nord. Une révision taxonomique du genre Epicauta signale l'espèce au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Au Canada, elle la mentionne en Alberta, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick, en Ontario, au Québec et en Saskatchewan. L'Université de Floride décrit une aire qui s'étend du sud du Canada, de l'Alberta jusqu'à la côte atlantique, au nord du Mexique.
Le catalogue du vivant de Savoirs.Québec indique un décompte de 92 occurrences GBIF associé à ce taxon, sans préciser leur périmètre géographique ni la date d'extraction.
Habitat
L'espèce fréquente les milieux ouverts et ensoleillés où poussent des Astéracées en fleur, surtout des verges d'or. On la trouve dans les friches, les prairies, les bords de route, les clairières et les marges des champs. Ces milieux abritent aussi les criquets, dont les œufs nourrissent ses larves.
Croissance et cycle de vie
Chez les méloïdés, le développement comporte une hypermétamorphose : les stades larvaires successifs ont des formes et des modes de vie très différents. Le schéma suivant décrit ce développement général.
- Œufs : la femelle pond ses œufs en masse dans le sol.
- Triongulin : la larve de premier stade est très mobile et pourvue de pattes bien développées. Elle parcourt le sol à la recherche d'une oothèque de criquet, c'est-à-dire d'une masse d'œufs.
- Stades suivants : une fois installée dans l'oothèque, la larve devient plus trapue et moins mobile. Elle consomme les œufs de son hôte.
- Pseudonymphe : le développement peut comprendre une forme larvaire immobile, appelée larve coarctée ou pseudonymphe.
- Nymphe et adulte : le développement se poursuit par le stade nymphal, puis le stade adulte.
Régime alimentaire
Le régime alimentaire de l'espèce change complètement entre la larve et l'adulte.
Adulte
L'adulte est phytophage. Il se nourrit de fleurs, de pollen et parfois de feuillage. Il fréquente plusieurs plantes, en particulier des Astéracées. On l'observe souvent en grand nombre sur les inflorescences des verges d'or (Solidago), qui fleurissent abondamment dans les friches québécoises à la fin de l'été.
Larve
La larve est prédatrice. Elle se développe en dévorant les œufs de criquets (Acrididae) pondus dans le sol.
Relations avec les autres espèces
Les larves d'Epicauta pensylvanica consomment les œufs de criquets. Elles participent ainsi à la régulation naturelle de ces orthoptères, dont certaines espèces nuisent aux cultures et aux pâturages.
Les adultes visitent les fleurs pour se nourrir. Ils peuvent transporter du pollen d'une inflorescence à l'autre, mais leur rôle de pollinisateurs n'est pas bien documenté. Leur abondance sur les verges d'or les place parmi les nombreux insectes floricoles de ces plantes en fin de saison.
La cantharidine que contient l'insecte décourage de nombreux prédateurs. Chez plusieurs méloïdés, cette substance attire en revanche certains insectes spécialisés, qui la recherchent pour leur propre défense ou leur reproduction.
Relations avec l'humain
Le principal intérêt pratique de l'espèce tient à la cantharidine, un composé défensif produit par les méloïdés. Cette substance peut provoquer des cloques sur la peau lorsqu'on écrase ou manipule un individu à mains nues.
Dans le monde agricole nord-américain, les méloïdés sont connus pour le risque qu'ils posent au bétail. Des insectes récoltés avec le fourrage, notamment la luzerne, restent toxiques une fois morts et séchés. Les chevaux y sont particulièrement sensibles. Ce risque concerne surtout les espèces qui se regroupent en grand nombre dans les champs fourragers.
Les adultes peuvent aussi grignoter le feuillage ou les fleurs de certaines plantes cultivées et ornementales. En contrepartie, leurs larves détruisent des œufs de criquets, ce qui en fait aussi un auxiliaire naturel.
Anecdotes
- Le nom anglais blister beetle signifie « coléoptère à ampoules ». Il renvoie à l'effet vésicant de la cantharidine sur la peau.
- La cantharidine est la substance associée à la « mouche d'Espagne » (Lytta vesicatoria), un autre méloïdé employé autrefois en pharmacopée.
- La graphie pensylvanica, avec un seul « n », vient de la description originale de 1775. Les règles de la nomenclature zoologique imposent de la conserver.
