Portrait et mode de vie
Le faucon pèlerin anatum est un rapace de taille moyenne appartenant à l'ordre des Falconiformes et à la famille des Falconidés. Il appartient à l'espèce Falco peregrinus, répandue sur presque tous les continents et divisée en plusieurs sous-espèces. Au Québec, deux sous-espèces sont reconnues : anatum, qui niche au sud de la limite des arbres, et tundrius, associée surtout à l'extrême nord.
L'adulte présente un dos gris ardoise, une calotte et des « moustaches » noires bien marquées sur les joues claires, ainsi qu'une poitrine pâle finement barrée. Les ailes sont longues et pointues, la queue relativement courte. Comme chez la plupart des rapaces, la femelle est nettement plus grande que le mâle. Le juvénile a un plumage plus brun et une poitrine rayée verticalement.
L'espèce est reconnue pour son vol puissant et ses piqués au cours desquels elle atteint des vitesses parmi les plus élevées du règne animal. Elle fréquente les milieux ouverts offrant des perchoirs élevés : escarpements rocheux, grandes vallées fluviales, rives, et zones urbaines dotées d'édifices en hauteur.
Répartition
La sous-espèce anatum se reproduit dans une grande partie de l'Amérique du Nord au sud de la toundra. Au Québec, elle niche à faible densité sur un vaste territoire qui comprend notamment :
- le corridor du Saint-Laurent, y compris les régions de Montréal et de Québec ;
- l'Estrie, où des couples fréquentent par exemple les falaises du parc national du Mont-Orford ;
- l'Outaouais ;
- l'Abitibi-Témiscamingue ;
- certaines régions nordiques situées au sud de la limite des arbres.
Le faucon pèlerin est surtout présent au Québec durant la saison de reproduction. La majorité des individus migrent vers le sud à l'automne, mais certains hivernent localement dans le sud de la province, en particulier en milieu urbain, là où les proies demeurent abondantes.
Le rang de précarité provincial S4B s'applique à la population nicheuse (lettre B) et correspond à une situation jugée apparemment non en péril à l'échelle du Québec, ce qui traduit le rétablissement observé depuis les dernières décennies du XXe siècle. La fiche du catalogue Savoirs.Québec indique 59 367 occurrences GBIF pour l'espèce Falco peregrinus, sans préciser la couverture géographique de ce décompte.
Croissance et cycle de vie
Le faucon pèlerin ne construit pas de nid. Le couple aménage une simple dépression dans le gravier ou les débris d'une corniche de falaise, d'un pont ou d'un édifice. Les couples sont généralement fidèles à leur site de nidification d'une année à l'autre, ce qui rend la protection de ces sites déterminante pour la conservation de l'espèce.
La ponte, au printemps, compte habituellement de trois à quatre œufs brun rougeâtre. L'incubation, assurée surtout par la femelle, dure environ un mois. Les jeunes, couverts de duvet blanc à l'éclosion, restent au nid plusieurs semaines avant de prendre leur envol vers le milieu de l'été. Ils dépendent ensuite des adultes pendant qu'ils apprennent à chasser.
Au Québec, la nidification et la productivité des couples font l'objet d'un suivi selon un protocole standardisé du ministère responsable de la faune, qui permet de documenter l'occupation des sites et le nombre de jeunes produits.
Relations avec l'humain
Déclin et rétablissement
Au cours des décennies 1950 et 1960, l'usage du DDT et d'autres pesticides organochlorés a provoqué un amincissement de la coquille des œufs et un effondrement du succès reproducteur. La sous-espèce anatum a alors disparu comme nicheuse du sud du Québec et d'une grande partie de l'est de l'Amérique du Nord. L'interdiction progressive de ces produits, jointe à des programmes d'élevage en captivité et de lâchers, a permis le retour graduel de couples nicheurs au Québec à partir des dernières décennies du XXe siècle. Un plan d'action pour le rétablissement de l'espèce a encadré ces efforts dans la province.
Statut légal
- Au Québec, Falco peregrinus anatum est désigné vulnérable en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables et figure sur la liste des espèces fauniques menacées ou vulnérables.
- Une mesure de protection encadre les activités forestières et autres interventions à proximité des sites de nidification.
- À l'échelle canadienne, le complexe anatum/tundrius fait l'objet d'un plan de gestion en vertu de la Loi sur les espèces en péril et d'évaluations du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC).
En milieu urbain
Le faucon pèlerin s'est adapté aux villes, où les gratte-ciel et les ponts reproduisent les falaises naturelles. Des couples nichent ainsi à Montréal et à Québec, et certains sites urbains sont suivis par des observateurs et des organismes de conservation.
Relations avec les autres espèces
Prédateur situé au sommet de la chaîne alimentaire aviaire, le faucon pèlerin adulte a peu d'ennemis naturels. Les œufs et les jeunes au nid peuvent toutefois être la proie de grands rapaces nocturnes, comme le grand-duc d'Amérique, ou de mammifères capables d'atteindre les corniches.
Sa position trophique élevée explique sa sensibilité aux contaminants qui s'accumulent le long de la chaîne alimentaire : les pesticides ingérés par les proies se concentrent dans les tissus du faucon. L'espèce a ainsi servi d'indicateur de la contamination des écosystèmes par les organochlorés.
Le faucon pèlerin défend vigoureusement les abords de son aire de nidification contre les intrus, y compris d'autres rapaces et les grands corvidés. Il peut partager certains escarpements avec d'autres oiseaux rupicoles, comme le grand corbeau.
Régime alimentaire
Le faucon pèlerin se nourrit presque exclusivement d'oiseaux, qu'il capture en vol. Il repère ses proies depuis un perchoir élevé ou en vol, puis fond sur elles en piqué, les ailes repliées, avant de les frapper avec ses serres.
Selon les milieux, ses proies comprennent notamment :
- des pigeons, en particulier le pigeon biset en milieu urbain ;
- des oiseaux de rivage et des canards ;
- des passereaux de taille moyenne, comme l'étourneau sansonnet, les merles et les geais ;
- des oiseaux marins et des goélands de petite taille près des côtes.
Il consomme ses proies sur un perchoir ou une corniche, après les avoir plumées. L'abondance de pigeons et d'étourneaux en milieu urbain explique en partie le succès de l'espèce dans les villes du sud du Québec, où certains individus peuvent passer l'hiver.
Anecdotes
- Certaines populations nordiques parcourent des milliers de kilomètres entre leurs aires de nidification et d'hivernage.
- Lors de ses piqués, le faucon pèlerin atteint des vitesses parmi les plus élevées du règne animal.
- La reconnaissance des effets du DDT sur cette espèce a contribué, en Amérique du Nord, à l'interdiction de ce pesticide.
- En milieu urbain, des couples adoptent des corniches d'édifices ou des nichoirs installés à leur intention, ce qui permet de suivre leur reproduction de près.
