Portrait et mode de vie
Le Faucon gerfaut appartient à l'ordre des Falconiformes, à la famille des Falconidés et au genre Falco. C'est le plus grand représentant de son genre. Sa silhouette est massive, ses ailes sont larges à la base et pointues, et sa queue est relativement longue.
Plumage
Le plumage est très variable. Il existe des formes :
- blanches, presque immaculées, avec quelques mouchetures sombres sur le dos et les ailes ;
- grises, la forme la plus répandue ;
- sombres, d'un brun ardoisé presque uniforme.
Ce polymorphisme ne correspond pas à des sous-espèces distinctes. Plusieurs formes peuvent se rencontrer dans une même région.
Dimorphisme sexuel
Comme chez les autres faucons, la femelle est nettement plus grande et plus lourde que le mâle.
Comportement
Le gerfaut est un oiseau des grands espaces ouverts. Il chasse souvent en vol bas et rapide, en rasant le relief pour surprendre ses proies. Il peut aussi poursuivre longuement un oiseau en vol. On le voit fréquemment perché sur un promontoire rocheux, d'où il surveille son territoire. Contrairement au Faucon pèlerin, il pratique moins souvent le piqué vertical à grande hauteur.
Répartition
Aire mondiale
L'espèce est holarctique et circumpolaire. Elle niche dans les régions arctiques et subarctiques de l'Amérique du Nord, du Groenland, de l'Islande, de la Scandinavie et de la Russie.
Au Québec
Le Faucon gerfaut niche régulièrement dans le Nord québécois, dans la région administrative du Nord-du-Québec. Ses sites de nidification se trouvent principalement au Nunavik, dans la toundra et dans les secteurs côtiers ou escarpés riches en falaises. Le littoral du détroit d'Hudson et celui de la baie d'Ungava offrent de tels sites.
Le rang de priorité provincial S3S4B s'applique à la population nicheuse. Il la situe entre « vulnérable » et « apparemment en sécurité ».
Déplacements hivernaux
Beaucoup d'adultes restent dans le Nord toute l'année, même en hiver. Certains individus, surtout des jeunes, se déplacent toutefois vers le sud. Ils s'installent alors dans des milieux ouverts :
- grandes terres agricoles ;
- littoraux ;
- abords des plans d'eau et des zones portuaires.
Dans le sud du Québec, l'espèce demeure rare.
Croissance et cycle de vie
La saison de nidification commence tôt, alors que la neige couvre encore la toundra. La ponte a généralement lieu au printemps.
Nid
Le gerfaut ne construit pas de nid à proprement parler. Il pond le plus souvent :
- sur une corniche de falaise abritée ;
- ou dans un ancien nid de branches abandonné par un autre oiseau, notamment le Grand Corbeau ou la Buse pattue.
Un même site peut être réoccupé pendant de nombreuses années, parfois sur plusieurs générations d'oiseaux.
Ponte et élevage
La ponte compte habituellement trois ou quatre œufs. La femelle assure l'essentiel de l'incubation, qui dure environ cinq semaines. Pendant ce temps, le mâle lui apporte la nourriture.
Les jeunes quittent le nid environ sept semaines après l'éclosion. Ils dépendent ensuite encore de leurs parents pendant quelques semaines, le temps d'apprendre à chasser.
Facteurs de reproduction
Le succès de la reproduction varie d'une année à l'autre. Il dépend notamment de l'abondance des lagopèdes, la principale ressource alimentaire de l'espèce.
Régime alimentaire
Le Faucon gerfaut est un prédateur surtout ornithophage, c'est-à-dire qu'il se nourrit principalement d'oiseaux.
Proies principales
Les lagopèdes forment l'essentiel de son régime dans une grande partie de son aire de nidification. Le Lagopède des saules et le Lagopède alpin sont ses proies de prédilection.
Selon les milieux et les saisons, il capture aussi :
- des oiseaux marins et côtiers ;
- des canards ;
- divers autres oiseaux de taille moyenne.
Mammifères
Il prend également des mammifères à l'occasion. Il peut s'agir de lièvres, de lemmings ou d'autres petits rongeurs.
Techniques de chasse
Le gerfaut capture souvent ses proies au sol ou près du sol, après une approche en vol rasant. Il peut aussi les épuiser au terme d'une poursuite prolongée. Grâce à sa taille et à sa puissance, il maîtrise des proies relativement lourdes.
En hiver
Les individus qui descendent vers le sud adaptent leur alimentation aux ressources locales. Ils chassent par exemple les pigeons, les canards ou les autres oiseaux présents dans les milieux ouverts.
Relations avec les autres espèces
Au sommet de la chaîne alimentaire de la toundra, le Faucon gerfaut a peu de prédateurs naturels à l'âge adulte.
Lien avec les lagopèdes
Sa dépendance envers les lagopèdes lie étroitement sa productivité aux fluctuations des populations de ces oiseaux. Les années de faible abondance de proies, une partie des couples peut renoncer à nicher ou élever moins de jeunes.
Partage des falaises
Le gerfaut partage les falaises nordiques avec d'autres espèces rupicoles, notamment le Grand Corbeau, la Buse pattue et le Faucon pèlerin. Il réutilise souvent les nids construits par le corbeau ou la buse. Il peut aussi entrer en compétition avec ces espèces pour l'occupation des meilleurs sites.
Défense du nid
Les adultes défendent vigoureusement les abords du nid. Ils chassent les intrus, y compris d'autres rapaces, les goélands ou les renards.
Relations avec l'humain
Statut et protection
Les évaluations reprises par le gouvernement du Canada classent l'espèce ainsi :
| Organisme ou évaluation | Statut | Année |
|---|---|---|
| UICN | Préoccupation mineure | 2018 |
| Espèces sauvages (situation générale au Canada) | Apparemment en sécurité | 2015 |
| COSEPAC | Non en péril | 1987 |
Le gouvernement fédéral signale toutefois que les données sont insuffisantes pour évaluer certaines tendances de population.
Au Québec, l'espèce n'est pas suivie au titre de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables. Comme les autres oiseaux de proie, elle est néanmoins protégée par la réglementation provinciale sur la faune.
Commerce international
Le Faucon gerfaut est inscrit à l'annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Cette inscription encadre strictement son commerce international.
Menaces
Plusieurs enjeux de conservation sont relevés pour le Québec :
- le dérangement des sites de nidification ;
- les activités industrielles et minières dans les territoires nordiques ;
- les effets des changements climatiques sur les milieux arctiques et sur les populations de lagopèdes.
Fauconnerie
Depuis le Moyen Âge, le gerfaut est un oiseau très recherché en fauconnerie. Cette valeur explique en partie l'intérêt porté à l'encadrement de son commerce.
Anecdotes
- Le nom spécifique rusticolus vient du latin et signifie à peu près « qui habite la campagne ».
- Dans la fauconnerie médiévale européenne, le gerfaut était associé au prestige des cours royales. Les individus blancs venus des régions arctiques étaient particulièrement prisés.
- Le Faucon gerfaut est l'oiseau emblème des Territoires du Nord-Ouest.
- Des adultes restent dans l'Arctique durant tout l'hiver et y chassent dans la pénombre des courtes journées.
