Portrait et mode de vie
Le fou brun est un oiseau marin de taille moyenne à grande pour sa famille. Il mesure environ 64 à 85 cm de longueur et son envergure avoisine 1,3 à 1,5 m ; la femelle est en général plus grande et plus lourde que le mâle.
Plumage
L'adulte présente une tête, un cou, une poitrine et un dessus d'un brun chocolat uniforme, qui contrastent nettement avec le ventre et le centre du dessous des ailes, d'un blanc pur. La limite entre le brun de la poitrine et le blanc du ventre est franche, caractère essentiel d'identification. Le bec, conique et pointu, est clair, souvent jaunâtre ; les pattes palmées sont jaunes à verdâtres. Chez certaines populations du Pacifique oriental, le mâle a la tête blanchâtre. Le juvénile est plus terne, avec un ventre brun grisâtre qui ne contraste que faiblement avec la poitrine.
Comportement
Comme les autres Sulidés, le fou brun est un voilier habile qui alterne battements d'ailes et planés au ras des vagues. Il pêche surtout en plongeant depuis les airs, souvent à faible hauteur et en oblique. Il se repose volontiers sur des bouées, des épaves, des structures en mer ou le gréement des navires. Il est plus côtier que plusieurs autres fous et fréquente les eaux proches de ses îles de nidification.
Répartition
Le fou brun a une répartition pantropicale : il occupe les mers chaudes de l'Atlantique (notamment les Caraïbes et le golfe du Mexique), de l'océan Indien et du Pacifique. Plusieurs sous-espèces sont reconnues selon les bassins océaniques. Les colonies s'établissent sur des îles, des îlots rocheux et des atolls.
Au Québec
Au Québec, le catalogue du vivant classe l'espèce comme accidentelle ou non régulière et lui associe 12 occurrences GBIF. L'espèce figure à la liste des oiseaux observés au Québec, mais n'y niche pas.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Origine | Indigène |
| Régularité | Accidentel / non régulier |
| Rang S | SNA |
| Occurrences GBIF liées au catalogue | 12 |
Croissance et cycle de vie
Le fou brun niche en colonies, généralement au sol, sur des pentes, des falaises ou des plages d'îles tropicales ; le nid est une simple dépression garnie de quelques débris. La saison de reproduction varie selon les régions et peut s'étendre sur une grande partie de l'année sous les tropiques.
Ponte et incubation
La femelle pond le plus souvent deux œufs, à quelques jours d'intervalle. Comme les autres Sulidés, dépourvus de plaque incubatrice, les deux parents couvent en maintenant les œufs sous leurs pattes palmées, richement vascularisées. L'incubation dure environ six semaines.
Réduction de la nichée
L'espèce est connue pour la réduction obligatoire de la nichée : le poussin éclos le premier, plus fort, élimine habituellement le second en l'expulsant du nid. Le deuxième œuf semble jouer un rôle d'assurance en cas d'échec du premier.
Développement
Le poussin, d'abord nu puis couvert d'un duvet blanc, est nourri par régurgitation. Il prend son envol après environ trois mois, mais reste encore dépendant de ses parents pendant plusieurs semaines. Les jeunes atteignent la maturité sexuelle au bout de quelques années et l'espèce est réputée longévive.
Régime alimentaire
Le fou brun est piscivore. Il se nourrit principalement de petits poissons pélagiques vivant en bancs, comme les poissons volants, les mulets, les anchois et les sardines, ainsi que de calmars.
Sa technique de chasse repose sur le plongeon : l'oiseau repère sa proie en vol, replie ses ailes et pénètre dans l'eau en piqué, souvent en oblique et depuis une hauteur plus modeste que celle du fou de Bassan. Il peut aussi capturer des poissons volants au ras de la surface. Il chasse souvent près des côtes, seul ou en petits groupes, et profite des bancs de poissons rabattus vers la surface par des prédateurs marins comme les thons ou les dauphins.
Les proies sont avalées sous l'eau ou en surface, puis régurgitées aux poussins au nid.
Relations avec les autres espèces
En mer, le fou brun s'associe fréquemment à des chasses mixtes réunissant d'autres oiseaux marins, des thons et des cétacés, qui concentrent les bancs de poissons près de la surface.
Il est une cible régulière du cleptoparasitisme des frégates, qui le harcèlent en vol pour lui faire lâcher ou régurgiter ses prises. Dans les colonies, les œufs et les poussins peuvent être exposés à des prédateurs, dont des mammifères introduits sur certaines îles, comme les rats et les chats.
Confusion possible au Québec
Au Québec, le principal risque de confusion concerne le fou de Bassan (Morus bassanus), qui niche en grand nombre en Gaspésie, notamment à l'île Bonaventure. Le fou de Bassan juvénile est brun foncé, mais son plumage est moucheté de points pâles et ne présente pas le contraste net entre la poitrine brune et le ventre blanc propre au fou brun adulte. Le fou de Bassan est également plus grand et plus massif.
Relations avec l'humain
Le fou brun doit son nom français, comme l'anglais « booby » (de l'espagnol « bobo », niais), à son apparente naïveté : sur ses sites de nidification, il se laisse souvent approcher sans fuir, ce qui a facilité par le passé sa capture par les marins. Les colonies de Sulidés ont aussi été exploitées pour leurs œufs et pour le guano.
L'espèce est aujourd'hui classée dans la catégorie « préoccupation mineure » par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à l'échelle mondiale. Des menaces locales pèsent toutefois sur certaines colonies : dérangement, prédateurs introduits, prises accessoires dans les engins de pêche et raréfaction des proies.
Statut au Québec
Au Québec, le fou brun porte le rang de conservation SNA, attribué aux espèces pour lesquelles un rang n'est pas applicable, notamment les espèces accidentelles. Il ne figure pas sur la liste des espèces fauniques menacées ou vulnérables. Sa fiche dans le catalogue du vivant porte la mention « Non suivie » dans le champ LEMV. Ses rares apparitions suscitent surtout l'intérêt des ornithologues amateurs.
Anecdotes
- Le nom spécifique leucogaster vient du grec et signifie « ventre blanc », allusion au contraste caractéristique de son plumage.
- L'espèce a été décrite en 1783 par le naturaliste néerlandais Pieter Boddaert, sous le nom de Pelecanus leucogaster.
- Le fou brun a l'habitude de se poser sur les navires, un comportement qui peut contribuer à sa dispersion loin de ses mers d'origine.
- Au Québec, le nom « fou brun » ne doit pas être confondu avec celui du chat-fou brun (Noturus gyrinus), petit poisson d'eau douce de la famille des Ictaluridés.
