Portrait et mode de vie
Le fondule barré est un poisson de petite taille au corps allongé, légèrement comprimé latéralement, à la tête aplatie sur le dessus et à la bouche petite, tournée vers le haut. Cette morphologie est typique des poissons qui s'alimentent près de la surface. Sa nageoire dorsale unique est insérée assez loin vers l'arrière du corps et la nageoire caudale est arrondie.
Le dos est généralement olive ou brunâtre, les flancs plus pâles, parfois argentés ou légèrement translucides, ce qu'évoque l'épithète diaphanus. Les flancs portent une série de barres verticales sombres, dont l’apparence varie selon le sexe et la période de reproduction.
L'espèce vit en bancs dans les eaux peu profondes, calmes et claires, au-dessus de fonds de sable, de gravier fin ou de vase, à proximité d'herbiers aquatiques. Le fondule barré se tient souvent tout près du rivage et peut s'enfouir partiellement dans le substrat meuble lorsqu'il est dérangé. Il tolère une vaste gamme de salinité, ce qui lui permet d'occuper aussi des eaux saumâtres dans certaines parties de son aire de répartition, bien qu'il fréquente surtout les eaux douces.
Répartition
Le fondule barré est une espèce de l'est de l'Amérique du Nord. Son aire s'étend de Terre-Neuve et des provinces maritimes vers le sud le long de la côte atlantique, et vers l'ouest dans le bassin des Grands Lacs et du haut Mississippi.
Au Québec
Au Québec, l'espèce est indigène et considérée comme régulière. Elle est signalée dans les habitats propices du sud de la province, principalement dans le fleuve Saint-Laurent et ses tributaires, ainsi que dans le secteur du Haut-Saint-Laurent relié au bassin des Grands Lacs. Elle y occupe les baies abritées, les marais riverains, les lacs fluviaux et les zones littorales herbeuses.
Ailleurs au Canada
La population de Terre-Neuve, isolée de celles du continent, occupe plusieurs bassins versants et secteurs côtiers de l'île. Elle fait l'objet d'un suivi particulier à l'échelle fédérale, distinct de celui des populations continentales, dont celle du Québec.
Croissance et cycle de vie
Le fondule barré atteint une taille modeste, habituellement inférieure à une dizaine de centimètres à l'âge adulte. Sa longévité est courte, de l'ordre de quelques années.
La reproduction a lieu durant la saison chaude, de la fin du printemps à l'été, lorsque l'eau s'est suffisamment réchauffée. Les mâles, aux barres plus contrastées, poursuivent les femelles et les accompagnent au-dessus des herbiers. Les œufs, relativement gros pour la taille du poisson, sont pondus en petit nombre à la fois et restent attachés à la végétation aquatique par de fins filaments adhésifs. Aucun soin parental n'est apporté aux œufs ni aux jeunes.
Les alevins se développent dans les eaux peu profondes et chaudes du littoral, où la végétation dense leur offre à la fois nourriture et abri contre les prédateurs. Les jeunes rejoignent rapidement les bancs mixtes typiques de l'espèce.
Relations avec l'humain
Le fondule barré figure nommément, sous son nom anglais Banded killifish et son nom scientifique Fundulus diaphanus, dans la liste des espèces visées par le Règlement de pêche du Québec (1990), texte fédéral qui encadre la pêche dans la province.
Statut de conservation
| Échelle | Statut |
|---|---|
| Québec (rang S) | S5, non en péril |
| Québec (fiche de la plateforme, champ LEMV) | Non suivie |
| Canada, population de Terre-Neuve | Espèce préoccupante, inscrite en janvier 2005 |
L'inscription fédérale ne concerne que la population terre-neuvienne, évaluée par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) et gérée par Pêches et Océans Canada ; elle ne s'applique pas aux populations québécoises.
Comme d'autres poissons littoraux, l'espèce dépend de rives et d'herbiers en bon état. L'artificialisation des berges, le remblayage des marais riverains et la dégradation de la qualité de l'eau peuvent réduire localement la qualité de son habitat.
Relations avec les autres espèces
Dans les eaux littorales, le fondule barré peut servir de proie à différents prédateurs. Il est consommé par des poissons piscivores comme le grand brochet, la perchaude et les achigans, ainsi que par des oiseaux piscivores fréquentant les rives, tels que les hérons et le martin-pêcheur.
Il partage souvent les mêmes herbiers que d'autres petits poissons littoraux, notamment des cyprinidés (ménés), avec lesquels il peut former des bancs mixtes. Dans les eaux saumâtres de la côte atlantique, son aire chevauche celle du choquemort (Fundulus heteroclitus), une espèce apparentée avec laquelle il peut s'hybrider.
En consommant larves d'insectes et petits invertébrés, il participe au transfert d'énergie entre les invertébrés des herbiers et les prédateurs de niveau supérieur.
Régime alimentaire
Le fondule barré est omnivore et opportuniste. Sa bouche orientée vers le haut lui permet de saisir des proies à la surface de l'eau, mais il s'alimente aussi dans la colonne d'eau, parmi la végétation et sur le fond.
Son alimentation comprend principalement :
- des larves et des adultes d'insectes aquatiques et terrestres tombés à l'eau ;
- de petits crustacés, comme les cladocères, les copépodes et les amphipodes ;
- de petits mollusques et d'autres invertébrés benthiques ;
- une part de matière végétale et de débris organiques.
La composition du régime varie selon la saison, l'habitat et l'abondance des proies disponibles.
Anecdotes
- Le nom de genre Fundulus dérive du latin fundus, « fond », en référence à l'habitude de ces poissons de se tenir près du substrat ; l'épithète diaphanus signifie « transparent » et évoque l'aspect translucide des flancs.
- En anglais, le terme killifish désigne de façon générale plusieurs petits poissons de l'ordre des Cyprinodontiformes, auquel appartient le fondule barré.
- Deux sous-espèces sont généralement reconnues : Fundulus diaphanus diaphanus, dans l'est de l'aire, et Fundulus diaphanus menona, dans l'ouest.
