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Le vivant

Flétan du Groenland

Le flétan du Groenland (Reinhardtius hippoglossoides), aussi appelé flétan noir, est un poisson plat des eaux froides et profondes de la famille des Pleuronectidés. Au Québec, il fréquente surtout les chenaux profonds de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent, où vit un stock considéré comme distinct de la population principale du nord-ouest de l'Atlantique. Désigné couramment sous le nom de « turbot », il fait l'objet d'une pêche commerciale gérée par Pêches et Océans Canada, dont le stock se trouvait en zone de prudence selon l'évaluation portant sur 2024.

Observations au Québec

28 occurrences GBIF.

Traces et indices

Traces et indices de Flétan du Groenland
Visuel documentaire des traces typiques
  • Ce poisson de fond vit surtout entre 200 et 1000 m de profondeur : il ne laisse ni empreintes, ni coulées, ni nids observables sur la rive.
  • Dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent, on le trouve surtout dans les prises des palangres et des filets maillants posés dans le chenal Laurentien.
  • Les deux yeux sont du côté droit, mais l'œil gauche est situé sur l'arête du dos, ce qui le distingue des autres poissons plats.
  • Contrairement aux autres flétans et plies, sa face aveugle est grisâtre ou brun foncé plutôt que blanche.
  • Sa grande bouche porte des dents pointues et crochues, et sa nageoire caudale est légèrement fourchue.
  • Ses otolithes peuvent se retrouver dans les fèces ou les contenus d'estomac des phoques gris et des phoques du Groenland, et servir à identifier l'espèce.
  • Des appâts arrachés et des hameçons vides sur une palangre de fond profonde signalent souvent son activité de prédateur vorace.
  • On observe parfois des spécimens morts ou des carcasses éviscérées dans les débarquements de crevettiers, où il est capturé comme prise accessoire.

Portrait et mode de vie

Le flétan du Groenland est un poisson plat (ordre des Carangiformes selon la classification récente, famille des Pleuronectidés), seul représentant du genre Reinhardtius. Comme les autres plies de sa famille, il a les deux yeux du côté droit du corps, mais son œil gauche migre de façon incomplète et se situe près du bord supérieur de la tête. Son corps est allongé et relativement épais pour un poisson plat.

Les deux faces du corps sont pigmentées : la face oculaire est brun foncé ou grisâtre, et la face aveugle, plus pâle, demeure grisâtre plutôt que blanche, ce qui lui vaut le nom de flétan noir. La bouche est grande et armée de dents pointues, caractéristique d'un prédateur actif.

Contrairement à la plupart des poissons plats, qui restent posés sur le fond, le flétan du Groenland passe une part importante de son temps dans la colonne d'eau, au-dessus du fond. C'est une espèce d'eau froide et profonde : dans le golfe du Saint-Laurent, il est généralement observé entre 130 et 500 mètres de profondeur, dans les chenaux qui entaillent le plateau continental.

Au Québec, l'espèce est indigène et régulière. Elle porte le rang de conservation provincial S5 (non en péril à l'échelle de la province) et n'est pas suivie en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.

Répartition

Le flétan du Groenland est largement répandu dans les eaux froides de l'hémisphère Nord, dans l'Atlantique Nord, l'océan Arctique et le Pacifique Nord. Dans l'Atlantique Nord-Ouest, il fréquente notamment les eaux du Labrador, de Terre-Neuve, du détroit de Davis et de la baie de Baffin.

Dans les eaux du Québec

Dans le golfe du Saint-Laurent, le flétan du Groenland forme un stock considéré comme distinct de la population principale du nord-ouest de l'Atlantique. Ce stock accomplit l'ensemble de son cycle vital à l'intérieur du golfe. Il occupe principalement les chenaux profonds :

  • le chenal Laurentien, qui se prolonge jusque dans l'estuaire maritime;
  • le chenal d'Anticosti;
  • le chenal Esquiman.

Les juvéniles sont notamment présents dans l'estuaire du Saint-Laurent et au nord de l'île d'Anticosti, secteurs qui jouent un rôle de pouponnière pour le stock.

Aux fins de gestion des pêches, le stock du golfe correspond aux divisions 4R, 4S et 4T de l'Organisation des pêches de l'Atlantique Nord-Ouest (OPANO), regroupées sous l'appellation 4RST. Ces divisions couvrent les eaux bordant la Côte-Nord, la Gaspésie, l'île d'Anticosti et la côte ouest de Terre-Neuve.

Croissance et cycle de vie

Le stock du golfe du Saint-Laurent accomplit l'ensemble de son cycle vital dans le golfe et est considéré comme distinct de la population principale du nord-ouest de l'Atlantique. Les œufs et les larves se développent dans la colonne d'eau, puis les jeunes poissons gagnent les fonds des secteurs de pouponnière, dont l'estuaire et le nord d'Anticosti.

Comme chez de nombreux poissons plats, les femelles atteignent une taille supérieure à celle des mâles. Les individus de grande taille peuvent dépasser un mètre de longueur dans l'aire de répartition de l'espèce, mais les poissons du golfe sont généralement plus petits.

Recrutement

L'abondance du stock dépend fortement de l'arrivée périodique de cohortes nombreuses de jeunes poissons. L'évaluation de Pêches et Océans Canada portant sur l'année 2024 relève qu'aucune cohorte de forte abondance n'a été observée depuis 2020. La même évaluation souligne que des conditions environnementales défavorables et une faible disponibilité des proies peuvent nuire à la croissance et à la survie des individus.

Les eaux profondes de l'estuaire et du golfe connaissent depuis plusieurs décennies un réchauffement et une baisse de la concentration en oxygène dissous, facteurs considérés comme susceptibles d'influer sur une espèce associée à ces habitats.

Relations avec l'humain

Pêche commerciale

Le flétan du Groenland est une espèce de poisson de fond d'importance commerciale au Québec. La pêche québécoise vise principalement le stock du golfe du Saint-Laurent (divisions 4RST de l'OPANO). Elle est pratiquée par des flottilles autorisées de pêche au poisson de fond, notamment au moyen d'engins fixes. La gestion de la ressource relève de Pêches et Océans Canada, qui encadre la pêche par un plan de gestion intégrée et fixe le total autorisé des captures. Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec a pour sa part publié un portrait-diagnostic du secteur.

État du stock (évaluation portant sur 2024)

Selon l'évaluation de Pêches et Océans Canada portant sur 2024 :

ÉlémentValeur
Indicateur de l'état du stock11 240 tonnes
PositionAu-dessus du point de référence limite, mais près de celui-ci
Zone de l'approche de précautionZone de prudence
Option de capture indiquée290 tonnes par saison, pour 2025-2026 et 2026-2027

L'évaluation fait état d'une tendance à la baisse de l'indicateur depuis le milieu des années 2000.

Appellations

Dans l'usage courant au Québec, le flétan du Groenland est souvent appelé « turbot ». Cette appellation n'est toutefois pas retenue pour la commercialisation des produits de la pêche au Québec. Le nom « turbot » désigne en français une autre espèce de poisson plat. Les dénominations recommandées sont « flétan du Groenland » et « flétan noir ».

Relations avec les autres espèces

Prédateur de taille moyenne à grande dans les écosystèmes profonds, le flétan du Groenland occupe une position élevée dans le réseau trophique des chenaux du golfe du Saint-Laurent. Il partage ces habitats avec d'autres espèces de poissons de fond et d'invertébrés d'eau profonde, notamment les sébastes et la crevette nordique.

Cette cohabitation crée des interactions dans les deux sens : le flétan consomme certaines de ces espèces, et l'abondance de ses proies influe sur sa propre condition. La faible disponibilité des proies est d'ailleurs relevée par Pêches et Océans Canada parmi les facteurs pouvant nuire à la croissance et à la survie du stock.

Les jeunes flétans fréquentent les mêmes fonds que la crevette nordique, ce qui les expose à être capturés accessoirement par les chaluts crevettiers. Les mesures de sélectivité des engins, comme les grilles séparatrices, visent à réduire ces prises.

Ailleurs dans son aire de répartition, il figure parmi les proies de certains mammifères marins et de grands poissons d'eau profonde.

Régime alimentaire

Le flétan du Groenland est un carnivore opportuniste. Sa grande bouche dentée et son habitude de chasser dans la colonne d'eau, au-dessus du fond, lui permettent de capturer des proies mobiles.

Son régime évolue avec la taille :

  • les juvéniles se nourrissent surtout de petits crustacés, comme des crevettes, ainsi que d'organismes du zooplancton et du suprabenthos;
  • les adultes consomment davantage de poissons, notamment le capelan et d'autres poissons de petite et moyenne taille, ainsi que des crevettes et des calmars.

Dans le golfe du Saint-Laurent, la disponibilité de ces proies varie selon les conditions océanographiques. Les changements touchant les eaux profondes, en particulier leur température et leur teneur en oxygène, peuvent modifier la répartition et l'abondance des proies, avec des répercussions sur la condition des flétans. Pêches et Océans Canada mentionne la faible disponibilité des proies parmi les facteurs défavorables au stock dans son évaluation portant sur 2024.

Anecdotes

  • Le nom de genre Reinhardtius honore le zoologiste danois Johannes Christopher Hagemann Reinhardt, qui a étudié la faune du Groenland au XIXᵉ siècle; l'épithète hippoglossoides signifie « semblable à Hippoglossus », le genre du flétan de l'Atlantique.
  • Bien qu'appelé flétan, il appartient à un genre distinct de celui du flétan de l'Atlantique (Hippoglossus hippoglossus), avec lequel il ne doit pas être confondu.
  • Sa face aveugle pigmentée et la position particulière de son œil migrateur, sur le bord supérieur de la tête, sont associées à un mode de vie moins strictement lié au fond que celui des autres poissons plats.
  • Au Québec, le flétan du Groenland est souvent appelé « turbot » dans l'usage courant. Le véritable turbot (Scophthalmus maximus) appartient à une autre famille.

Sources

  1. Savoirs.Québec, Catalogue du vivant, fiche « Flétan du Groenland »
  2. Office québécois de la langue française, Grand dictionnaire terminologique, « flétan du Groenland »
  3. MAPAQ, Portrait-diagnostic sectoriel du flétan du Groenland
  4. Pêches et Océans Canada, Plan de gestion intégrée de la pêche du flétan du Groenland, golfe du Saint-Laurent (4RST)
  5. Pêches et Océans Canada, Évaluation du stock de flétan du Groenland du golfe du Saint-Laurent (4RST) en 2024
  6. Pêches et Océans Canada, Compte rendu de l'examen par les pairs régional sur l'évaluation du stock de flétan du Groenland du golfe du Saint-Laurent (4RST)
  7. Pêches et Océans Canada, Flétan du Groenland du golfe du Saint-Laurent (4RST), 2000
  8. Pêches et Océans Canada, Flétan du Groenland du golfe du Saint-Laurent (4RST), 1997
  9. Pêches et Océans Canada, Plan de gestion intégrée des pêches, flétan du Groenland, sous-zone 0
  10. Usito, Université de Sherbrooke, « flétan »
  11. Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, Rapport intérimaire d'évaluation périodique (2020)
  12. GBIF, Reinhardtius hippoglossoides (clé taxonomique 2409383)

Modèles ayant contribué : Recherche documentaire — Sonar Pro · Rédaction — Claude Opus 5 5 · Comité — OpenAI — GPT 6.1 Sol · Comité — Anthropic — Claude Opus 5 5 · Arbitrage — GPT 6.1 Sol · Visuel — Organisme dans son milieu — Catalogue · Visuel — Organisme détouré — Catalogue · Comité visuel — OpenAI — GPT 6.1 Sol · Comité visuel — Anthropic — Claude Opus 5 5 · Arbitrage visuel — GPT 6.1 Sol · Visuel — Traces et indices — GPT Image 2.5 Sunburst

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