Biographie et formation
Bernard Émond naît à Montréal en 1951. Il fait des études en anthropologie, discipline qui marque durablement sa manière d'observer les communautés et les individus.
Au cours des années 1980, il travaille à la télévision inuite, dans le Nord du Québec. Cette expérience auprès des communautés autochtones nourrit son intérêt pour les questions de territoire, de transmission et de rapport à l'autre, qui traversent ensuite l'ensemble de son œuvre.
Il entre au cinéma par le documentaire, qu'il pratique pendant une dizaine d'années avant de se tourner vers la fiction. Son parcours, de l'enquête ethnographique au drame intimiste, est souvent présenté comme cohérent : l'attention portée aux gens ordinaires et à leur dignité demeure le fil conducteur de ses films, quel que soit leur genre.
Œuvre documentaire
Dans les années 1990, Bernard Émond réalise une série de documentaires d'approche ethnographique, qui s'intéressent à des milieux et à des existences rarement représentés à l'écran.
- Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces (1992)
- L'instant et la patience (1994)
- La terre des autres (1995)
- L'épreuve du feu (1997)
- Le temps et le lieu (2000)
Ces films abordent la mémoire collective, l'effacement des vies modestes et le rapport des communautés à leur territoire. L'approche est attentive, sans commentaire appuyé, et privilégie l'écoute des personnes filmées.
Cette période documentaire forme le socle de son cinéma de fiction. Celui-ci reprend la même retenue formelle et le même souci de rendre compte de réalités sociales concrètes, tout en déplaçant la réflexion vers des destins individuels.
Passage à la fiction
Bernard Émond réalise son premier long métrage de fiction, La femme qui boit, en 2001. Le film suit le parcours d'une femme aux prises avec l'alcoolisme et la solitude. Il est suivi en 2003 de 20h17, rue Darling, qui met en scène un ancien journaliste alcoolique dans un quartier populaire de Montréal, après l'explosion d'un immeuble.
Les deux films sont sélectionnés à la Semaine de la critique du Festival de Cannes. Ils établissent d'emblée les traits distinctifs de son cinéma de fiction :
- des personnages marqués par la perte, la dépendance ou le deuil ;
- des milieux populaires ou marginaux filmés sans misérabilisme ;
- une mise en scène dépouillée, attentive aux silences et aux gestes.
Ces premières fictions s'inscrivent dans le paysage du cinéma d'auteur québécois du début des années 2000. Elles confirment le passage réussi d'un documentariste au long métrage narratif.
Trilogie des vertus théologales
Entre 2005 et 2009, Bernard Émond réalise trois longs métrages conçus comme une trilogie autour des trois vertus théologales de la tradition chrétienne : la foi, l'espérance et la charité.
| Année | Titre | Vertu associée |
|---|---|---|
| 2005 | La neuvaine | Foi |
| 2007 | Contre toute espérance | Espérance |
| 2009 | La donation | Charité |
La neuvaine met en scène la rencontre entre une femme médecin désespérée et un jeune homme pieux, venu prier à Sainte-Anne-de-Beaupré pour sa grand-mère mourante. Contre toute espérance suit un couple dont la vie bascule sous l'effet de la maladie et de difficultés professionnelles. La donation relate l'installation d'une médecin dans une petite localité de l'Abitibi, où elle envisage de prendre la relève d'un vieux praticien.
La trilogie n'adopte pas une perspective confessionnelle. Elle interroge plutôt ce que deviennent ces valeurs dans une société québécoise largement sécularisée. Les personnages, confrontés à la souffrance et à la fragilité, cherchent un sens à leur existence et une manière de demeurer solidaires d'autrui.
Œuvres ultérieures et scénarios
Après la trilogie, Bernard Émond poursuit une œuvre de fiction fidèle à ses préoccupations.
- Tout ce que tu possèdes (2012) suit un universitaire qui refuse un héritage et cherche à se dégager des biens matériels.
- Le journal d'un vieil homme (2014) porte sur la vieillesse et le bilan d'une vie.
- Pour vivre ici (2018) accompagne une femme confrontée au deuil.
- Une femme respectable compte aussi parmi ses longs métrages.
Émond est également scénariste pour d'autres réalisateurs. Il signe notamment le scénario de Ce qu'il faut pour vivre (2008), réalisé par Benoît Pilon. Le film raconte l'histoire d'un chasseur inuit atteint de tuberculose et transféré dans un sanatorium de Québec dans les années 1950. On y retrouve l'intérêt du cinéaste pour le Nord et pour la rencontre entre les cultures, hérité de ses années à la télévision inuite.
Ses films sont diffusés en vidéo sur demande, notamment par l'intermédiaire de plateformes consacrées au cinéma québécois.
Style et thèmes
Le cinéma de Bernard Émond se distingue par sa sobriété formelle : plans souvent fixes, rythme mesuré, dialogues retenus et refus des effets spectaculaires. Cette économie de moyens sert un propos centré sur la vie intérieure des personnages et sur leurs choix moraux.
Plusieurs thèmes reviennent d'un film à l'autre :
- la mémoire et la transmission, individuelles comme collectives, notamment celles d'un Québec traditionnel en voie d'effacement ;
- la dignité humaine, en particulier celle des personnes vulnérables, malades, âgées ou isolées ;
- le souci d'autrui et la responsabilité envers les autres ;
- la solitude et la quête de sens dans une société sécularisée ;
- le territoire, des quartiers populaires de Montréal aux régions éloignées comme l'Abitibi.
La critique universitaire s'est penchée sur la dimension éthique de son œuvre. Une étude publiée dans la revue Cinémas propose ainsi un regard rétrospectif sur le souci d'autrui dans ses fictions, et souligne la place qu'y occupent la dignité et la responsabilité morale. Son œuvre est fréquemment rapprochée d'un cinéma humaniste et contemplatif, attentif aux êtres plus qu'aux intrigues.
Reconnaissance
Dès ses débuts dans la fiction, Bernard Émond obtient une reconnaissance internationale. La femme qui boit et 20h17, rue Darling sont sélectionnés à la Semaine de la critique du Festival de Cannes. Ses films de la trilogie circulent ensuite dans plusieurs festivals.
Au Québec, son parcours et sa filmographie sont documentés par la Cinémathèque québécoise. Ses œuvres sont régulièrement présentées dans des festivals et des rétrospectives, notamment au Festival Cinoche en 2024.
Prix du Québec (2026)
Le 27 octobre 2026, Bernard Émond figure parmi les récipiendaires des Prix du Québec dans le domaine culturel, annoncés le même jour que la distinction accordée à l'écrivain Dany Laferrière. Les Prix du Québec constituent la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec dans les domaines culturel et scientifique.