Synopsis
Dans une maison isolée des Laurentides, Manon vit avec sa mère Michelle et son oncle Guy, le frère de Michelle, un homme vulnérable et dépendant de sa sœur. La famille subsiste modestement, en marge du village voisin.
Manon voue à sa mère un amour absolu et exclusif. Elle tolère mal toute présence susceptible de détourner l'attention de Michelle, qu'il s'agisse de Guy ou d'un homme qui fréquente sa mère. Par une suite de manœuvres, de jalousies et de chantages affectifs, la fillette s'emploie à éliminer ses rivaux réels ou supposés.
Le titre, expression populaire signifiant « bon débarras », renvoie à cette volonté de faire place nette autour de la relation mère-fille. Le récit, qui évolue vers une issue tragique, place le spectateur face à un personnage d'enfant à la fois attachant et inquiétant, dont la logique affective conduit la famille à se défaire.
Production
Les bons débarras réunit deux figures de la culture québécoise de l'époque : le cinéaste Francis Mankiewicz (1944-1993) et l'écrivain Réjean Ducharme, auteur reconnu de L'Avalée des avalés, qui signe ici un scénario original. Le film marque la première collaboration entre les deux hommes ; ils travailleront de nouveau ensemble sur Les Beaux Souvenirs (1981).
La production est assurée par les Productions Prisma, avec Claude Godbout et Marcia Couëlle. La direction de la photographie est confiée à Michel Brault, l'un des artisans majeurs du cinéma direct québécois, dont le regard confère au film une texture proche du réalisme documentaire.
Le tournage se déroule dans la région des Laurentides, dont les paysages ruraux et forestiers, la maison isolée et le village forment le cadre de l'action.
Fiche technique
| Élément | Information |
|---|---|
| Réalisation | Francis Mankiewicz |
| Scénario | Réjean Ducharme |
| Photographie | Michel Brault |
| Production | Claude Godbout, Marcia Couëlle |
| Société de production | Productions Prisma |
| Langue | Français |
| Durée | 114 minutes (selon Québec Cinéma) |
Distribution
Le film repose sur un trio d'interprètes principaux :
- Charlotte Laurier : Manon, la fillette au centre du récit ;
- Marie Tifo : Michelle, sa mère ;
- Germain Houde : Guy, l'oncle de Manon.
La distribution comprend également Gilbert Sicotte, Louise Marleau et Roger Lebel.
La prestation de Charlotte Laurier, alors très jeune, est régulièrement soulignée par la critique pour l'intensité qu'elle confère au personnage de Manon. Le film contribue aussi à révéler Marie Tifo au grand écran, tandis que l'interprétation de Germain Houde, dans le rôle d'un homme fragile et démuni, compte parmi les plus remarquées de sa carrière.
Plusieurs de ces comédiens deviendront des figures durables du cinéma, du théâtre et de la télévision au Québec, ce qui ajoute à la valeur patrimoniale de l'œuvre.
Thèmes et style
Le film explore l'amour filial exclusif et la possessivité, à travers une enfant dont l'attachement à sa mère se transforme en volonté d'emprise. Le scénario de Réjean Ducharme prolonge des motifs présents dans son œuvre romanesque : l'enfance rebelle, le refus du monde adulte, l'intensité des sentiments et une langue populaire travaillée.
La mise en scène de Mankiewicz adopte une approche sobre, attentive aux visages et aux silences. Le réalisme de la photographie de Michel Brault ancre le récit dans un milieu rural modeste, sans pour autant en faire une simple chronique sociale.
La critique québécoise a proposé plusieurs lectures de l'œuvre :
- dans Séquences, Stéphane Cuierrier y voit une tragédie dissimulée sous les dehors du réalisme social ;
- dans Ciné-Bulles, Ian Lockerbie propose une lecture allégorique, rapprochant le drame familial de « l'état d'une nation » ;
- dans 24 images, Marie-Claude Loiselle s'attarde à la figure de Manon, évoquée comme une fleur poussée dans l'asphalte.
Ces analyses témoignent de la richesse interprétative du film, lu à la fois comme drame intime, portrait de la marginalité rurale et métaphore collective.
Réception et distinctions
À sa sortie, Les bons débarras reçoit un accueil critique favorable au Québec et au Canada. Le film remporte le prix Génie du meilleur film en 1981, décerné par l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision, ce qui en fait l'une des premières productions québécoises de langue française à obtenir cette distinction.
Outre le prix du meilleur film, l'œuvre est récompensée dans d'autres catégories aux prix Génie de la même année, notamment pour la réalisation, le scénario et l'interprétation.
Le film est régulièrement cité, dans les ouvrages et les revues spécialisées, parmi les fictions marquantes du cinéma québécois de la période qui suit la Révolution tranquille. Il occupe une place importante dans la filmographie de Francis Mankiewicz, aux côtés du Temps d'une chasse (1972) et des Portes tournantes (1988).
Postérité
Les bons débarras fait partie du corpus patrimonial du cinéma québécois. Il est répertorié par Québec Cinéma et figure au catalogue d'Éléphant : mémoire du cinéma québécois, projet consacré à la préservation et à la diffusion des longs métrages de fiction produits au Québec.
Le film a fait l'objet de nouvelles projections dans des contextes patrimoniaux, notamment au Festival Lumière de Lyon en 2014, manifestation consacrée au cinéma classique. Ces présentations ont contribué à le faire connaître auprès de publics francophones hors du Québec.
L'œuvre continue d'être analysée dans les revues de cinéma québécoises, comme en témoignent les études publiées dans 24 images (1993), Ciné-Bulles (1995) et Séquences (2005). Elle est également considérée comme un jalon dans la carrière de Réjean Ducharme scénariste, dont les collaborations avec le cinéma demeurent peu nombreuses mais remarquées.