Jeunesse et formation
Gilles Carle naît le 31 juillet 1928 à Maniwaki, dans l'actuelle région administrative de l'Outaouais. Il étudie les arts à Montréal et travaille d'abord dans le domaine du graphisme et de l'illustration.
Au début des années 1950, il fréquente le milieu littéraire montréalais et participe, aux côtés de Gaston Miron notamment, à la fondation des Éditions de l'Hexagone en 1953, maison d'édition qui joue un rôle important dans l'essor de la poésie québécoise moderne. Cette proximité avec les poètes et les artistes de sa génération marque son regard sur la société québécoise et son goût pour la fable.
Années à l'Office national du film
Gilles Carle entre à l'Office national du film du Canada en 1960, où il travaille d'abord comme recherchiste, puis comme scénariste et réalisateur. Il y demeure jusqu'en 1966. Cette période coïncide avec l'installation de l'ONF à Montréal et l'affirmation d'une équipe française qui renouvelle le documentaire par le cinéma direct.
Ses courts métrages documentaires de cette époque, parmi lesquels Dimanche d'Amérique (1961), Patinoire (1962) et Percé on the Rocks (1964), se distinguent par un ton ironique et un sens du montage qui annoncent ses œuvres de fiction. L'ONF a consacré une rétrospective de conservateur à cette production documentaire réalisée entre 1958 et 1965.
En 1965, un projet de documentaire sur le déneigement de Montréal se transforme en long métrage de fiction : La Vie heureuse de Léopold Z., chronique d'un déneigeur pris entre son travail et la messe de minuit. Le film remporte le Grand Prix du cinéma canadien et compte parmi les premiers longs métrages de fiction marquants de la Révolution tranquille.
Carrière dans le cinéma de fiction
Après son départ de l'ONF, Gilles Carle se consacre au cinéma de fiction dans le secteur privé, en collaboration notamment avec le producteur Pierre Lamy. Il réalise une série de films qui figurent parmi les œuvres les plus connues du cinéma québécois des années 1970 :
- Le Viol d'une jeune fille douce (1968) ;
- Red (1970) ;
- Les Mâles (1971) ;
- La Vraie Nature de Bernadette (1972) ;
- La Mort d'un bûcheron (1973) ;
- Les Corps célestes (1973) ;
- La Tête de Normande St-Onge (1975) ;
- L'Ange et la Femme (1977).
La Vraie Nature de Bernadette et La Mort d'un bûcheron contribuent à la reconnaissance internationale du cinéaste. L'actrice Carole Laure tient le rôle principal de plusieurs de ces films.
Au début des années 1980, Carle se tourne vers l'adaptation de grandes œuvres littéraires : Les Plouffe (1981), d'après le roman de Roger Lemelin, connaît un important succès public, suivi de Maria Chapdelaine (1983), d'après le roman de Louis Hémon. Il réalise ensuite d'autres longs métrages, dont La Guêpe (1986) et La Postière (1992).
Télévision et documentaires
Parallèlement au cinéma de fiction, Gilles Carle poursuit une production documentaire et télévisuelle. Il coréalise avec Werner Nold Cinéma, cinéma (1985), regard sur le cinéma québécois.
Sa contribution la plus ambitieuse pour le petit écran est la série Épopée en Amérique : une histoire populaire du Québec (1996-1997), réalisée à partir d'un texte de l'historien Jacques Lacoursière. La série retrace l'histoire du Québec dans une perspective accessible au grand public, en cohérence avec l'intérêt constant du cinéaste pour la culture populaire.
Thèmes et style
Le cinéma de Gilles Carle s'intéresse aux gens ordinaires, à la classe ouvrière et aux milieux ruraux en pleine transformation. Ses films rendent compte des tensions entre tradition et modernité, entre campagne et ville, entre morale catholique et libération des mœurs, qui caractérisent le Québec des années 1960 et 1970.
Plusieurs traits distinguent son œuvre :
- l'usage du joual et de la langue populaire dans les dialogues ;
- des personnages féminins souvent rebelles, qui contestent l'ordre établi ;
- un mélange de réalisme social, d'humour, d'érotisme et d'allégorie ;
- une attention à la sensualité des images et des corps.
Le cinéaste a lui-même qualifié ses films de « fables sociales » ou de « contes allégoriques ». Cette approche le distingue du réalisme documentaire de plusieurs de ses contemporains issus du cinéma direct.
Distinctions et fin de vie
L'apport de Gilles Carle à la culture québécoise et canadienne est reconnu par plusieurs distinctions :
| Année | Distinction |
|---|---|
| 2007 | Grand officier de l'Ordre national du Québec |
| 1998 | Officier de l'Ordre du Canada |
| 1997 | Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle |
| 1990 | Prix Albert-Tessier |
| 1965 | Grand Prix du cinéma canadien (La Vie heureuse de Léopold Z.) |
Il est également membre de l'Ordre de Montréal.
Atteint de la maladie de Parkinson pendant ses dernières années, il est accompagné par sa compagne, la chanteuse et comédienne Chloé Sainte-Marie, qui s'engage par la suite en faveur des proches aidants. Gilles Carle meurt à Granby le 28 novembre 2009.