Biographie
Michel Brault naît à Montréal en 1928. Il s'initie à la photographie et au cinéma dans les années 1950. En 1956, il entre à l'Office national du film du Canada (ONF) comme caméraman et éclairagiste. À cette époque, l'organisme installe ses activités à Montréal et réunit une équipe francophone qui renouvellera la pratique documentaire.
Sa carrière s'étend sur plus de cinq décennies. Elle alterne la direction de la photographie, la réalisation documentaire et la fiction, au Québec comme à l'étranger. Il meurt en septembre 2013. L'Office national du film du Canada lui rend alors hommage en rappelant son rôle dans l'histoire du cinéma canadien et québécois.
Le cinéma direct
Brault est associé à l'émergence du cinéma direct, une approche documentaire fondée sur la caméra portée, la prise de son synchrone et l'observation de la vie quotidienne, sans mise en scène.
Les raquetteurs (1958)
Il coréalise avec Gilles Groulx Les raquetteurs, court métrage tourné lors d'un congrès de raquetteurs à Sherbrooke. Le film filme les participants de près, caméra à l'épaule. Il est considéré comme l'un des actes fondateurs du cinéma direct québécois.
Pour la suite du monde (1963)
Avec Pierre Perrault, il coréalise Pour la suite du monde, tourné à L'Isle-aux-Coudres. Le film suit des habitants qui font revivre la pêche traditionnelle aux marsouins. La parole des insulaires y occupe une place centrale. L'œuvre est présentée au Festival de Cannes en 1963 et demeure l'un des jalons du documentaire québécois. Brault et Perrault collaborent de nouveau sur L'Acadie, l'Acadie?!? (1971).
Rayonnement international
Sa maîtrise de la caméra légère attire l'attention de cinéastes étrangers. Il collabore notamment avec le cinéaste et ethnologue français Jean Rouch, entre autres sur Chronique d'un été (1961), coréalisé avec Edgar Morin. Il contribue ainsi à la diffusion des techniques du cinéma direct en France, où elles nourrissent le courant dit du « cinéma-vérité ».
Directeur de la photographie
Parallèlement à ses réalisations, Brault signe l'image de plusieurs films importants de la fiction québécoise. Sa pratique documentaire marque son travail : lumière naturelle, mobilité de la caméra et proximité avec les acteurs.
Parmi ses collaborations les plus connues :
| Film | Réalisateur | Année |
|---|---|---|
| Mon oncle Antoine | Claude Jutra | 1971 |
| Kamouraska | Claude Jutra | 1973 |
| Les Bons Débarras | Francis Mankiewicz | 1980 |
Ces œuvres occupent une place de premier plan dans le corpus du cinéma québécois. Mon oncle Antoine figure régulièrement parmi les films canadiens les plus cités par la critique.
Réalisateur de fiction
Brault aborde aussi la fiction comme réalisateur.
Entre la mer et l'eau douce (1967)
Ce long métrage met en vedette Claude Gauthier et Geneviève Bujold. Il suit le parcours d'un jeune homme de la Côte-Nord venu tenter sa chance comme chanteur à Montréal. Le film transpose dans la fiction les méthodes de tournage du cinéma direct.
Les Ordres (1974)
Les Ordres évoque les arrestations et les emprisonnements survenus lors de l'application de la Loi sur les mesures de guerre pendant la crise d'Octobre 1970. Le film combine la reconstitution dramatique et des procédés empruntés au documentaire. Il retrace l'expérience de citoyens détenus sans accusation. Au Festival de Cannes de 1975, Brault reçoit le prix de la mise en scène.
Le film est considéré comme l'une des principales œuvres de fiction consacrées à la crise d'Octobre. Il est conservé et diffusé par la Cinémathèque québécoise.
Distinctions
La contribution de Michel Brault au cinéma a été reconnue par plusieurs distinctions :
- 1975 : prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour Les Ordres ;
- 1986 : prix Albert-Tessier, la plus haute distinction remise par le gouvernement du Québec dans le domaine du cinéma, au sein des Prix du Québec ;
- 1996 : Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle ;
- 2003 : officier de l'Ordre national du Québec.
Hommages et postérité
Brault est souvent présenté comme l'un des cinéastes qui ont donné au cinéma québécois son identité visuelle moderne. Les techniques de tournage qu'il a mises au point à l'ONF ont influencé le documentaire au Canada et à l'étranger.
Son nom a été donné à des lieux publics après sa mort. La Commission de toponymie du Québec répertorie la place Michel-Brault, à Montréal, ainsi qu'une rue Michel-Brault, à Lévis.
Ses films documentaires réalisés à l'ONF demeurent accessibles par les collections de cet organisme. Ses œuvres de fiction font partie du patrimoine conservé par la Cinémathèque québécoise.