Synopsis
Après la mort de Nawal Marwan, une femme d'origine moyen-orientale établie à Montréal, ses enfants jumeaux, Jeanne et Simon, sont convoqués chez le notaire Jean Lebel pour la lecture du testament. Celui-ci leur remet deux lettres : l'une destinée à un père qu'ils croyaient mort, l'autre à un frère dont ils ignoraient l'existence. Nawal exige que ces lettres soient remises à leurs destinataires avant qu'une pierre puisse être posée sur sa tombe.
Jeanne entreprend d'abord seule le voyage vers le pays natal de sa mère, bientôt rejointe par Simon, d'abord réticent. Le récit alterne entre cette enquête contemporaine et la vie de Nawal, plusieurs décennies plus tôt, au cœur d'une guerre civile marquée par les affrontements entre communautés religieuses, l'emprisonnement et la torture.
Le pays où se déroule l'action n'est jamais nommé, bien que le contexte évoque la guerre civile libanaise. Le film est découpé en chapitres portant chacun un titre. Le dénouement révèle un lien de filiation tragique qui unit le père et le frère recherchés, et fait de la quête des jumeaux une réflexion sur la transmission de la violence, le secret et la possibilité de rompre le cycle de la haine.
Genèse et adaptation
Le film est tiré de la pièce Incendies de Wajdi Mouawad, auteur et metteur en scène québécois d'origine libanaise. Créée en 2003, la pièce constitue le deuxième volet de la tétralogie Le Sang des promesses, qui comprend également Littoral, Forêts et Ciels.
Denis Villeneuve, qui avait découvert la pièce sur scène, signe lui-même le scénario. L'adaptation resserre la structure théâtrale et en conserve l'architecture d'ensemble : l'alternance entre le présent des jumeaux et le passé de Nawal, la lecture du testament comme élément déclencheur et la révélation finale. Le passage à l'écran remplace toutefois une partie de la parole poétique de la pièce par une mise en scène plus visuelle et retenue.
Avec Incendies, Villeneuve aborde pour la première fois un récit situé en grande partie hors du Québec, après Un 32 août sur terre (1998), Maelström (2000) et Polytechnique (2009).
Production et tournage
Incendies est une coproduction Québec-France, produite au Québec par la maison micro_scope, dirigée par Luc Déry et Kim McCraw. Le Répertoire des films classés du Québec le recense comme une production de 2010.
Le tournage s'est déroulé notamment à Montréal, pour les scènes contemporaines situées au Québec, et en Jordanie, où ont été recréés les paysages et les villes du pays fictif du Moyen-Orient.
L'équipe technique comprend notamment :
- Réalisation et scénario : Denis Villeneuve
- Direction de la photographie : André Turpin
- Montage : Monique Dartonne
- Musique originale : Grégoire Hetzel
La bande sonore intègre aussi la chanson « You and Whose Army? » du groupe britannique Radiohead, utilisée notamment dans la séquence d'ouverture. Le film est tourné principalement en français et en arabe, et sa durée est d'environ 130 minutes.
Distribution
Les rôles principaux sont tenus par :
| Interprète | Rôle |
|---|---|
| Lubna Azabal | Nawal Marwan |
| Mélissa Désormeaux-Poulin | Jeanne Marwan |
| Maxim Gaudette | Simon Marwan |
| Rémy Girard | Jean Lebel, notaire |
L'actrice belge Lubna Azabal incarne Nawal à différentes étapes de sa vie, de sa jeunesse jusqu'à l'âge mûr. Les comédiens québécois Mélissa Désormeaux-Poulin et Maxim Gaudette interprètent les jumeaux, tandis que Rémy Girard joue le notaire, ancien employeur de Nawal et exécuteur de ses dernières volontés. La distribution compte également de nombreux interprètes recrutés en Jordanie et au sein des communautés arabophones.
Sortie et réception
Le film a été présenté en première mondiale à la Mostra de Venise en septembre 2010, dans le cadre de la section des Giornate degli Autori. Il a ensuite été projeté au Festival international du film de Toronto, où il a reçu le prix du meilleur long métrage canadien. Le Répertoire des films classés du Québec indique un classement daté du 17 août 2010, et la sortie en salle au Québec a eu lieu en septembre de la même année.
La critique a salué la maîtrise de la mise en scène, la structure du récit et l'interprétation de Lubna Azabal. Le film a connu une carrière commerciale importante au Québec, puis une diffusion internationale, notamment en France et aux États-Unis.
La revue Hors champ y voit une œuvre où « la douleur perd ses repères », tandis que plusieurs analyses, dont celle de l'Encyclopédie sur la mort, s'attachent à ses thèmes du deuil, de la mémoire et de la filiation.
Distinctions
Incendies figure parmi les films québécois les plus récompensés de son époque.
Oscars
Lors de la 83e cérémonie des Oscars, en 2011, le film a été nommé dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, représentant le Canada. Le prix a été attribué au film danois Revenge (Hævnen) de Susanne Bier.
Prix Jutra
Selon Québec Cinéma, le film a remporté neuf prix Jutra, dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation.
Prix Génie
Aux prix Génie, remis par l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision, le film a obtenu huit récompenses, notamment celles du meilleur film, de la meilleure réalisation et de la meilleure actrice pour Lubna Azabal.
Autres distinctions
- Prix du meilleur long métrage canadien au Festival international du film de Toronto (2010)
- Nombreuses sélections dans des festivals internationaux
Postérité
Incendies marque un tournant dans la carrière de Denis Villeneuve. Le retentissement international du film, et en particulier sa nomination aux Oscars, ouvre au cinéaste les portes de l'industrie américaine, où il réalise ensuite Prisoners (2013), Enemy (2013), Sicario (2015), Arrival (2016), Blade Runner 2049 (2017) et Dune (2021).
Le succès du film a aussi suscité des débats dans le milieu cinématographique québécois. En 2012, le cinéaste Denis Côté estimait dans La Presse que la réussite d'Incendies ne créait pas d'élan durable pour d'autres cinéastes du Québec.
Dix ans après sa sortie, en 2020, La Presse revenait sur le film comme l'une des œuvres marquantes du cinéma québécois contemporain. Il est régulièrement cité, avec Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, nommé à son tour aux Oscars l'année suivante, parmi les films qui ont accru la visibilité internationale du cinéma québécois au début des années 2010. L'œuvre fait également l'objet d'études dans les milieux scolaire et universitaire, souvent en parallèle avec la pièce de Wajdi Mouawad.