Synopsis
Le film suit le récit d'un narrateur qui, lors d'une longue marche dans une région désertique des Alpes de Haute-Provence au début du XXe siècle, rencontre un berger solitaire, Elzéard Bouffier. Veuf, l'homme vit à l'écart et consacre ses journées à planter des glands, puis d'autres essences, sur des terres que personne ne revendique.
Au fil de visites espacées sur plusieurs décennies, traversées par les deux guerres mondiales, le narrateur constate la transformation progressive du paysage : la forêt s'étend, les sources réapparaissent, les villages abandonnés se repeuplent. Le berger poursuit son œuvre dans l'anonymat, sans chercher de reconnaissance.
Le récit, fidèle au texte de Jean Giono, présente Elzéard Bouffier comme un personnage réel, bien qu'il s'agisse d'une fiction. L'action se déroule entièrement en France ; l'ancrage québécois de l'œuvre tient à sa création par un cinéaste établi à Montréal et à sa production par la télévision publique canadienne.
Production
Le film est réalisé par Frédéric Back, illustrateur et cinéaste d'animation arrivé à Montréal à la fin des années 1940 et longtemps attaché au service graphique et au studio d'animation de la Société Radio-Canada. La production est assurée par Radio-Canada, qui soutient alors les projets d'animation d'auteur de Back, notamment sous la responsabilité du producteur Hubert Tison.
Selon Radio-Canada, la réalisation a exigé environ cinq ans de travail et près de 20 000 dessins, en grande partie exécutés par Back lui-même.
La bande sonore réunit le texte de Giono, lu en français par l'acteur Philippe Noiret et en anglais par Christopher Plummer, et une musique originale de Normand Roger, compositeur québécois associé à de nombreux films d'animation. Le film a ensuite été vendu à l'étranger et adapté dans plusieurs autres langues.
| Élément | Information |
|---|---|
| Réalisation | Frédéric Back |
| Production | Société Radio-Canada |
| Œuvre adaptée | Nouvelle de Jean Giono (1953) |
| Narration française | Philippe Noiret |
| Narration anglaise | Christopher Plummer |
| Musique | Normand Roger |
| Durée | 30 minutes |
Technique et esthétique
Frédéric Back travaille au crayon de couleur sur des feuilles d'acétate dépoli, procédé qui donne à l'image une texture granuleuse et lumineuse proche du dessin sur papier. Plutôt que de recourir aux décors fixes et aux personnages découpés de l'animation traditionnelle, il fait évoluer l'ensemble de l'image : les paysages se métamorphosent en continu, les formes se fondent les unes dans les autres et les transitions s'opèrent par glissements plutôt que par coupes.
Cette esthétique sert directement le propos du film. Le passage des terres arides, dominées par des tons ocre et gris, à la forêt foisonnante, traitée en verts et en bleus, rend visible l'écoulement du temps et l'effet cumulatif du geste du berger. Le trait demeure volontairement esquissé, laissant transparaître la main de l'artiste.
La narration occupe une place centrale : le texte de Giono est lu presque intégralement, et l'image l'accompagne sans l'illustrer de manière littérale, dans un rapport qui rapproche le film du conte illustré. La musique de Normand Roger souligne les changements de saison et d'époque sans dominer la voix du narrateur.
Réception et distinctions
Le film est présenté en 1987 en sélection officielle au Festival international du film d'animation d'Annecy, en France, l'une des principales manifestations mondiales consacrées au cinéma d'animation.
Lors de la cérémonie des Oscars tenue en 1988, il reçoit l'Oscar du meilleur court métrage d'animation. Il s'agit de la deuxième statuette remportée par Frédéric Back dans cette catégorie, après celle obtenue pour Crac ! à la cérémonie de 1982. Le discours de réception du cinéaste est conservé dans la base de données des discours de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences.
Diffusé à la télévision et en salle, le film connaît une large circulation internationale, favorisée par ses versions en plusieurs langues. Il est fréquemment utilisé en milieu scolaire, en France comme au Québec, notamment dans le cadre de programmes d'éducation à l'image et à l'environnement.
Place dans l'œuvre de Frédéric Back
L'homme qui plantait des arbres s'inscrit dans une filmographie marquée par les thèmes de la nature, du rapport de l'humain à son milieu et de la transmission. Il fait suite à des films comme Tout rien et Crac !, ce dernier retraçant l'évolution de la société québécoise à travers l'histoire d'une chaise berçante. Back réalise ensuite Le fleuve aux grandes eaux, consacré au fleuve Saint-Laurent.
Le film est souvent considéré comme l'expression la plus achevée des préoccupations écologiques du cinéaste. Dans des entrevues diffusées par Radio-Canada, Back a exprimé son inquiétude quant à la dégradation de l'environnement et sa conviction que le geste individuel peut contribuer à la préservation de la planète. Le personnage d'Elzéard Bouffier, qui agit avec constance et sans attente de récompense, correspond à cette vision.
L'œuvre a contribué à la notoriété internationale du studio d'animation de Radio-Canada et à la reconnaissance de l'animation d'auteur produite au Québec, aux côtés des réalisations de l'Office national du film du Canada.
Postérité
La Cinémathèque québécoise conserve le film dans ses collections et le répertorie comme une œuvre du Québec. Elle l'a présenté à plusieurs reprises dans le cadre de rétrospectives consacrées à Frédéric Back, aux côtés de ses autres courts métrages.
L'œuvre graphique de Back, dont des éléments liés au film, a fait l'objet d'expositions, notamment à Sherbrooke. En 2024, à l'occasion du centenaire de la naissance du cinéaste, la TOHU, à Montréal, a organisé une célébration consacrée à son œuvre et à son engagement environnemental.
Le Musée canadien de la nature, à Ottawa, a par ailleurs conçu une exposition immersive inspirée du conte et de son adaptation, présentée comme une première mondiale.
Le titre du film est devenu une référence courante au Québec pour évoquer les initiatives de reboisement et de protection de l'environnement, au point d'être repris dans des reportages consacrés à des projets locaux de plantation d'arbres.