Synopsis
L'action se déroule dans la campagne québécoise à la fin du XIXe siècle. Joseph-Albert Martin, photographe de métier, part chaque été sur les routes pour une tournée qui le mène de village en village, où il photographie les familles, les mariages et les événements de la vie rurale. Sa femme, Rose-Aimée, demeure habituellement à la maison avec les enfants.
Cette année-là, Rose-Aimée décide de l'accompagner. Le voyage, effectué en voiture à cheval sur les chemins de campagne, devient pour le couple l'occasion de se redécouvrir après des années d'une vie commune marquée par la routine et les silences. Au fil des rencontres et des épreuves de la route, les deux époux réapprennent à se parler et à se regarder.
Le récit, mené sur un rythme lent et attentif aux gestes du quotidien, s'attache moins à l'intrigue qu'à l'évolution intime de la relation conjugale. Le métier de photographe, qui consiste à fixer des moments de la vie des autres, sert de fil conducteur à cette observation d'un couple et d'une société rurale.
Production
Le film est produit par l'Office national du film du Canada, institution fédérale dont le studio français, établi à Montréal, a été au cœur de la production cinématographique québécoise des années 1960 et 1970. Les fiches de référence situent la production en 1976 et la sortie en salle le 11 février 1977, ce qui explique que certaines sources datent le film de l'une ou l'autre année.
Le scénario est signé par Jean Beaudin et Marcel Sabourin, ce dernier tenant également le rôle-titre. Monique Mercure interprète Rose-Aimée Martin.
La direction de la photographie est attribuée à Pierre Mignot selon l'encyclopédie du cinéma canadien du TIFF ; la base Films du Québec crédite pour sa part Pierre Letarte et Pierre Mignot. Le soin apporté à l'image, à la lumière naturelle et à la reconstitution du milieu rural d'époque constitue l'un des traits les plus souvent relevés du film.
| Fonction | Personne |
|---|---|
| Réalisation | Jean Beaudin |
| Scénario | Jean Beaudin, Marcel Sabourin |
| Photographie | Pierre Mignot (avec Pierre Letarte selon certaines fiches) |
| Interprétation principale | Marcel Sabourin, Monique Mercure |
| Production | Office national du film du Canada |
Distinctions
Festival de Cannes (1977)
Présenté en compétition au Festival de Cannes en 1977, le film y obtient deux distinctions :
- le prix d'interprétation féminine, décerné à Monique Mercure, qui le partage cette année-là avec l'actrice américaine Shelley Duvall ;
- le Prix du jury œcuménique.
Le prix d'interprétation de Monique Mercure figure parmi les reconnaissances les plus marquantes obtenues par une interprète québécoise sur la scène internationale et occupe une place notable dans l'histoire de l'ONF au Festival de Cannes.
Palmarès du film canadien (1977)
Au Palmarès du film canadien (Canadian Film Awards), le film remporte sept prix, dont ceux :
- du meilleur long métrage ;
- de la meilleure réalisation ;
- de la meilleure photographie.
Ces récompenses font de J.A. Martin photographe l'un des films les plus primés de son année au Canada.
Accueil et analyse
Le film est généralement considéré comme l'une des œuvres majeures du cinéma québécois des années 1970. La critique a souligné la sobriété de sa mise en scène, la qualité de son image et la justesse du jeu de ses deux interprètes principaux.
Par son sujet, le film s'inscrit dans un courant du cinéma québécois de l'époque qui revisite le passé rural du Québec. Il s'en distingue toutefois par le choix d'un point de vue intimiste : plutôt que de proposer une fresque historique, il observe la vie d'un couple et, en particulier, la condition d'une femme mariée de la fin du XIXe siècle, dont le désir d'accompagner son mari constitue un geste d'affirmation.
Le personnage de Rose-Aimée, au centre du récit, a souvent été lu comme une figure de l'émancipation féminine, lecture qui rejoint les débats de société du Québec des années 1970. Le film est aussi remarqué pour la place qu'il accorde au métier de photographe ambulant, témoin des rites et des visages de la société rurale de l'époque.
Postérité
J.A. Martin photographe demeure l'un des titres les plus connus du catalogue de l'Office national du film du Canada, qui le conserve et le diffuse, notamment sur sa plateforme de visionnement en ligne. La fiche officielle de l'ONF documente également ses prix et récompenses.
Le film a marqué la carrière de ses principaux artisans. Jean Beaudin a par la suite réalisé plusieurs œuvres importantes du cinéma et de la télévision québécois, dont Cordélia (1980), Le Matou (1985), la série télévisée Les Filles de Caleb et Being at Home with Claude (1992). Pour Monique Mercure, le prix cannois a constitué une consécration internationale dans une carrière déjà riche au théâtre, au cinéma et à la télévision.
Le film fait partie des œuvres régulièrement citées dans les histoires du cinéma québécois et canadien. Il figure notamment dans l'encyclopédie du cinéma canadien du TIFF, dans l'Encyclopédie canadienne et dans la sélection de l'organisme REEL CANADA, qui fait connaître le cinéma canadien dans les écoles.