Synopsis
Dans une école primaire de Montréal, une enseignante de sixième année met fin à ses jours dans sa classe. Le drame bouleverse les élèves, en particulier Simon et Alice, qui en ont été les témoins les plus directs.
Peu après, Bachir Lazhar, un immigrant d'origine algérienne, se présente à la direction de l'école pour offrir ses services comme suppléant. Il est engagé pour reprendre la classe. Ses méthodes, marquées par une conception plus traditionnelle de l'enseignement, entrent parfois en décalage avec les usages de l'école québécoise, mais il établit progressivement un lien avec ses élèves.
Pendant que la classe tente de traverser son deuil, le spectateur découvre que Bachir porte lui-même une perte : réfugié, il a fui l'Algérie et attend que sa demande de statut soit tranchée par les autorités canadiennes. Le récit met ainsi en parallèle deux deuils, celui des enfants et celui de l'adulte, et interroge la manière dont l'institution scolaire accompagne, ou évite, la parole sur la mort.
Genèse et production
Le scénario est une adaptation de la pièce Bashir Lazhar d'Évelyne de la Chenelière, un monologue théâtral dans lequel le personnage du suppléant s'adresse seul au public. Philippe Falardeau, qui avait auparavant réalisé La Moitié gauche du frigo (2000), Congorama (2006) et C'est pas moi, je le jure ! (2008), a transposé ce texte au cinéma en déployant autour de Bachir l'univers de l'école : élèves, collègues, direction et parents.
Le film est produit par la maison montréalaise micro_scope, dirigée par Luc Déry et Kim McCraw, qui avait notamment produit Incendies de Denis Villeneuve. Le tournage s'est déroulé à Montréal.
Équipe technique
| Fonction | Responsable |
|---|---|
| Réalisation et scénario | Philippe Falardeau |
| Œuvre originale | Évelyne de la Chenelière |
| Production | Luc Déry et Kim McCraw (micro_scope) |
| Direction de la photographie | Ronald Plante |
| Montage | Stéphane Lafleur |
| Musique | Martin Léon |
Le film dure environ 94 minutes et est tourné en français.
Distribution artistique
Le rôle-titre est confié à Mohamed Fellag, humoriste, comédien et auteur d'origine algérienne établi en France, connu sous le nom de Fellag. Son interprétation de Bachir Lazhar, tout en retenue, est au centre de la réception critique du film.
Les deux principaux rôles d'enfants sont tenus par de jeunes interprètes alors peu connus :
- Sophie Nélisse joue Alice, une élève vive et sensible ; ce rôle lance sa carrière au cinéma ;
- Émilien Néron joue Simon, un garçon dont le comportement trahit un sentiment de culpabilité lié à la mort de l'enseignante.
La distribution adulte réunit notamment Danielle Proulx, qui incarne la directrice de l'école, et Brigitte Poupart, qui joue une collègue enseignante de Bachir.
Le travail avec les enfants a été souligné par la critique, qui a relevé le naturel des scènes de classe et l'équilibre entre les points de vue des élèves et celui de l'adulte.
Thèmes
Le film s'articule autour de plusieurs thèmes :
- Le deuil chez l'enfant : la mort de l'enseignante et la façon dont les élèves la vivent constituent le fil principal du récit. Le film montre la difficulté des adultes à trouver les mots et la tendance de l'institution à encadrer, voire à taire, l'expression de la peine.
- L'immigration et l'exil : à travers Bachir, le film évoque la situation des demandeurs d'asile, le processus de reconnaissance du statut de réfugié et la reconstruction d'une vie après une perte survenue dans le pays d'origine.
- L'école québécoise : le regard extérieur du suppléant met en relief certaines règles de l'école contemporaine, notamment l'interdiction des contacts physiques entre enseignants et élèves et le recours aux intervenants spécialisés.
- La transmission : la relation pédagogique entre Bachir et ses élèves, fondée notamment sur la langue et la littérature, est présentée comme un moyen de traverser l'épreuve.
Le film adopte un ton sobre, évitant le mélodrame, et laisse une large place à l'humour discret des situations, en particulier dans le choc des usages entre le suppléant et son milieu de travail.
Diffusion et accueil
Avant sa sortie québécoise, Monsieur Lazhar a circulé dans les festivals internationaux en 2011, notamment au Festival international du film de Locarno et au Festival international du film de Toronto, où il a été primé.
Au Québec, le film a été présenté en clôture du Festival du nouveau cinéma de Montréal le 22 octobre 2011, puis il est sorti en salles le 28 octobre 2011. Il a ensuite été distribué dans de nombreux pays, dont la France et les États-Unis.
L'accueil critique a été largement favorable, au Québec comme à l'étranger. La critique a salué la justesse du scénario, la mise en scène dépouillée de Falardeau et l'interprétation de Fellag et des jeunes comédiens. Le film a également connu une carrière soutenue en salle au Québec et a été retenu par le réseau des cinémas parallèles et par des initiatives éducatives, son sujet se prêtant à l'usage en milieu scolaire.
Distinctions
Prix Jutra (2012)
À la 14e soirée des Jutra, en 2012, Monsieur Lazhar a remporté sept prix, dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation, ce qui en fait l'un des films les plus récompensés de l'histoire de cette remise de prix consacrée au cinéma québécois.
Prix Génie (2012)
Le film a également été largement récompensé aux prix Génie, remis par l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision, notamment dans la catégorie du meilleur film.
Oscars (2012)
Choisi pour représenter le Canada, Monsieur Lazhar a été retenu parmi les cinq films nommés à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère lors de la 84e cérémonie des Oscars, en février 2012. Le prix a été attribué au film iranien Une séparation d'Asghar Farhadi. Il s'agissait d'une deuxième nomination consécutive pour un film québécois produit par micro_scope dans cette catégorie, après Incendies l'année précédente.
Festivals
Le film a obtenu des prix dans plusieurs festivals en 2011, dont une distinction au Festival international du film de Toronto.
Postérité
Monsieur Lazhar est considéré comme l'un des films marquants du cinéma québécois du début des années 2010, une période où plusieurs œuvres québécoises ont obtenu une reconnaissance internationale, notamment par des nominations aux Oscars. Il a consolidé la réputation de Philippe Falardeau, qui a par la suite réalisé Guibord s'en va-t-en guerre (2015) ainsi que des productions en anglais.
Le film a révélé Sophie Nélisse, qui a poursuivi une carrière au cinéma et à la télévision au Québec et à l'étranger, et a fait connaître Fellag d'un public nord-américain.
Il demeure fréquemment présenté dans des contextes éducatifs et culturels, notamment par l'Association des cinémas parallèles du Québec et dans le cadre de la Journée du cinéma canadien. La Cinémathèque québécoise et l'Encyclopédie canadienne lui consacrent des fiches de référence.