Synopsis
Hubert Minel, seize ans, vit seul avec sa mère, Chantale Lemming, depuis la séparation de ses parents. Leur quotidien est ponctué de disputes sur les gestes les plus ordinaires : les repas, les trajets en voiture, l'ameublement ou les sorties. Hubert éprouve envers sa mère un mélange d'amour et de rejet qu'il n'arrive pas à concilier.
À l'école, il se confie à son enseignante, Julie Cloutier, qui l'encourage dans ses projets d'écriture. Lors d'un exercice en classe, il affirme que sa mère est morte, un mensonge qui donne son titre au film. Hubert entretient par ailleurs une relation amoureuse avec Antonin Rimbaud, qu'il dissimule à sa mère ; celle-ci l'apprend de la bouche de la mère d'Antonin.
Les tensions s'aggravent jusqu'à la décision des parents d'envoyer Hubert dans un pensionnat. Le récit est entrecoupé de monologues que l'adolescent enregistre face à une caméra, en noir et blanc, sous forme de journal intime vidéo, où il commente ses sentiments envers sa mère.
Production
Xavier Dolan a écrit le scénario à l'adolescence, en puisant dans sa propre expérience, avant de le porter à l'écran au début de la vingtaine. Il cumule les fonctions de scénariste, de réalisateur, de producteur et d'interprète principal, un fait remarqué lors de la sortie du film.
Le film est tourné à Montréal en français. La distribution principale réunit :
- Anne Dorval : Chantale Lemming, la mère d'Hubert ;
- Xavier Dolan : Hubert Minel ;
- François Arnaud : Antonin Rimbaud ;
- Suzanne Clément : Julie Cloutier, l'enseignante ;
- Patricia Tulasne : Hélène, la mère d'Antonin.
Plusieurs de ces interprètes, notamment Anne Dorval et Suzanne Clément, reviennent dans les films ultérieurs de Dolan, ce qui fait de ce premier long métrage le point de départ d'une troupe d'acteurs récurrente dans son œuvre. La direction de la photographie est assurée par Stéphanie Weber Biron.
La fiche de production du film figure au guide annuel de l'industrie Qui fait Quoi, et le film est recensé comme production québécoise de 2009 au Répertoire des films classés du Québec.
Présentation et classement
Le film est présenté en première mondiale en mai 2009 à la Quinzaine des réalisateurs, section parallèle du Festival de Cannes. Cette sélection constitue la première apparition publique de Xavier Dolan comme cinéaste sur la scène internationale, selon la Cinémathèque québécoise.
Au Québec, le film est soumis au classement prévu par la Loi sur le cinéma. Le Répertoire des films classés du Québec, tenu par le ministère de la Culture et des Communications, indique les renseignements suivants :
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Année de production | 2009 |
| Langue | Français |
| Durée | 110 minutes |
| Date de classement | 13 mai 2009 |
| Mention | Déconseillé aux jeunes enfants |
| Motifs | Violence verbale et physique ; usage discret de drogue douce |
Le film sort ensuite en salle au Québec, puis connaît une distribution internationale, notamment en France. Il a également été retenu par le Canada comme candidat à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, sans obtenir de nomination.
Réception et distinctions
À la Quinzaine des réalisateurs de 2009, le film reçoit un accueil critique favorable et remporte plusieurs prix décernés dans le cadre de cette section, dont le prix de la Confédération internationale des cinémas d'art et d'essai (CICAE), le prix Regards jeunes et le prix de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD).
La critique souligne la jeunesse du cinéaste, l'énergie de la mise en scène et l'interprétation d'Anne Dorval dans le rôle de la mère. Radio-Canada qualifie rétrospectivement le film d'« éclatante première fois » de Xavier Dolan, en le situant dans l'histoire du cinéma québécois consacré à la jeunesse.
Le succès cannois du film attire l'attention des médias internationaux sur Dolan et facilite le financement et la diffusion de ses projets suivants. Au Québec, il est perçu comme l'un des premiers longs métrages d'une génération de cinéastes ayant émergé à la fin des années 2000.
Thèmes et style
Le film traite de l'adolescence, du passage à l'âge adulte et de l'ambivalence du lien entre un fils et sa mère, oscillant entre tendresse et hostilité. L'homosexualité d'Hubert y est présentée comme un élément de sa vie parmi d'autres, sans constituer le ressort dramatique principal ; le conflit tient surtout à la difficulté de communication entre les deux personnages.
Sur le plan formel, Dolan alterne les scènes de fiction et les confessions filmées en noir et blanc, adressées directement à la caméra. Il recourt à des ralentis, à des séquences musicales, à des inserts symboliques et à des cadrages composés, procédés qui deviendront caractéristiques de son style.
La figure maternelle occupe une place importante dans la cinématographie québécoise, et le film s'inscrit dans cette tradition, analysée notamment dans les travaux consacrés aux « mères du cinéma québécois ». Le personnage de Chantale, à la fois excédé et vulnérable, préfigure celui de Diane Després dans Mommy (2014), également interprété par Anne Dorval.
Place dans l'œuvre de Xavier Dolan
J'ai tué ma mère ouvre la filmographie de long métrage de Xavier Dolan, qui comprend ensuite notamment :
- Les Amours imaginaires (2010) ;
- Laurence Anyways (2012) ;
- Tom à la ferme (2013) ;
- Mommy (2014) ;
- Juste la fin du monde (2016) ;
- Ma vie avec John F. Donovan (2018) ;
- Matthias et Maxime (2019).
Le rapport entre mère et fils, l'identité, le désir et la famille comme lieu de tension y reviennent de façon récurrente. Mommy, prix du jury au Festival de Cannes en 2014, est souvent rapproché de ce premier film en raison de la reprise du duo mère-fils et de la présence d'Anne Dorval.
La Cinémathèque québécoise et le site Films du Québec rattachent J'ai tué ma mère à l'ensemble de cette œuvre, dont il constitue la matrice thématique et stylistique.