Synopsis
Le récit-cadre se déroule à Montréal, lors d'une vente aux enchères d'instruments anciens. L'expert Charles Morritz, chargé d'authentifier les pièces mises en vente, croit reconnaître parmi elles le violon légendaire fabriqué par le luthier crémonais Nicolò Bussotti, reconnaissable à son vernis rouge.
À partir de cette vente, le film remonte le parcours de l'instrument en une série d'épisodes successifs, chacun situé dans une époque et un pays différents :
- Crémone, XVIIe siècle : le luthier Nicolò Bussotti fabrique le violon destiné à l'enfant que porte sa femme, Anna ;
- Autriche, XVIIIe siècle : l'instrument est confié à un jeune prodige, Kaspar Weiss ;
- Angleterre, XIXe siècle : le violon appartient au virtuose Frederick Pope ;
- Chine, XXe siècle : sous la Révolution culturelle, la musicienne Xiang Pei tente de soustraire l'instrument à la destruction ;
- Montréal, époque contemporaine : le violon réapparaît et fait l'objet de la vente aux enchères.
Une lecture de cartes de tarot, faite à Anna Bussotti au début du film, sert de fil conducteur et annonce symboliquement les épisodes à venir. Le violon Bussotti et son histoire relèvent entièrement de la fiction.
Production
Le Violon rouge réunit l'équipe à l'origine de Trente-deux films brefs sur Glenn Gould (1993) : le réalisateur François Girard, le coscénariste Don McKellar et la société de production torontoise Rhombus Media. Cette collaboration, déjà récompensée aux prix Génie, a été relevée par la presse spécialisée canadienne dès la préparation du projet, en 1997.
Le film est une coproduction internationale. Les sources de l'industrie mentionnent notamment Rhombus Media et la société italienne Mikado Films, ainsi que la participation financière de Téléfilm Canada.
Le tournage s'est déroulé dans plusieurs pays, conformément à la structure du récit : à Montréal pour le récit-cadre, ainsi qu'en Italie, en Autriche, en Angleterre et en Chine. Chaque épisode est tourné dans la langue de son époque et de son lieu, ce qui fait du film une œuvre multilingue où alternent notamment l'italien, l'allemand, l'anglais, le mandarin et le français.
La structure en épisodes reliés par un objet et par un récit-cadre prolonge la démarche formelle de Girard, déjà marquée par la fragmentation dans son film consacré à Glenn Gould.
Distribution
Le film réunit une distribution internationale correspondant aux différents épisodes :
| Interprète | Rôle |
|---|---|
| Samuel L. Jackson | Charles Morritz |
| Carlo Cecchi | Nicolò Bussotti |
| Irene Grazioli | Anna Bussotti |
| Jean-Luc Bideau | Georges Poussin |
| Christoph Koncz | Kaspar Weiss |
| Jason Flemyng | Frederick Pope |
| Greta Scacchi | Victoria Byrd |
| Sylvia Chang | Xiang Pei |
| Colm Feore | Le commissaire-priseur |
| Don McKellar | Evan Williams |
La comédienne québécoise Monique Mercure figure également à la distribution. La présence d'acteurs venus du Canada, d'Italie, de Suisse, du Royaume-Uni, des États-Unis et d'Asie reflète le caractère transnational de la production.
Musique
La musique originale est composée par le compositeur américain John Corigliano. Les parties de violon solo sont interprétées par le violoniste Joshua Bell, dont le jeu prête sa voix à l'instrument tout au long du film.
La partition occupe une place centrale dans la narration : le violon étant le véritable protagoniste du récit, la musique assure la continuité entre des épisodes séparés par les siècles et les continents. Corigliano développe un thème principal associé à l'instrument, repris et transformé selon les époques.
Cette partition a valu à John Corigliano l'Oscar de la meilleure musique originale en 2000, lors de la 72e cérémonie des Oscars. Il s'agit de l'une des rares récompenses de l'Académie des arts et des sciences du cinéma décernées à un film coproduit par le Québec. Le compositeur a par la suite tiré de cette musique des œuvres de concert pour violon et orchestre.
Sortie et accueil
Le film est sorti en salles au Québec le 13 novembre 1998. Il a été distribué à l'international sous son titre anglais, The Red Violin. Les durées indiquées par les différentes fiches varient, se situant entre environ 130 et 140 minutes.
À sa sortie, la critique québécoise a notamment salué la maîtrise formelle de l'œuvre. Dans la revue Québec français, Christiane Lahaie y voit « un brillant exercice de style ». La revue britannique Sight & Sound, publiée par le British Film Institute, en a également rendu compte.
Le film a connu une diffusion internationale importante pour une coproduction canadienne, notamment aux États-Unis, ce qui en fait l'une des œuvres les plus connues de François Girard hors du Canada.
Distinctions
Le Violon rouge figure parmi les films canadiens les plus primés de sa génération.
Prix Génie
Le film a remporté huit prix Génie, décernés par l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision pour la production de 1998, dont ceux :
- du meilleur film ;
- de la meilleure réalisation (François Girard) ;
- du meilleur scénario original (François Girard et Don McKellar).
Oscars
En 2000, John Corigliano a reçu l'Oscar de la meilleure musique originale pour la partition du film.
Postérité
Le Violon rouge demeure l'un des films de référence du cinéma québécois et canadien de la fin des années 1990. Il est répertorié par plusieurs institutions consacrées au patrimoine cinématographique, dont Québec Film Source, l'Encyclopédie du cinéma canadien du TIFF et l'organisme REEL CANADA, qui le propose dans le cadre de ses activités éducatives.
Le film a consolidé la carrière internationale de François Girard, qui a ensuite réalisé notamment Soie (2007), Hochelaga, terre des âmes (2017) et The Song of Names (2019), tout en menant une carrière de metteur en scène d'opéra et de spectacles. Sa collaboration avec Don McKellar et Rhombus Media est souvent citée comme un exemple de coproduction canadienne d'envergure internationale.
La structure narrative du film, qui fait d'un objet le fil conducteur d'une histoire s'étendant sur plusieurs siècles, est fréquemment citée comme modèle du récit à épisodes au cinéma.