Jeunesse et débuts
Xavier Dolan naît à Montréal le 20 mars 1989. Il est le fils du comédien et chanteur Manuel Tadros. Il fait ses débuts devant la caméra dès l'enfance, dans des publicités télévisées et des productions québécoises, et prête également sa voix au doublage de films étrangers distribués au Québec.
C'est toutefois comme auteur qu'il attire l'attention. Il écrit à l'adolescence le scénario de J'ai tué ma mère, récit en partie autobiographique des affrontements entre un adolescent et sa mère, qu'il réalise et dans lequel il tient le rôle principal aux côtés d'Anne Dorval. Le film est présenté en 2009 à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, où il est remarqué par la critique et récompensé de plusieurs prix parallèles. Ce premier long métrage lance une carrière internationale rarement observée chez un cinéaste aussi jeune et fait de Dolan l'une des figures les plus visibles du cinéma québécois de la fin des années 2000.
Dès ce premier film, Dolan cumule les fonctions de scénariste, réalisateur, comédien et producteur, pratique qu'il conserve sur une bonne partie de son œuvre, en y ajoutant souvent le montage et la conception des costumes.
Premiers longs métrages (2010-2013)
Après J'ai tué ma mère, Dolan enchaîne les tournages à un rythme soutenu.
- Les Amours imaginaires (2010) met en scène deux amis, interprétés par Monia Chokri et Dolan lui-même, épris du même jeune homme (Niels Schneider). Le film est sélectionné dans la section Un certain regard du Festival de Cannes.
- Laurence Anyways (2012) suit, sur une dizaine d'années, la relation entre une enseignante qui entreprend une transition de genre (Melvil Poupaud) et sa compagne (Suzanne Clément). Présenté à Un certain regard, le film vaut à Suzanne Clément le prix d'interprétation de cette section.
- Tom à la ferme (2013), adapté de la pièce de Michel Marc Bouchard, marque un virage vers le thriller psychologique. Le film est présenté en compétition à la Mostra de Venise, où il reçoit le prix de la critique internationale (FIPRESCI).
Ces films installent les thèmes récurrents de l'œuvre : la famille, l'amour non réciproque, l'identité sexuelle et de genre, ainsi que la marginalité. Ils contribuent aussi à constituer autour de Dolan une troupe d'interprètes fidèles, au premier rang desquelles Anne Dorval et Suzanne Clément.
Consécration cannoise (2014-2016)
Mommy (2014)
Mommy réunit Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon et Suzanne Clément dans le portrait d'une mère veuve aux prises avec son fils impulsif. Le film se distingue par son format d'image carré (1:1), qui ne s'élargit qu'à de rares moments. Sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes en 2014, il y reçoit le Prix du jury, ex æquo avec Adieu au langage de Jean-Luc Godard. Le film connaît un important succès au Québec et à l'étranger et obtient en France le César du meilleur film étranger.
Juste la fin du monde (2016)
Adapté de la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde raconte le retour d'un écrivain malade dans sa famille après des années d'absence. Tourné au Québec avec une distribution française (Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux), le film reçoit le Grand Prix du Festival de Cannes en 2016. Il obtient ensuite six prix Écrans canadiens ainsi que les César de la meilleure réalisation et du meilleur montage.
Entre ces deux films, Dolan siège en 2015 au jury de la compétition officielle du Festival de Cannes.
Œuvres anglophones et retour au Québec (2018-2022)
Avec The Death & Life of John F. Donovan (2018), Dolan tourne son premier long métrage en anglais. Le film, porté par Kit Harington, Natalie Portman, Susan Sarandon et Jacob Tremblay, évoque la correspondance entre une vedette de télévision américaine et un jeune garçon. Présenté au Festival international du film de Toronto en 2018, il reçoit un accueil critique mitigé.
Dolan revient ensuite à Montréal pour Matthias & Maxime (2019), dans lequel il interprète l'un des deux amis d'enfance dont la relation est bouleversée par un baiser échangé pour les besoins d'un court film étudiant. L'œuvre est présentée en compétition officielle au Festival de Cannes en 2019.
En 2022, il signe la série télévisée La nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé, adaptée d'une pièce de Michel Marc Bouchard, avec qui il collabore pour la deuxième fois après Tom à la ferme. La série, un drame familial en cinq épisodes, est diffusée au Québec sur la plateforme Club illico.
| Année | Titre | Langue principale |
|---|---|---|
| 2009 | J'ai tué ma mère | Français |
| 2010 | Les Amours imaginaires | Français |
| 2012 | Laurence Anyways | Français |
| 2013 | Tom à la ferme | Français |
| 2014 | Mommy | Français |
| 2016 | Juste la fin du monde | Français |
| 2018 | The Death & Life of John F. Donovan | Anglais |
| 2019 | Matthias & Maxime | Français |
Interprétation, vidéoclips et autres activités
Parallèlement à ses propres films, Dolan poursuit une carrière de comédien chez d'autres réalisateurs. Il tient notamment un rôle dans Elephant Song (2014) de Charles Binamé, adaptation de la pièce de Nicolas Billon, puis apparaît dans des productions étrangères comme Boy Erased (2018) de Joel Edgerton, It Chapter Two (2019) d'Andy Muschietti et Illusions perdues (2021) de Xavier Giannoli, adaptation du roman d'Honoré de Balzac.
Il réalise également des vidéoclips. Celui de la chanson « College Boy » du groupe français Indochine (2013) suscite un débat en France en raison de la violence de ses images, notamment autour de sa classification pour la diffusion télévisuelle. En 2015, il signe le vidéoclip de « Hello » d'Adele, dont la diffusion connaît une audience mondiale considérable sur les plateformes numériques.
Dolan produit plusieurs de ses œuvres par l'intermédiaire de sa société de production, Sons of Manual, dont le nom fait référence à son père, Manuel Tadros. Il assure en outre fréquemment le montage de ses films et la conception de leurs costumes, ce qui renforce le caractère personnel de son œuvre.
Style et thèmes
La critique et les études universitaires relèvent chez Dolan une esthétique très affirmée : usage marqué de la musique populaire, ralentis, plans composés avec soin, attention portée aux couleurs et aux costumes, et, dans Mommy, expérimentation sur le format même de l'image. Son cinéma privilégie l'intensité émotionnelle, les dialogues vifs et les affrontements verbaux, souvent dans le huis clos familial.
Sur le plan thématique, l'œuvre revient sans cesse aux relations entre mères et fils, à l'amour impossible ou non partagé, à l'homosexualité et aux identités de genre, ainsi qu'à la figure de l'artiste ou du marginal en rupture avec son milieu. Plusieurs films s'appuient sur des textes dramatiques, de Michel Marc Bouchard à Jean-Luc Lagarce, ce qui témoigne d'un lien étroit avec le théâtre.
Le recours au français québécois populaire, parfois sous-titré lors de la diffusion en France, et l'ancrage de plusieurs récits en banlieue ou en région ont fait l'objet d'analyses sur la représentation de l'espace et du temps québécois dans ses films. L'ouvrage collectif ReFocus: The Films of Xavier Dolan, publié par Edinburgh University Press, témoigne de l'intérêt académique suscité par son œuvre.
Distinctions
Outre les prix obtenus par ses films dans les festivals, Xavier Dolan a reçu plusieurs honneurs institutionnels.
Distinctions honorifiques
- 2019 : membre de l'Ordre du Canada.
- 2018 : chevalier de l'Ordre national du Québec.
Principales récompenses cinématographiques
- 2017 : César de la meilleure réalisation et du meilleur montage pour Juste la fin du monde ; six prix Écrans canadiens pour le même film.
- 2016 : Grand Prix du Festival de Cannes pour Juste la fin du monde.
- 2015 : César du meilleur film étranger pour Mommy.
- 2014 : Prix du jury du Festival de Cannes pour Mommy.
- 2013 : prix FIPRESCI à la Mostra de Venise pour Tom à la ferme.
- 2009 : prix décernés à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes pour J'ai tué ma mère.
Ces reconnaissances, obtenues pour la plupart avant ses 30 ans, font de Dolan l'un des cinéastes québécois les plus primés sur la scène internationale.