Histoire
Le projet prend forme en 2003 à l'initiative de la cinéaste Manon Barbeau. Il est élaboré avec le Conseil de la Nation Atikamekw et le Conseil des jeunes des Premières Nations du Québec et du Labrador. Il bénéficie du soutien de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador et de la collaboration de l'Office national du film du Canada (ONF).
Le lancement officiel a lieu en 2004 dans le cadre du festival Présence autochtone, à Montréal. L'objectif initial est d'offrir aux jeunes des Premiers Peuples un lieu de création audiovisuelle et musicale installé directement dans leurs communautés. Ces communautés sont souvent éloignées des centres urbains et des institutions de formation en cinéma.
Origine du nom
Le nom rend hommage à Wapikoni Awashish, jeune Atikamekw de Wemotaci, communauté située en Haute-Mauricie. Elle avait participé à un projet de film de Manon Barbeau et est morte en 2002. Sa disparition est à l'origine de la volonté de créer un espace d'expression permanent pour la jeunesse autochtone.
Évolution
Depuis sa fondation, l'organisme a étendu ses activités à de nombreuses communautés, à des villages nordiques et à des milieux urbains. Il est aujourd'hui désigné sous le nom abrégé de Wapikoni. Au fil des années, ses activités se sont élargies à la diffusion et à la mise en valeur de sa collection de films. Radio-Canada a souligné ses quinze ans d'existence en présentant l'organisme comme un vecteur de la voix et du regard des artistes autochtones.
Fonctionnement
Le modèle du Wapikoni repose sur des studios mobiles, des véhicules aménagés et équipés du matériel nécessaire à la prise de vues, à la prise de son, au montage et à l'enregistrement musical. Ces studios se rendent dans les communautés pour des séjours appelés « escales ».
Pendant une escale, des cinéastes et des intervenants accompagnent les participants à toutes les étapes de la création :
- l'écriture et le développement d'une idée ;
- le tournage et la prise de son ;
- le montage image et sonore ;
- la composition et l'enregistrement de pièces musicales.
Les ateliers visent à la fois l'apprentissage de compétences techniques et artistiques, l'expression des cultures et la diffusion des perspectives autochtones. Les participants demeurent les auteurs de leurs œuvres, qui abordent des genres et des sujets variés : documentaire, fiction, vidéoclip, animation ou essai personnel.
En plus des studios mobiles, l'organisme mène diverses activités de création et de diffusion. Il offre ainsi aux participants des occasions de présenter leurs films à un public plus large.
Production et collection
Les œuvres réalisées dans le cadre des ateliers sont principalement des courts métrages. Elles forment une collection qui s'est enrichie de façon continue depuis 2004.
Selon les chiffres publiés par l'organisme, sans date de mise à jour précise, le bilan s'établit comme suit :
| Indicateur | Valeur publiée |
|---|---|
| Participantes et participants aux ateliers | plus de 6 000 |
| Communautés, villages nordiques et villes visités | 82 |
| Courts métrages réalisés | plus de 1 500 |
Une page consacrée à la collection fait état de plus de 1 600 œuvres créées depuis 2004. Les décomptes varient donc selon les pages et la date de leur mise à jour.
La collection constitue un corpus d'œuvres réalisées par de jeunes créateurs autochtones. Elle porte sur les réalités contemporaines, la langue, le territoire, la mémoire familiale et les enjeux sociaux des communautés.
Diffusion
L'Office national du film du Canada joue un rôle important dans la diffusion des œuvres du Wapikoni. L'ONF consacre une chaîne en ligne à l'organisme et y présente une sélection de ses courts métrages. Il décrit le Wapikoni comme un studio ambulant de création audiovisuelle et musicale destiné aux jeunes des Premières Nations.
L'ONF propose également, dans son volet éducatif, une sélection intitulée « Les cinéastes autochtones du Wapikoni mobile ». Celle-ci est destinée à l'enseignement et à la découverte des cinéastes issus du programme.
L'ONF diffuse aussi le documentaire Wapikoni – Escale à Kitcisakik, consacré au passage du studio mobile dans cette communauté anishinabe de l'Abitibi-Témiscamingue.
Le Wapikoni assure en outre la diffusion de sa propre collection par l'intermédiaire de son site et de projections publiques. Les films sont aussi présentés dans des festivals au Québec et ailleurs. Certaines productions ont été distribuées hors du Canada, notamment en France.
Financement
Le Wapikoni est un organisme dont les activités reposent en bonne partie sur des fonds publics et des partenariats institutionnels. Dès son origine, il s'appuie sur la collaboration d'organisations autochtones, notamment le Conseil de la Nation Atikamekw, le Conseil des jeunes des Premières Nations du Québec et du Labrador et l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, ainsi que sur celle de l'Office national du film du Canada.
La dépendance au financement gouvernemental expose l'organisme aux décisions budgétaires des administrations publiques. Radio-Canada a rapporté que le Wapikoni réduisait ses activités à la suite de compressions du financement fédéral. Cette situation a touché le nombre d'escales et d'ateliers offerts dans les communautés.
Réception et études
Le Wapikoni a fait l'objet de plusieurs travaux universitaires, qui complètent les présentations institutionnelles de l'organisme par un regard critique.
Dans la revue ACME, le chercheur Stéphane Guimont Marceau analyse les ateliers comme la « conquête d'un nouveau territoire de citoyenneté pour de jeunes autochtones ». Il y voit des espaces de formation et de prise de parole publique.
Un article publié dans la revue Intermédialités et diffusé sur la plateforme Érudit, intitulé « Les promesses du médium. Hospitalité autochtone dans les vidéos du projet Wapikoni Mobile », examine les formes de représentation et de médiation à l'œuvre dans les films. L'article porte notamment sur la relation entre les créateurs, leur communauté et le public.
L'organisme a aussi retenu l'attention d'institutions culturelles étrangères. La Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou, à Paris, le présente comme une structure à la fois cinématographique et sociale. Ces analyses soulignent le double rôle du Wapikoni, entre formation artistique et intervention auprès de la jeunesse autochtone.